BOLA TINUBU : La CEDEAO  (et le Nigeria) entre les mains d’un dormeur

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A peine élu président du Nigeria en février 2023, et après avoir également récupéré la présidence tournante de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Bola Tinubu défrayait la chronique continentale et internationale en soutenant, quelques mois plus tard, l’idée d’une intervention militaire de l’organe ouest-africain au Niger afin de contrer le coup d’état du 26 juillet 2023. N’ayant tiré aucune leçon de ce fiasco interventionniste, le dirigeant nigérian vient de récidiver au Bénin, mais pas que, alors que son propre pays connaît une insécurité systémique.

Pour les soutiens de Bola Tinubu (notre photo), intervenir au Bénin pour préserver un ordre constitutionnel réduit à néant par Patrice Talon avait tout son sens. C’est ainsi qu’à la demande expresse de Cotonou et de Paris, Abuja a bombardé des positions tenues par les mutins, de manière à déboulonner la machine du putsch déjà bien lancée. A ce jour, les informations sur le bilan humain de ces frappes aériennes restent inconnues, et sont attendues, puisque l’armée nigériane est une habituée des bombardements accidentels sur des populations civiles. Elle a la mauvaise manie de combattre Boko Haram avec des bombardements aériens, ce qui n’a jamais réduit l’efficacité de cette rébellion au contraire des populations civiles qui en sont souvent victimes. C’est comme si elle n’avait pas les moyens adéquats pour la combattre et la mettre hors d’état de nuire, et ce depuis près d’une vingtaine d’années.

Malgré les centaines de Nigérians tués par erreur au cours de la dernière décennie, elle s’oppose à toute révision de sa stratégie de sécurisation de l’intérieur du pays. Depuis l’arrivée de Tinubu, des dizaines de civils ont trouvé la mort suite à ses frappes imprécises, notamment à Kaduna, Sokoto et Borno. Si l’on s’en tient à l’incompétence factuellement avérée de ses pilotes, l’absence de civils béninois parmi les corps retrouvés dans les positions bombardées le 7 décembre dernier relèverait plus d’un miracle que d’une agréable surprise.

En plus de s’être ingéré dans les affaires internes du Bénin, quand bien même le Sénat nigérian, acquis à sa cause, lui en a donné le feu vert a posteriori, Bola Tinubu aurait également offert refuge à Fernando Dias, le vainqueur présumé de l’élection présidentielle bissau-guinéenne du 23 novembre 2025. Visé par une chasse à l’homme à l’échelle nationale par le nouveau régime militaire de son pays, l’opposant s’est réfugié dans l’ambassade du Nigéria en Guinée-Bissau, d’où il a, ensuite, pu rassurer sur sa bonne santé depuis la venue du général Horta N’Tam.

Depuis un certain temps, l’armée nigériane utilise l’aviation pour combattre Boko Haram. C’est cette aviation qui a bombardé aveuglement au Bénin tuant des civils pour sauver Patrice Talon. Et c’est un des avions de cette armée de l’air nigériane qui s’est égaré dans le ciel burkinabé. Le C 130 en question est actuellement entre les mains des autorités burkinabé et les 11 soldats qui s’y trouvaient, sont en détention au Burkina Faso. Voilà le triste bilan de l’aviation nigériane.

Pour Bola Tinubu, il est plus naturel d’intervenir chez ses voisins plutôt que de trouver comment résoudre sa crise sécuritaire domestique, en mettant fin au règne de terreur instauré par des groupuscules, tels que Boko Haram, qui traumatisent les Nigérians sans relâche. Cet illogisme venant de lui n’en est peut-être pas un au regard de ses aspirations d’un second mandat, et de l’hypothèse qui consisterait à considérer que son maintien au pouvoir serait assuré, non pas, par le vote de ses concitoyens, mais, par le fait de rendre service à l’extérieur de ses frontières.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC) 

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