GUERRE UKRAINE-RUSSIE : Pourquoi le Groupe Total refuse de quitter la Russie

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En 2016, au cours d’un échange avec Loïk Le Floch Prigent (grand soutien du Général Jean-Marie Michel Mokoko alors candidat à l’élection présidentielle), il avait clairement laissé entendre que quand il était à la tête d’ELF Aquitaine, il avait déjà fait le choix de se désengager petit à petit du continent africain et d’amenuiser les apports de gaz venant d’Algérie.

Cette stratégie de se désengager progressivement du continent africain avait été reprise par Christophe de Margerie, et sous sa direction, le groupe Total s’est de plus en plus rapprochée de la Russie au point d’avoir 24% des réserves prouvés du groupe, soit près d’un quart de ses reserves de pétrole et de gaz, en Russie.

En effet, Christophe Margerie, aidé par François Fillon alors Premier Ministre de Nicolas Sarkozy, puis par François Hollande sous le couvert de son vieil ami Jean-Pierre Jouyet (marié à Brigitte Taittinger, cousine de Christophe de Margerie) avait fait du lobbying auprès de Vladimir Poutine et Dmitry Medvedev; ce qui a permis au groupe Total de s’implanter en Russie en s’associant au groupe Novatek (numéro deux du gaz en Russie après Gazprom, et premier groupe gazier privé du pays) et d’exporter directement le gaz en concurrence de Gazprom (contre la volonté des oligarques qui contrôlent Gazprom). 

Selon les chiffres officiels de 2020, 17% de la production de pétrole et de gaz du groupe Total se trouve en Russie, notamment dans la zone Arctique russe, en Sibérie, où le groupe a énormément investi dans le champ de Yamal (qui signifie la fin de la terre).

Total et Novatek sont associés à Yamal, un site d’extraction et de transformation de gaz en GNL (gaz naturel liquéfié), pour à la fois le transporter par un gazoduc qui va vers l’Europe mais surtout par bateaux GNL (et d’ailleurs le premier bateau, méthanier brise-glace, à transporter le gaz du site de Yamal, avait été nommé le « Christophe de Margerie », en l’honneur de ce dernier, décédé sur le sol russe en 2014).

Aujourd’hui le groupe Total contrôle 30% de Yamal (qui est aussi en partie financé par des capitaux chinois).

A Yamal GNL, il faut ajouter l’investissement du groupe dans le nouveau méga projet GNL de Leonid Mikhelson, Arctic LNG 2, un chantier estimé à plus de 21 milliards de dollars. Avec un premier cargo prévu pour 2023. 

Pour ce projet d’Arctic LNG 2, le groupe Total, actionnaire à 10 % et qui détient également 19,4 % du capital de Novatek, est associé à Novatek qui reste majoritaire avec 60 % mais aussi aux chinois CNOOC (10 %) et CNPC (10 %) ainsi qu’au consortium japonais Mitsui-Jogmec (10 %).

Quand on connaît tous ces enjeux autour du groupe Total en Russie, il est très difficile de croire que Vladimir Poutine n’ait pas abordé ces questions de Yamal et d’Arctic LNG 2 avec Emmanuel Macron lors de leur fameux tête-à-tête très distant (cf. La gigantesque table ovale de six mètres qui séparait Vladimir Poutine et Emmanuelle Macron le 7 février dernier au Kremlin).

Surtout, on comprend assez aisément tout le sens des sanctions américaines qui concernent non pas seulement Nord Stream 2 mais aussi le gaz russo-français exporté de Yamal vers l’Europe par Total et son associée Novatek et qui est en compétition directe avec le GNL américain…

Bref, chacun l’aura compris, tout ceci rend plus difficile et plus complexe le jeu diplomatique d’Emmanuel Macron dans la crise ukrainienne face à Vladimir Poutine, qui ne fait mystère de décision de nationaliser tous actifs de Total Energies si jamais le groupe venait à quitter la Russie.

Bienvenu MABILEMONO

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