Germain Ngoyo Moussavou, le président de la HAC (Haute autorité de la communication) mérite une distinction de l’Union africaine (notre photo). Depuis quelques jours, le Gabon connaît une agitation du fait d’une suspension ponctuelle dans le fonctionnement des réseaux sociaux. Du jamais vu en Afrique sauf en Erythrée où Isaias Afeworki impose l’un des contrôles numériques les plus stricts au monde, rendant l’accès aux réseaux sociaux et à internet quasi-inexistant pour la population. Rien de tel au Gabon. Le régulateur national qui est la HAC a, courageusement, mis fin à une déviance à laquelle s’adonnait la jeunesse gabonaise (et pas que…) de plus en plus friande de contenus inappropriés, diffamatoires, haineux, injurieux, qui, incontestablement, portent atteinte à la dignité humaine, aux bonnes mœurs, à l’honneur des citoyens, à la cohésion sociale, surtout, et ce n’est pas le moindre risque, à la stabilité des institutions et à la sécurité nationale. Face à cette dérive, la HAC dont c’est le rôle de réguler, d’éduquer et de sanctionner, a pris ses responsabilités. Aux grands maux les grands remèdes, dit-on. Elle n’a pas fait de quartier. Elle a arrêté toute la machine entraînant un tollé général.
La HAC relève que les plateformes numériques et les réseaux sociaux sont abusivement utilisés par certains activistes pour porter atteinte à l’honneur et à la réputation d’institutions, de citoyens gabonais et de personnalités publiques, en violation des lois en vigueur au Gabon notamment la loi n° 019/2016 du 09 Août 2016 portant Code de la Communication en République gabonaise, ainsi que, des règlements internationaux applicables en matière de communication numérique.
Les éléments observés concernent :
- La diffusion de propos diffamatoires et injurieux, portant atteinte à la dignité, à la réputation, à la vie privée d’un grand nombre de citoyens gabonais et de personnalités publiques et politiques ;
- La propagation de fausses informations (Fake news), susceptibles de troubler l’ordre public et la cohésion sociale et de porter atteinte à la défense nationale ;
- Le cyberharcèlement, incitant à des attaques organisées contre des citoyens, des personnalités et des institutions sur les plateformes numériques ;
- La divulgation non autorisée de données personnelles, en violation des réglementations en matière de protection de la vie privée.
Dans n’importe quel pays du monde, ces actes constituent des infractions sévèrement réprimées par les textes, ainsi que, par les politiques de modération des grandes plateformes numériques.
Aussi, la HAC, en sa qualité de régulateur de la communication audiovisuelle, écrite, cinématographique et numérique, condamne-t-elle (avec raison) fermement, l’usage abusif et dévoyé desdites plateformes par certains utilisateurs et déplore ce qui s’apparente à l’indifférence de ces plateformes, notamment, à travers l’absence d’une véritable volonté de modération des contenus illicites dont elles sont pourtant les supports de diffusion.
Les utilisateurs de réseaux sociaux s’étant autoproclamés journalistes (sans cartes de presse) sans qu’ils n’aient jamais eu à répondre de leurs déviances sur le plan de la diffamation sans même parler des mensonges et autres contre-vérités, impunis, qu’ils débitent à longueur de journée et qui font grimper les « j’aime », preuve de la « crédibilité » de leurs publications, il fallait, à un moment donné, que la HAC siffle la fin de la récréation. Il fallait frapper fort, en bombant le torse pour montrer que le Gabon n’est pas une Jungle informationnelle, et que ce pays béni des dieux, dirigé par un « Moïse » (comme ils disent là bas) envoyé par le sauveur, mérite discipline, travail et responsabilité pour avancer.
« La HAC tient à rappeler que la liberté d’expression, y compris la liberté de commentaire et de critique, bien qu’étant un droit fondamental consacré au Gabon et garanti par la Haute autorité de la communication, ne saurait s’exercer en violation flagrante des lois nationales et internationales en vigueur ». Que ceux qui contestent cette affirmation aillent se renseigner auprès de l’UNESCO qui ne leur donnera jamais raison.

Ces agissements sont susceptibles d’engendrer des conflits sociaux, de déstabiliser les institutions de la République et de mettre gravement en péril l’unité nationale, les avancées et les acquis démocratiques, faits et méfaits dont le Gabon nouveau n’a nullement besoin.
Au nom de l’intérêt supérieur du Gabon, la HAC a le devoir et même l’obligation de suspendre, immédiatement (comme elle l’a fait), les réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national jusqu’à nouvel ordre. C’est aussi la meilleure façon de bien tenir ces indisciplinés notoires de la toile en respect. Quand le président, Germain Ngoyo Moussavou, décidera d’assouplir (en son temps) cette mesure de fermeture (salvatrice), les utilisateurs de ces plateformes feront beaucoup plus attention. Car un Gabonais averti en vaut deux.
Professeur Paul TEDGA
est docteur de l’Université de Paris 9 Dauphine (1988)
Auteur de sept ouvrages
Fondateur en France de la revue Afrique Education (1993).





