CENTRAFRIQUE : Le temps des milices serait-il révolu ?

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L’accord de paix conclu à Karthoum en février 2019 entre le gouvernement centrafricain et quatorze groupes armés aurait dû mettre fin aux violences . Or, les violences, même si elles ont connu une relative accalmie et sont plus sporadiques, persistent.

Les responsables des milices, pour la plupart d’entre eux, sont animés d’un sentiment de toute puissance. La violence est leur seul langage. Ils sont incapables de comprendre qu’ il est temps de mettre fin aux violences. 

Néanmoins, certains, faisant preuve de plus de lucidité, ont bien pris conscience qu’il va leur falloir, tôt ou tard, déposer les armes, mais n’ont pas pour autant, modifié de comportement. Ils ne sont pas sûrs d’être suivis par leurs troupes et cherchent à « monnayer » leur reddition contre des fonctions en vue au sein du gouvernement ou de l’administration. 

Les exactions, les rackets et le pillage des ressources naturelles  – or, diamants – rapportent beaucoup d’argent. Il est difficile pour les membres des milices d’y renoncer.

Il est, aujourd’hui, évident que les milices armées ne plieront que sous la contrainte (sur notre photo le patron du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), le général, Abdoulaye Miskine).

Seules des pressions médiatiques, politiques, judiciaires et militaires exercées, de manière concomitante, seraient susceptibles de les amener à cesser leurs actions criminelles.

Une dénonciation systématique et ferme des violences  par les médias locaux et étrangers et l’ensemble de la classe politique centrafricaine ? peut impressionner des milices très soucieuses de leur image. 

Par ailleurs, il faut se féliciter du renouvellement du mandat de la MINUSCA . En effet, la mission onusienne va ainsi pouvoir poursuivre efficacement son combat contre les milices, à condition bien entendu, de lui en donner les moyens et de lui apporter un soutien sans faille.

Enfin, les Nations-Unies ont, à juste titre, appelé au renforcement et à la mobilisation des institutions judiciaires aux niveaux national (en particulier, de la Cour pénale spéciale centrafricaine ) et international afin de juger les crimes les plus graves . Il s’agit, en sonnant la fin de l’impunité, de dissuader les milices de continuer de commettre des meurtres et des massacres en série. 

Tous ces moyens doivent être mis en oeuvre pour convaincre les milices de renoncer aux violences et les contraindre à la dissolution. 

Pour cela, il faut former un front commun, un front uni contre les milices récalcitrantes ou hésitantes,  opposées au changement. 

La fin des milices est une question de temps et de volonté.

Leur existence est une insulte aux droits humains, à la nation centrafricaine.

Les candidats aux élections présidentielles devraient prendre solennellement des engagements sur ce point.

Depuis presque huit ans, la Centrafrique connaît une des pages les plus sombres de son histoire. 

Les milices ont fait des milliers de morts et ont conduit le tiers de la population à fuir. 

Patrick David 

Docteur en droit 

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