Du triomphe du PAM à la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri : Le Maroc entre dans une nouvelle séquence politique, mais, les attentes citoyennes restent considérables.
Une participation qui interpelle
Les Marocains étaient appelés, le 23 septembre 2026, à élire les 395 membres de la Chambre des représentants. Le résultat est désormais définitif : Le PAM arrive en tête avec 97 sièges, devant le RNI avec 66, l’Istiqlal avec 65 et le PJD avec 54. Le taux de participation s’est établi à 38,08 %, contre 50,86 % en 2021 et 42,27 % en 2016.
Moins de quatre électeurs inscrits sur dix ont donc participé au scrutin.
Ce chiffre ne permet évidemment pas, à lui seul, de déterminer les raisons de l’abstention. Mais, il pose une question politique que le nouveau gouvernement ne pourra probablement pas éluder : Comment renouer le lien entre les citoyens et les institutions représentatives ?
La faible participation ne rend pas juridiquement les élections invalides. Elle constitue cependant un élément important lorsqu’on s’interroge sur la mobilisation électorale et sur la relation entre les partis politiques et la population.
Le PAM détrône le RNI
Le principal enseignement du scrutin est l’arrivée du Parti Authenticité et Modernité (PAM) en première position.
Le RNI, qui dirigeait le gouvernement sortant, recule à la deuxième place, tandis que l’Istiqlal conserve une position centrale. Il faut toutefois éviter de parler d’un bouleversement complet du paysage politique : Le PAM, le RNI et l’Istiqlal appartenaient tous trois à la coalition gouvernementale précédente.
Le changement est donc avant tout un renversement du rapport de forces au sein d’un paysage politique déjà marqué par leur coopération gouvernementale.
La question est désormais de savoir si cette nouvelle hiérarchie électorale entraînera également une nouvelle orientation politique.
Le retour spectaculaire du PJD
Autre fait marquant : Le retour du Parti de la justice et du développement.
Après avoir obtenu seulement 13 sièges en 2021, le PJD en décroche cette fois 54, se plaçant en quatrième position.
Son secrétaire général, Abdelilah Benkirane, a mené une campagne particulièrement active, multipliant les déplacements et les rencontres à travers le Royaume.
Mais, le PJD a déjà clarifié son positionnement pour la prochaine législature : Son Conseil national a décidé, à l’unanimité, de ne pas participer au prochain gouvernement et de siéger dans l’opposition.
Le retour électoral du PJD ne devrait donc pas se traduire, à ce stade, par son retour au gouvernement.

Fatima Ezzahra El Mansouri : Une première historique
Le 29 septembre, une nouvelle étape a été franchie.
Le roi, Mohammed VI, a reçu au Palais royal de Rabat, Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice de la direction collégiale du PAM, et l’a nommée cheffe du gouvernement, en vertu de l’article 47 de la Constitution, en la chargeant de former le nouveau gouvernement (notre photo).
Cette nomination constitue une première historique : Fatima Ezzahra El Mansouri devient la première femme à diriger le gouvernement marocain.
Sa nomination était rendue possible par le résultat du scrutin : L’article 47 prévoit en effet que le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Le texte constitutionnel n’impose cependant pas que cette personne soit nécessairement le secrétaire général ou le président du parti.
Mme El Mansouri doit maintenant accomplir une tâche autrement plus complexe : Transformer les 97 sièges du PAM en une majorité parlementaire capable d’investir le gouvernement.
La bataille des alliances commence
Avec 97 députés sur 395, le PAM est loin de disposer seul de la majorité absolue, qui nécessite 198 voix.
La future cheffe du gouvernement doit donc négocier avec plusieurs formations parlementaires. Plusieurs configurations arithmétiques sont possibles. Une alliance PAM-RNI-Istiqlal représenterait par exemple 228 sièges.
Mais, l’arithmétique parlementaire ne suffit pas à déterminer les alliances politiques.
Le RNI n’a pas encore arrêté publiquement sa position définitive sur une éventuelle participation au futur gouvernement. Son président, Mohamed Chouki, a indiqué que la question devait être examinée par les instances dirigeantes du parti.
L’Istiqlal, avec ses 65 députés, constitue également une pièce importante de cette équation.
Qui entrera au gouvernement ?
A ce stade, il serait prématuré de parler de « futurs ministres ».
La formation du gouvernement n’est pas encore achevée et les consultations doivent précisément déterminer quelles formations participeront à la majorité et quelle sera la composition du nouvel exécutif.
Parmi les responsables politiques dont le positionnement mérite donc d’être suivi, figurent, notamment, Mohamed Chouki, président du RNI, Nizar Baraka, secrétaire général de l’Istiqlal, et Mohamed Ouzzine, secrétaire général du Mouvement populaire.
Le Mouvement populaire, qui dispose de 29 sièges, n’a pas encore arrêté sa décision concernant une éventuelle participation gouvernementale. Mohamed Ouzzine a indiqué le 29 septembre que son parti n’avait pas encore tranché.
Le cas du PJD est différent.
Son Conseil national a décidé de rester dans l’opposition et de ne pas participer au prochain gouvernement. Abdelilah Benkirane a, également, confirmé le refus du parti de participer à un gouvernement dirigé par le PAM.
Cette décision donne donc au PJD une place particulière dans la nouvelle configuration : Fort d’un retour à 54 députés, il sera l’une des principales forces d’opposition à la Chambre des représentants.

Une alternance ou une redistribution des rôles ?
C’est probablement ici que se situe la véritable interrogation.
Le changement est réel : Le PAM est, désormais, la première force parlementaire et Fatima Ezzahra El Mansouri est devenue cheffe du gouvernement.
Mais, il serait trop tôt pour parler de rupture politique.
Le PAM, le RNI et l’Istiqlal étaient, déjà, associés au gouvernement précédent. Une partie importante de la nouvelle majorité pourrait donc être constituée de formations qui ont déjà exercé ensemble des responsabilités gouvernementales.
Le changement de rapports de forces électoraux produira-t-il pour autant un changement de politiques publiques ?
C’est toute la question.
La faible participation : Le véritable signal d’alarme ?
C’est ici que le scrutin du 23 septembre prend une dimension particulière.
Avec 38,08 % de participation, le vote traduit une mobilisation électorale nettement inférieure à celle de 2021.
Il serait toutefois réducteur d’expliquer cette abstention par une seule cause.
Mais, elle doit interpeller les responsables politiques.
Car une démocratie représentative ne peut durablement se satisfaire d’une situation dans laquelle une grande partie du corps électoral ne participe pas au choix de ses représentants.
C’est également dans ce contexte que certaines voix réclament des changements institutionnels beaucoup plus profonds, allant jusqu’à évoquer l’annulation du scrutin, une remise en cause du Parlement, ou encore, la constitution d’un gouvernement de transition chargé notamment de lutter contre la corruption et de faire traduire devant la justice les personnes contre lesquelles des infractions seraient établies.
Ces revendications doivent être distinguées des procédures juridiques prévues pour contester une élection. Elles relèvent d’une contestation politique beaucoup plus large et ne constituent pas, en elles-mêmes, une conséquence juridique du taux d’abstention.
Changer les hommes ou changer le système ?
C’est finalement la question fondamentale.
Le Maroc dispose désormais d’une nouvelle Chambre des représentants. Une femme vient pour la première fois d’être chargée de diriger le gouvernement. Une nouvelle majorité doit être constituée.
Mais, le véritable changement ne se mesurera pas uniquement au nombre de portefeuilles distribués ou aux personnalités qui entreront au gouvernement.
Il se mesurera à la capacité du nouvel exécutif à répondre aux préoccupations concrètes des citoyens : Emploi, éducation, santé, pouvoir d’achat, réduction des inégalités, efficacité de l’administration et lutte contre la corruption.
Car le risque, à terme, serait de donner l’impression que la machine institutionnelle continue de fonctionner, que les acteurs changent de place et que les portefeuilles circulent, tandis que les problèmes fondamentaux demeurent.
Le Maroc n’a peut-être pas seulement besoin d’un changement de majorité.
Il a besoin que les citoyens puissent constater, dans leur vie quotidienne, que le changement politique produit réellement du changement.
Dr Lahcen Benchama





