CENTRAFRIQUE : Vers une mise en place de la « Compaoré Connection »

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En perpétuelle quête de légitimité que le Camerounais Paul Biya lui refuse toujours et encore, le président autodésigné de Centrafrique, tombeur de François BozizéMichel Am Non Droko Djotodia, a pu se faire recevoir, respectivement, les 15 et 16 juillet, à Ouagadougou et Cotonou, par ses homologues du Burkina Faso, Blaise Compaoré et du Bénin Yayi Boni.Quand on est dans son cas où on est banni de toutes les institutions internationales à commencer par celle de son continent, l’Union africaine, qui n’accepte pas les putschistes dans ses rangs, toute rencontre avec un homologue étranger quel qu’il soit, est une victoire. Pour ce qui est des présidents Compaoré et YayiDjotodia devra, sur tout, remercier sa ministre de l’Agriculture, Marie Noëlle Koyara, qui a utilisé son carnet d’adresses et son réseau personnel de relations, au moment où elle exerçait pour le compte de la FAO en Afrique de l’Ouest, pour se faire ouvrir les portes des palais de la présidence à Ouagadougou et Cotonou.

Mais même si on comprend qu’il est encore novice dans la haute diplomatie et encore inexpérimenté en politique politicienne, science qu’affectionnent les chefs d’Etat africains mal élus, Djotodia a livré son pays au « rapace » de Ouagadougou en le sollicitant, publiquement, comme « acteur » de la recherche des solutions à la crise centrafricaine et non comme simple « médiateur » (qui est du reste le Congolais Denis Sassou Nguesso). Mais quand on lui demande ce qu’il entend par « acteur » dans la résolution de cette crise, ce que font déjà la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) présidée par le Tchadien Déby et la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), mais aussi, l’Union africaine et les Nations-Unies, on reste sur sa faim.

En réalité, Blaise Compaoré, bien qu’il soit loin du théâtre des événements en Centrafrique, est un habitué de la déstabilisation en Centrafrique. Comme le savent les connaisseurs, il avait déjà pesé dans les événements au moment où François Bozizé avait fait tomber Ange Félix Patassé en mars 2003. Bozizé allait régulièrement en « consultations » à Ouagadougou comme une femme enceinte peut se rendre chez son gynécologue. Par la suite, Bozizé est devenu un bon disciple de Blaise (dans le mauvais sens) au point où la RCA a abrité un camp d’entraînement de miliciens anti-Gbagbo, à la demande de Blaise, pour le compte d’Alassane Ouattara. Même si ce dernier montre un visage d’ange aujourd’hui, c’était le moment où il cherchait à prendre le pouvoir suprême que détenait l’actuel célèbre prisonnier de la CPI. Avec le soutien de Blaise Compaoré qui devint par la suite « médiateur de la crise ivoirienne », Alassane Ouattara voulait arriver au pouvoir à Abidjan en utilisant tous les moyens y compris anticonstitutionnels. Autrement dit, Blaise, expert en coups fourrés, a un réel savoir-faire en RCA, le pays où on peut tout faire, dans l’impunité. La question à laquelle on n’arrive pas encore à répondre, est de savoir comment le faiseur des rois en RCA, Idriss Déby Itno, a apprécié cette escapade ouagalaise de son protégé centrafricain.

Une chose est néanmoins sûre et certaine : avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en France, les car tes se sont beaucoup brouillées en Afrique noire francophone. Certains chefs d’Etat africains dont les épouses faisaient les courses chaque samedi dans les grands magasins du Bd Haussmann, ont tôt fait de changer de destination. Personne ne compte plus sur l’Elysée pour sa sur vie politique. Chacun se débrouille comme il peut, quitte à nouer des alliances contre-nature. D’où la raison pour laquelle CompaoréDéby Itno et Sassou Nguesso, se marcheraient sur les pieds dans le très délicat dossier RCA que François Hollande venait encore de repousser, estimant qu’il avait décidé de rompre avec la Françafrique. Dans tous les cas, il faudra désormais bien sur veiller Michel Djotodia qui, le 16 juillet, a été bien content de se faire recevoir, comme le numéro un centrafricain, par le président Yayi Boni, à Cotonou, où il passa de très longues années d’exil entrecoupées de séjours en prison à la demande de François Bozizé. Le 16 juillet, c’est pourtant en chef d’Etat qu’il a sillonné quelques artères de la ville qu’il connait par cœur, entouré cette fois des motards de la garde présidentielle béninoise. Comme dit l’autre, la persévérance paie.

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