NOUVELLES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION A L’ECOLE : La Suède nous parle en Afrique

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Le tournant engagé par la Suède en matière d’éducation dépasse largement le cadre d’un débat pédagogique européen. Il constitue un avertissement clair pour les pays africains engagés, souvent, à marche forcée, dans la numérisation de leurs systèmes scolaires. Lorsqu’un pays longtemps présenté comme un modèle d’innovation éducative reconnaît les limites du « tout-numérique », il serait imprudent de détourner le regard.

La Suède ne renie pas la technologie ; elle en corrige l’excès. Après avoir équipé massivement ses classes en outils numériques, elle constate un affaiblissement des compétences fondamentales : Lecture hésitante, écriture fragilisée, concentration en berne. Ce constat devrait interpeller les responsables africains, à l’heure où les tablettes et plateformes numériques sont, parfois, présentées comme des solutions miracles à des problèmes structurels profonds.

Car la réalité du continent est sans appel. Dans de nombreux pays africains, l’accès à l’électricité reste inégal, la connectivité aléatoire, et la formation continue des enseignants insuffisante. Dans ce contexte, investir prioritairement dans des dispositifs numériques coûteux, souvent, importés et dépendants de fournisseurs extérieurs, revient à bâtir une école sur des fondations fragiles. L’expérience suédoise rappelle une vérité simple : Sans maîtrise solide de la lecture et de l’écriture, aucune technologie ne peut produire de progrès durable.

Les décideurs africains doivent donc se poser une question essentielle : Moderniser l’école, oui — mais pour quels résultats et à quel prix ? L’urgence n’est pas de multiplier les écrans dans les salles de classe, mais, de garantir à chaque élève l’accès à des manuels de qualité, à des enseignants formés et à un environnement propice aux apprentissages fondamentaux. Le numérique ne doit intervenir qu’en appui, ciblé, adapté aux réalités locales.

D’autant que l’Europe, elle-même, marque le pas. En France, en Finlande ou en Allemagne, les politiques éducatives tendent à réhabiliter le livre, l’écriture manuscrite et l’enseignement explicite des savoirs de base. Cette convergence devrait inciter les responsables africains à éviter une imitation tardive de modèles déjà remis en question ailleurs.

Le projet Giga (en Afrique) dont le but est d’informatiser les écoles : Il est important de se hâter lentement.

L’Afrique n’a rien à gagner à reproduire les erreurs du Nord. Elle a, au contraire, l’opportunité de tracer une voie éducative autonome, fondée sur ses besoins réels, ses ressources et ses priorités. L’exemple suédois invite à une prise de recul salutaire : Le progrès éducatif ne se mesure pas au nombre d’écrans déployés, mais, à la capacité des élèves à lire, écrire et penser avec rigueur.

Aux décideurs africains, désormais, d’entendre ce message. L’avenir de l’école du continent se joue moins dans la course technologique que dans la solidité de ses fondations.

 Dr Lahcen Benchama

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