Depuis 2025, la Russie est critiquée à cause de ses recrutements massifs de ressortissants africains pour sa guerre en Ukraine. Accusé par des agences humanitaires, le Kremlin n’a jamais vraiment adressé ces allégations, se contentant simplement de tout nier en bloc. Pourtant, près de deux ans après les premières révélations, le nombre de familles africaines exigeant des réponses à leurs autorités ainsi qu’aux ambassades russes dans leur pays ne cesse de croître. Une polémique sur laquelle Moscou doit être confrontée pour que des solutions soient vite trouvées.
Bien qu’aucune des deux parties au conflit russo-ukrainien ne veuille divulguer son bilan humain réel, peu de doute existe sur le fait qu’il a déjà dépassé la barre du million de victimes de chaque côté. Les civils en faisant malheureusement partie, quoique beaucoup moins que les morts au front. Dans ces combats qui durent depuis 4 ans, le renouvellement des effectifs militaires est une préoccupation de tous les instants, compte tenu des visées stratégiques de Kiev et de Moscou. C’est de cette situation que naissent les fausses offres d’emplois en Afrique vers la Russie (voir la photo de famille du Sommet Russie-Afrique d’octobre 2026 à Moscou).
Si la réalité de ce problème est indiscutable, elle ne doit pas sous-entendre que tous les Africains servant dans les rangs de l’armée russe y ont été contraints. En effet, ils sont nombreux à avoir sauté sur cette opportunité de leur plein gré, en raison de la rémunération proposée, qui comporte des salaires mirobolants équivalant à plus de 200 fois le salaire mensuel dans leur pays d’origine. Le calcul est vite fait, même pour les candidats les moins lettrés. Mais, ce qui crée surtout l’indignation, c’est le traitement réservé aux enrôlés africains, notamment, après leur disparition.

Moscou a créé un système de recrutement international, qui s’appuie sur des réseaux décentralisés à la recherche de ressortissants étrangers vulnérables. Ces réseaux opèrent sur des plateformes comme Facebook pour paraître légitimes aux yeux de leurs victimes. Maintenant que cette affaire atteint des proportions inquiétantes, le Kremlin ne peut plus se dédouaner, étant donné qu’il en est le principal bénéficiaire. A moins qu’il ne voie les Africains comme de la chair à canon, et que cette histoire ne traduise le véritable sentiment du pouvoir russe à leur égard.
Derrière le 3ème Sommet Russie-Afrique réussi, de par son affluence, des 28 et 29 octobre derniers, on espère que Vladimir Poutine s’est fait chahuter par ses convives et s’est engagé à adresser ce scandale géopolitique, en particulier, l’absence d’une gestion comparable des soldats étrangers tombés à celle des soldats russes. S’il est bon de fustiger l’attitude post-coloniale de l’Occident, il est aussi bien de faire soi-même preuve de clarté et de prendre ses responsabilités en cas d’interpellation. Vladimir Poutine dit être un ami de l’Afrique. Qu’il le montre donc sur ce dossier.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





