PRESIDENTIELLE AU SENEGAL : La victoire de Bassirou Diomaye Faye (ou la monumentale défaite de Macky Sall)

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Amadou Ba, le candidat du pouvoir, a reconnu lundi la «victoire» de l’opposant antisystème Bassirou Diomaye Faye au premier tour de l’élection dimanche et l’a «félicité».

Coup de tonnerre dans le ciel chaud de Dakar. Le candidat du pouvoir à la présidentielle au Sénégal, Amadou Ba, a reconnu, lundi, 25 mars, la «victoire» du candidat du Pastef, Bassirou Diomaye Faye, dès le premier tour de l’élection organisée, dimanche, 24 mars, et l’a «félicité», lors d’un appel téléphonique. C’est déjà une tradition (démocratique) au Sénégal que le vaincu (qu’on pensait être le vainqueur, appelle son adversaire pour le féliciter. Abdou Diouf, le président sortant, avait appelé son adversaire, Abdoulaye Wade, en 2000, alors que ses équipes cherchaient des moyens pour torpiller la victoire du candidat du PDS (Parti démocratique du Sénégal). Amadou Ba, en reconnaissant de si tôt, la victoire de son adversaire, s’inscrit dans cette lignée d’hommes d’Etat du Sénégal.

«Au regard des tendances des résultats de l’élection présidentielle et en attendant la proclamation officielle, je félicite le président, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, pour sa victoire dès le premier tour», a dit Amadou Ba dans un communiqué.

Le porte-parole du gouvernement, Abdou Karim Fofana, a indiqué, de son côté, que M. Ba avait appelé son adversaire pour le féliciter.

La victoire de Faye devrait annoncer une profonde remise en cause du système, pas seulement parce qu’il deviendrait le plus jeune président du Sénégal, à 44 ans. Le nouvel homme fort du pays, bénéficiant d’une loi d’amnistie, est sorti de onze mois d’emprisonnement dix jours avant l’élection, en même temps que son guide et chef de leur parti dissous, Ousmane Sonko, l’architecte en chef de la victoire actuelle. Honneur à Ousmane Sonko de montrer, à travers cette victoire de son camp, à la jeunesse africaine de ne jamais désespérer et qu’on finit toujours par arriver si on y croit. Malgré les brimades, les emprisonnements, l’attribution des affaires de viol totalement montées, Ousmane Sonko a bravé toutes ces manœuvres pour faire gagner le Pastef.

Maintenant, on va voir ce qu’on va voir : Bassirou Diomaye Faye se veut le «candidat du changement de système» et d’un «panafricanisme de gauche». Son programme insiste sur le rétablissement de la «souveraineté» nationale, bradée à l’étranger par Macky Sall qu’on pouvait, valablement, appeler le « président de l’étranger ». Il a promis de combattre la corruption et mieux répartir les richesses, et s’est, aussi, engagé à renégocier les contrats miniers, gaziers et pétroliers conclus avec des compagnies étrangères. Dans son programme, il y a, également, la sortie de la zone franc ou la création d’une monnaie nationale. Auparavant, le nouveau président engagerait un dialogue avec ses homologues de l’UEMOA et de la CEDEAO avant toute décision. Mais, il est hors de question que le Sénégal garde intacte cette monnaie coloniale.

Autre décision attendue car dans la logique des choses : le rapprochement du Sénégal avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, tous membres de l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Va-t-il adhérer dans cette instance ou gardera-t-il une certaine distance comme semble l’observer le colonel-président du Guinée, Mamadi Doumbouya ? Contrairement à tous ces quatre présidents qui prônent à peu près la même idéologie mais avec quelques variantes près pour la Guinée, par exemple, le nouveau président sénégalais, lui, est démocratiquement élu, et très bien élu, et n’est donc pas arrivé au pouvoir par un coup d’état militaire.

Le Sénégal pourrait commencer à produire du gaz et du pétrole en 2024.

Le scrutin est suivi avec beaucoup d’attention. Dakar maintient des relations fortes avec l’Occident, tandis que la Russie renforce ses positions alentour. C’est justement ces relations avec l’Occident qui sont en cause car de dominateur à dominé, que Faye entend changer fondamentalement. Sur ce plan, on peut d’ores et déjà dire que le compte à rebours pour le démantèlement de la base militaire française à Dakar a commencé. De la même manière, il n’est pas exclu qu’il approfondisse la coopération entre le Sénégal et la Russie.

La claque électorale que vient de recevoir le candidat du pouvoir, Amadou Ba, est la conséquence des incohérences politiques du président sortant, Macky Sall. Il ne voulait pas quitter le pouvoir et voulait obtenir un troisième mandat. Les manifestations gigantesques orchestrées par Ousmane Sonko (avec plusieurs dizaines de morts à la clé) ont convaincu Macky Sall de quitter le pouvoir sinon le Sénégal deviendrait ingouvernable. Pour se venger, il a mis Ousmane Sonko en prison pour qu’il ne se présente pas à l’élection présidentielle. Ayant lui-même choisi son premier ministre, Amadou Ba, pour lui succéder avec un marché à la Medvedev-Poutine qui consistait à permettre à Amadou Ba de faire un seul et unique mandat de cinq ans et de laisser Macky Sall revenir au pouvoir, cette stratégie n’a pas fonctionné, la popularité d’Amadou Ba ayant entamé une dégringolade que personne n’arrivait à freiner. Cette situation a poussé Macky Sall à changer la date de l’élection présidentielle avec les conséquences que cela a pu entraîner. Voilà pourquoi dans le QG d’Amadou Ba, on rend Macky Sall totalement et absolument responsable de la défaite d’Amadou Ba. Macky Sall va quitter le pouvoir le 2 avril, la queue entre les jambes car tout apprenti dictateur qu’il est, il a eu tout faux du début à la fin.

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