Les Congolais et amis du Congo-Brazzaville (comme Afrique Education) ne cesseront jamais de remercier Joseph Ouabari Mariotti, l’ancien Garde des Sceaux du professeur, Pascal Lissouba, de rappeler à leur bon souvenir le Congo-Brazzaville, dans ses chroniques quotidiennes dont la pertinence ne donne lieu à aucune critique. Nguila (comme je l’appelais personnellement) était le collègue au gouvernement de Joseph Ouabari Mariotti. Ils ont fui ce pays bien-aimé, suite au coup d’état militaire perpétré, en1997, par le dictateur qui est toujours en place, et qui gagne présidentielle après présidentielle, même quand celles-ci sont boudées par les électeurs. Parfois, les résultats (comme ceux d’il y a cinq ans) sont proclamés à 2 heures du matin (quand tout le monde dort) après avoir pris le soin de placer les chars et les orgues de Staline dans tous les carrefours de Brazzaville. Je suis sensible à la chronique du ministre, Joseph Ouabari Mariotti (que j’apprécie beaucoup) parce que j’ai, personnellement, connu le ministre, Nguila Moungounga Kombo. C’est le professeur, Pascal Lissouba, qui m’en parla, pour la première fois, quand je lui rendis visite, à Londres, en 1998, pour réaliser son interview. Il me décrit qui était Nguila, à ses côtés, tout comme, l’ancien ministre des Hydrocarbures, Benoît Koukebene. J’ai déjà eu à échanger au téléphone avec ce dernier, qui réside en région parisienne. Il aurait été condamné à mort par le régime en place, ce qui l’empêche de rentrer au Congo-Brazzaville. Quant à Nguila, j’avais eu à le rencontrer dans ses vastes bureaux parisiens proches de l’Arc de Triomphe. Alors que son état-major se partageait le rez-de-chaussée, lui était, confortablement, installé à l’étage où il recevait ses invités en toute discrétion. Deux fois de suite, il était venu me rendre visite à Afrique Education. Je m’en souviens comme si c’était hier : Des échanges, parfois, enlevés mais amicaux qui restaient très courtois même quand on ne partageait pas le même point de vue. Nguila avait refusé (avec raison) d’être enterré au Congo-Brazzaville. Ce n’est pas encore le moment. Ses restes feront, un jour, ce déplacement et, peut-être, que j’assisterai, aussi, à la cérémonie de (re)mise en terre de ce prestigieux fils du Congo-Brazzaville, qui n’a pas pu donner le meilleur de ce qu’il savait faire pour le bien des Congolais.
Professeur Paul TEDGA
Fondateur de la revue Afrique Education
(ami du défunt).
Voici ci-dessous l’excellente chronique du ministre, Joseph Ouabari Mariotti, sur son ancien collègue du gouvernement.
D’ici là, 16 ans vont passer.
Le ministre Moungounga Kombo Nguila
Est invisible. Mais son image est présente.
Ministre congolais de l’Economie et des Finances, sous le président, Pascal Lissouba, M. Moungounga Kombo Nguila s’est éteint, il y a 16 années. King George, je l’appelais, de façon amicale et bienveillante. Sorte d’anagramme que je lui ai appliquée, sans son accord, en raison de son envergure politique dont je reconnaissais les qualités.

Moungounga Kombo Nguila, un nom qui ne s’efface pas de la mémoire d’un grand nombre de Congolais et qui continue de résonner dans l’histoire politique de la République du Congo, depuis les années 68-69, jusqu’à ce jour. Bon républicain, attaché à sa patrie, féru de la politique, il s’en est allé, un matin du 14 avril 2010, au Centre hospitalier de Villiers Le Bel, en région parisienne.
Deux jours auparavant, j’avais rendu visite au ministre, à son lieu d’hospitalisation. Il s’endormait dans son lit médicalisé, Mme Moungounga, mon asso, et une proche du ministre, assises sur un canapé, veillant sur le ministre.

M. Moungounga Kombo Nguila, étudiant dans un Institut de commerce, en France, aux côtés de son ami, Justin Itihi Ossetoumba Lekoundzou, baigne dans des idées de gauche qui forgeront l’homme qu’il allait devenir. De retour dans son pays, agent de l’Etat au ministère du Commerce, il s’engage avec fougue au sein du Parti congolais du travail (PCT). Mais, rapidement, il se sent à l’étroit dans ce cadre. Il rejoint, alors, les rangs de l’UPADS (Union panafricaine pour la démocratie sociale) dont il est l’un des personnages clés et contribue, de manière décisive, à la victoire de M. Pascal Lissouba à l’élection présidentielle d’août 1992, au lendemain de la Conférence nationale souveraine.
Du mandat du président, Pascal Lissouba, à la tête de la République du Congo, M. Moungounga Kombo Nguila siège au gouvernement. D’abord, comme ministre du Commerce. Ensuite, en qualité de ministre des Finances et de l’Economie. Mais, le destin en décide autrement, mettant fin à son expérience ministérielle, après cinq ans d’exercice. Les violences du 5 juin 1997, à Brazzaville, le poussent vers l’exil, un chemin semé d’embûches à travers la République démocratique du Congo, pour s’établir en France jusqu’à la mort.

De sa posture d’exilé, malgré les contraintes de son statut et la dureté des temps, le ministre, Moungounga Kombo Nguila, garde intacte sa dignité et son humanité. En dernières volontés, le ministre, Moungounga Kombo Nguila, choisit de reposer au Cimetière de Fosses, en Ile de France, mais, son souvenir reste vivace, au Congo. Illustre figure, il laisse derrière lui une veuve et des enfants qui gardent, précieusement, sa mémoire. Rentré dans l’histoire de la République du Congo, son parcours continue d’inspirer ceux qui croient en la politique et en l’engagement sincère de ses acteurs.
Pour ne parler que du président, Pascal Lissouba, et du ministre, Moungounga Kombo Nguila, leurs disparitions en exil, en territoire étranger, suivies de leur mise en terre, aussi, à l’extérieur du Congo, sont des supports de réflexion de taille sur l’histoire politique du Congo et à propos des blessures, nées de cette histoire, qui n’ont pas encore été pansées, faute de volonté politique des autorités congolaises.
Au décès, le 17 février 2026, à Istanbul, en Turquie, du ministre d’Etat, ministre de la Fonction publique et de la Sécurité sociale de la République du Congo, M. Firmin Ayessa, j’avais saisi l’occasion de l’hommage écrit, en mémoire de l’illustre disparu que j’avais publié, pour lancer aux dirigeants congolais un appel visant à faire respecter les valeurs fondamentales de l’administration publique de leur pays. Des valeurs qui reposent sur la réelle application des textes en vigueur, l’intégrité, la loyauté, la compétence et l’impartialité. Cela, en parallèle à la modernisation de cette administration.
Pour la seizième année de la mort du ministre, Moungounga Kombo Nguila, je m’autorise de revenir, toujours, avec humilité, sur la question lancinante de la réconciliation nationale en République du Congo.
En effet, même au-delà de l’élection présidentielle congolaise des 12 et 15 mars 2026 gagnée par le président, Denis Sassou Nguesso, suivie de la prestation de serment de celui-ci, le 16 avril 2026, au Stade de la Concorde de Kintélé, les Congolais ne peuvent pas cracher sur une concertation nationale. Pourvu que celle-ci soit, véritablement, sincère et inclusive, au nom de l’intérêt supérieur de leur nation. Cette concertation serait un premier pas vers le règlement définitif de deux situations nationales qui traînent à trouver une solution adéquate. D’une part, la guérison des blessures qui ont, jusqu’ici, saigné le Congo. De l’autre, enfin, tenir les assises de la réconciliation nationale qui attend, toujours, d’être l’affaire de toute la nation.
On ne le dira jamais assez, une réconciliation qui devra être l’espace où les Congolais pourraient partager leurs expériences, leurs douleurs et leurs espoirs, sans crainte de représailles ou de jugement. Ce qui pourrait aider à comprendre les racines des conflits passés et à trouver des voies pour avancer ensemble. Pour s’y faire, y inclure toutes les parties prenantes constituées des dirigeants en poste et les anciens, les acteurs politiques indépendants, la société civile, les victimes des conflits et les communautés affectées. Et ce serait l’occasion de la remise en liberté des ministres, Benoît Koukebene, André Okombi Salissa, et du général, Jean Marie Michel Mokoko. Ce qui pourrait aider à faire la lumière sur les zones d’ombre de l’histoire et à promouvoir la justice et la paix durable dans le pays.
Enfin, il est crucial de requalifier l’éducation civique dans les collèges pour que les jeunes, davantage, sensibilisés sur leurs devoirs citoyens, comprennent mieux l’histoire de leur pays et les dangers de la violence et de la division.

Ces lignes ainsi écrites ne sont, ni plus ni moins, qu’un appel à la responsabilité et au courage politique des acteurs politiques congolais. Les autorités actuelles, en place à Brazzaville, ont là, une circonstance unique de se hisser au-dessus des intérêts partisans et de prendre des décisions qui bénéficieront à l’ensemble du peuple congolais. A ces autorités de se faire violence en acceptant de sortir de leur zone de confort et de faire des choix plus empreints de solidarité républicaine et pour le bien commun.
Aux dirigeants congolais de reconnaitre que la réconciliation nationale, la répartition équitable des richesses du pays, l’extinction de la grogne qui couve dans les villes sont des facteurs déterminants de la paix durable dans le pays. Non prises en compte dans le développement du Congo, ce sont des éléments majeurs qui peuvent réduire la nation congolaise à néant.
A ces autorités de comprendre, en dernier ressort, qu’en dépit de ce qu’elles pourraient penser en matière de réalisation, au cours de leurs mandats, leur héritage sera, surtout, jugé sur leur capacité à panser les plaies, aussi bien, du passé que du présent et à construire un avenir plus juste et lumineux qui profiterait à tous les Congolais.
Joseph Ouabari Mariotti
Ancien Garde des Sceaux du professeur Pascal Lissouba.





