COTE D’IVOIRE : La paix demande le sacrifice de tous (y compris du chef de l’Etat)

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En 2011, un embargo sur les médicaments causa la mort de plusieurs Ivoiriens. Combien étaient-ils ? Des centaines ? Des milliers ? En tout cas, l’embargo fut décidé par l’Union européenne dont est membre l’Allemagne dirigée à cette époque par Angela Merkel, pour que Dramane Ouattara s’asseye dans le fauteuil présidentiel.

Mercredi, 8 février, à Yamoussoukro, la même Angela Merkel fut honorée. On pourrait comprendre que Ouattara et Bédié lui retournent l’ascenseur puisque les deux étaient dans une alliance et réfugiés au Golf Hôtel. Mais, notre cher Laurent, que le criminel embargo devait faire tomber, était-il obligé d’être là-bas ? A-t-il pensé à toutes les innocentes victimes de l’embargo avant de se rendre dans la capitale politique ? Ceux pour qui Gbagbo a toujours raison et qui croient l’aimer plus que tout le monde, objecteront que ce dernier a fait le déplacement pour la paix et la réconciliation, qu’on ne peut pas toujours rester dans la belligérance, qu’il faut pardonner et avancer. Je leur répondrai ceci : personne n’est contre la paix mais qui a dit que c’est une seule personne qui doit toujours vouloir cette paix et y travailler ? Où est-il écrit que seul un individu devrait faire des sacrifices et compromis ? Dramane Ouattara ne veut-il pas une Côte d’Ivoire réconciliée et en paix ? Si oui, pourquoi continue-t-il de garder en prison Bruno Dogbo Blé, Anselme Yapo dit Séka Séka (notre photo devant le Tribunal militaire d’Abidjan) et d’autres militaires, qui n’ont fait qu’exécuter les ordres de Laurent Gbagbo acquitté par la Cour pénale internationale ? Pourquoi ses hommes empêchent-ils les journaux de l’opposition de faire leur travail, à savoir, critiquer les détournements de l’argent public, le rattrapage ethnique, qui ne promeut que les hommes et femmes d’une région, etc. ? Je viens d’apprendre que “Le Temps “ a été suspendu. Décerner le Prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix à telle ou telle personne ne sert à rien si on est le premier à agir contre la paix, à affamer et à museler les Ivoiriens.

En voyant les prétendus trois grands ensemble en train de rigoler et de faire des photos alors que l’un d’entre eux détruit le pays et paupérise sa population de jour en jour, les Ivoiriens ne risquent-ils pas de penser que les politiciens ne font que les instrumentaliser pour atteindre leurs propres objectifs ?

Et puis, nous Africains, quel message envoyons-nous aux Blancs en nous comportant de la sorte ? Ne sommes-nous pas en train de leur dire que, quel que soit ce qu’on peut lui faire subir, le Nègre n’a pas d’autre réponse que l’oubli et le pardon sans conditions ?

Jean-Claude DJEREKE

est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis)

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