SOMMET DE LA FRANCOPHONIE DE DAKAR : François Hollande : Mention Très Honorable avec les Félicitations du Jury

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Petit exploit de François Hollande qui a tenu tête à l’animosité ambiante, à Dakar, et livrer ses quatre vérités, à ses pairs (surtout) africains, comme l’avait fait son homologue, Barack Obama, trois mois, auparavant, début août, à Washington. Le sujet qui fâche, c’est l’alternance à la tête des Etats et la limitation des mandats. Cerise sur le gâteau : Michaëlle Jean succède à Abdou Diouf, le fervent défenseur des dictateurs, au grand bonheur des peuples d’Afrique, épris de paix, de liberté et de démocratie. Qui pouvait mieux espérer ?

Réunis, à Dakar, dimanche, 30 novembre, les dirigeants de la Francophonie ont choisi la Canadienne, Michaëlle Jean, comme nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Le choix porté sur le successeur de l’ancien président sénégalais, Abdou Diouf, s’est fait dans la douleur, presque par césarienne, après de très difficiles tractations dues, en partie, aux divisions de l’Afrique qui, selon certains observateurs, lui ont coûté ce poste qu’elle a toujours détenu. D’origine haïtienne, l’ex-gouverneure générale du Canada, du haut de ses 57 ans, s’est, finalement, imposée à la tête de l’organisation, face à quatre candidats africains dont, trois, pour la seule Afrique centrale. Pas moins ! Ne pouvaient-ils pas s’entendre avant ?

Michaëlle Jean a, donc, naturellement, été préférée à l’ex-président du Burundi, Pierre Buyoya, à l’écrivain et diplomate congolais, Henri Lopes, à l’ex-premier ministre mauricien, Jean-Claude de l’Estrac, et à l’ancien ministre équato-guinéen, Agustin Nze Nfumu. Si chacun pouvait compter sur certains atouts pour se faire élire, rien n’a été simple, pour personne, au final. Le passé d’ancien putschiste du Burundais, Pierre Buyoya, a, largement, desservi sa candidature. On s’étonne qu’il ait voulu en faire abstraction, en cherchant à faire mettre l’accent sur la façon dont il avait, chaque fois, choisi d’abandonner le pouvoir, après l’avoir pris, par les armes. Personne, cependant, n’a oublié que sa prise de pouvoir, à Bujumbura, par coup d’état, en septembre 1987, et, en juillet 1996, a causé plusieurs milliers de morts, qu’il ne soldera, jamais, même en se transformant en médiateur de la crise intermalienne. Mettre un ancien putschiste à la tête de la Francophonie, eût été catastrophique pour cette organisation, qui a perdu de son lustre depuis, 1997, que les Africains s’en occupent. Pierre Buyoya à la tête de l’OIF, aurait été un bon signal pour tous les putschistes africains. Le rejet du candidat congolais, Henri Lopes, trouve son explication dans cette théorie du coup d’état. Meilleur profil sur le papier, Henri Lopes, après avoir essuyé un échec, au Sommet de Beyrouth, en 2002, juste parce que le président français de l’époque, Jacques Chirac, avait refusé le vote qui aurait pu être défavorable à son candidat, Abdou Diouf, avait de bonnes raisons, cette fois, d’espérer une meilleure issue à sa candidature. Sauf que la stratégie utilisée par le Congo a été à son désavantage. En effet, en 2002, Henri Lopes était, cer tes, présenté par le Congo. Mais il était, solidement, parrainé par le président du Gabon, le patriarche, El Hadj Omar Bongo, dont personne ne contestait la stature en Francophonie. En 2014, le président, Denis Sassou Nguesso, a décidé de défendre son compatriote, en personne. Malheureusement, il a été accroché par son souhait de vouloir modifier la constitution, pour se faire réélire, en 2016, une pratique qui ne passe plus au niveau de la communauté internationale. Henri Lopes aurait-il connu un sort différent s’il avait été présenté par un parrain plus acceptable aux yeux de l’opinion publique internationale ? A 77 ans, il a le même âge que l’Egyptien, Boutros Boutros-Ghali à qui on reprochait, en son temps, de faire de l’OIF, une maison de retraite. Même si l’ambassadeur du Congo, en France, est bien portant, sur le plan de la santé, place est, maintenant, faite aux nouvelles générations, et ce dans tous les domaines de la vie. Exit les seniors !

Quant au candidat équato-guinéen, Agustin Nze Nfumu, que pas grand monde ne connaissait, il a, à peine, fait campagne, ce qui est, plutôt, curieux. Car on sait comment son président, Teodoro Obiang Nguema, met le paquet, quand il voudrait faire pencher la balance, de son côté. On a vu de quoi il était capable quand le Prix Unesco/Obiang Nguema pour la science, avait failli être rangé dans le tiroir des oubliettes à cause des critiques que l’Occident formulait à l’endroit de sa gouvernance. Le président équato-guinéen avait, alors, sorti le grand jeu, en mobilisant, en sa faveur, le syndicat des chefs d’Etat de l’Union africaine, ainsi que la presse, pour changer l’attitude de la directrice générale, Irina Bokova, qui, ignorant, volontairement, la décision du Conseil exécutif de l’Unesco, c’est-à-dire, de l’instance décisionnaire de cette organisation, s’était, tout, simplement, assise sur le dossier, se jurant de n’en faire qu’à sa tête. Face à la multitude de pressions venant, sur tout, du tiers-monde, et singulièrement, de l’Union africaine, elle a fini par remettre ce Prix qui en est à sa deuxième édition. Mais pour la Francophonie, Teodoro Obiang a choisi de faire profil bas. C’est comme si la candidature de son protégé, Agustin Nze Nfumu, avait, plutôt, servi de test. On espère que la Guinée-équatoriale pourra faire mieux, la prochaine fois, après avoir pu, examiner, de l’intérieur, les tenants et les aboutissants de l’élection du secrétaire général de l’OIF. Car pays très ambitieux auréolé de notables succès économiques qui est en passe de devenir un pays émergent, en 2020, la Guinée équatoriale a beaucoup de considération pour elle-même, même si elle reste un pays de petite taille comptant moins d’un million d’habitants.

Dernier candidat africain, l’ex-premier ministre mauricien, Jean-Claude de l’Estrac a été desservi par un handicap par trop important : le caractère excentré de son pays à la fois sur le plan géographique, mais aussi, économique, politique et culturel, par rapport aux autres pays francophones. Peu de personnes peuvent situer l’Ile Maurice sur une carte. Se faire représenter par quelqu’un qu’on ne connait pas, bien, eût été bizarre.

Michaëlle Jean aura du travail, en prenant ses fonctions, le 2 janvier 2015, à Paris. Elle devra, nécessairement, commencer par « nettoyer » quelque peu le siège où la langue wolof rivalise avec celle de Molière. En bon Sénégalais, Abdou Diouf ne s’embarrassait, nullement, des qu’en dira-t-on, quand il fallait recruter ses compatriotes qu’on retrouve, à tous les niveaux, au siège de l’OIF. Les ressortissants du pays de la teranga sont à tous les étages du bâtiment. La nouvelle secrétaire générale dit vouloir s’appuyer sur la dimension politique apportée, à l’OIF, pendant 12 ans, par son prédécesseur. 12 ans et non 8 ans ! On oublie de dire qu’Abdou Diouf n’avait pas droit à un troisième mandat, et que celui-ci lui fut accordé au prix d’un tripatouillage qui ne fait pas honneur à l’OIF. On commença par mettre Jean- Pierre Raffarin dans la complicité, afin qu’il convainque Nicolas Sarkozy, dont il était le sherpa au Conseil permanent de la Francophonie. L’ancien premier ministre de Jacques Chirac ferma les yeux devant cette entorse à la démocratie. Ayant obtenu le silence des Français, il était, désormais, facile pour Abdou Diouf et son équipe, de faire passer la pilule aux autres pays de l’organisation. Voilà pourquoi la Francophonie (politique) n’a aucune crédibilité : Abdou Diouf ne pouvait pas dénoncer un chef d’Etat africain qui voulait modifier la constitution afin de demeurer au pouvoir, alors qu’il a fait pareil, à la tête de la Francophonie. Pire, l’OIF a, toujours, été un accompagnateur fidèle de la fraude électorale, en Afrique. Jamais, les observateurs de cette organisation ne se sont élevés contre les manipulations électorales dont les chefs d’Etat (qui l’encensaient d’éloges les uns après les autres, le 29 novembre, à Dakar) s’illustrent, pour écraser leurs oppositions, avant de se maintenir au pouvoir.

Lors des élections, qui ont conduit Alpha Condé à la tête de la Guinée, en 2010, l’OIF avait couvert un scandale. Elle n’avait pas agi seule, mais de concert avec Blaise Compaoré, l’ancien dictateur burkinabé, chassé par la jeunesse, fin octobre dernier. Comme accompagnateur lointain du processus, à Paris, on trouvait, aussi, Bernard Kouchner, à l’époque, ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy. Au premier tour de la présidentielle guinéenne, le 27 juin 2010, c’est l’ancien premier ministre, Cellou Dalein Diallo, de l’Union des forces démocratiques de Guinée, qui était arrivé, en tête, avec 43,69%, des voix. Venaient, respectivement, en deuxième et troisième positions, Alpha Condé du Rassemblement du peuple de Guinée, qui totalisait 18,25% et Sidya Touré de l’Union des forces républicaines, avec 13,02%. Le deuxième tour qui devait, logiquement, opposer Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé, 14 jours, après la proclamation des résultats du premier tour, n’eut pas lieu. Et pour cause, la Cour suprême passa outre, prétextant l’examen de nombreux recours qu’elle devait examiner. Au lieu du 18 juillet, le deuxième tour fut repoussé, plusieurs fois, en raison de l’attente de la promulgation des résultats définitifs. Le 15 novembre, c’est-à-dire, cinq mois, plus tard, Alpha Condé était déclaré vainqueur avec 52,52% des voix. Cellou Dalein Diallo contesta ce résultat d’autant plus qu’il avait bénéficié du ralliement du candidat Sidya Touré, sorti troisième. On compta plusieurs morts car les partisans des deux candidats s’affrontèrent à Conakry et dans plusieurs localités de l’intérieur du pays. Manifestement, il y avait eu beaucoup de fraudes et Cellou Dalein Diallo a eu raison de contester ce résultat car tout laisse penser qu’Alpha Condé, pour gagner, avait bénéficié d’une machine qui l’avait aidé à porter son résultat de 18,25%, au premier tour, à 52,52%, au second tour. C’est à ce niveau qu’on conteste la neutralité du président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Siaka Sangaré, qui était de nationalité malienne, et, choisi par l’OIF. L’OIF eut, aussi, son mot à dire quant au choix du prestataire qui gérait l’aspect informatique et de transmission des votes, c’est-à-dire, du comptage des résultats. Ceux-ci ayant été, volontairement, faussés, la neutralité de cette société fut, également, mise en cause. Dans tous les cas, les perdants s’en prirent à Blaise Compaoré, et à Bernard Kouchner qui, avec la bienveillante passivité de l’OIF, réussirent à inverser les résultats, pour faire gagner le candidat dont le sort était presque scellé au premier tour : Alpha Condé. On comprend que ce dernier, à Dakar, ait rendu un vibrant hommage à Abdou Diouf. Il sait comment il a été repêché, en 2010. On voit, aussi, comment Alpha Condé a évité de répondre aux questions, à Dakar, qui avaient trait à la façon dont son mentor, Blaise Compaoré, a dû quitter le pouvoir. Sans les manœuvres de ce dernier, Alpha Condé pointerait, encore, dans l’opposition, et ne serait, sans doute, jamais, président de la République de Guinée. L’OIF, comme on le voit, pouvait rendre de précieux services, aux dictateurs africains, sous Diouf.

« Vous avez été un exemple, d’abord, d’accepter que l’alternance puisse exister, dans votre pays. Laisser la place lorsque les électeurs l’ont décidé, mais, prendre votre place dans l’organisation de la Francophonie. Vous avez de la sagesse, elle vous est reconnue, elle n’a rien à voir avec l’âge. Vous avez de l’expérience, cela n’a rien à voir avec le nombre d’années passées à la tête d’un mandat ». Telle est la déclaration de François Hollande, en guise d’hommage à Abdou Diouf, à Dakar. En vérité, Abdou Diouf ne mérite pas cet hommage. Quand on analyse son bilan, à l’OIF, il n’a pas rendu service à la démocratie.

Sur la quinzaine de discours prononcés, ce 29 novembre matin, par les chefs d’Etat, celui du président français était, particulièrement, attendu. Et il n’a pas déçu quand il a fallu aborder la question qui fâche, à savoir, la gouvernance et l’alternance en Afrique : « La Francophonie, elle est soucieuse des règles de la démocratie, de la liberté du vote, du respect des ordres constitutionnels et de l’aspiration des peuples, de tous les peuples, à des élections libres. C’est ce qui vient de s’accomplir en Tunisie. C’est une belle illustration, que ce soit dans un pays francophone, qu’il y ait eu la réussite d’un Printemps arabe ». Et François Hollande de ne pas s’arrêter sur cette belle lancée : « Cet accomplissement, cette transition doivent également servir de leçon. Là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où la liberté est bafouée, là où l’alternance est empêchée, j’affirme, ici, que les citoyens de ces pays sauront, toujours, trouver dans l’espace francophone le soutien nécessaire pour faire prévaloir la justice, le droit et la démocratie ». François Hollande a, ainsi, pris l’accent de l’autre François, quand, lors du Sommet France-Afrique de La Baule, en juin 1990, il avait invité les chefs d’Etat à instaurer le multipartisme, chez eux, et que l’aide de leur pays serait, désormais, liée aux progrès réalisés dans ce sens. Ce fut un tollé général au niveau des chefs d’Etat africains. Certains d’entre eux boudèrent même la suite des travaux comme, par exemple, le roi du Maroc, Hassan II, qui ne réapparut plus l’après-midi, après la « leçon » inaugurale de François Mitterrand, le matin. A Dakar, François Hollande avait utilisé l’accent mitterrandien, allant même jusqu’à secouer le cocotier, appuyant, là, où ça faisait très mal : « Il y a quelques semaines, le peuple burkinabè a fait une belle démonstration. A lui, aussi, de maîtriser ce processus, de faire en sorte que les règles puissent être posées, et encore, une fois respectées, que la réconciliation vienne et que l’on évite tout règlement de compte inutile. Mais, aussi, ce qu’a fait le peuple burkinabè, doit faire réfléchir ceux qui voudraient se maintenir, à la tête de leur pays, en violant l’ordre constitutionnel. Parce que ce sont les peuples qui décident. Ce sont les élections qui permettent de savoir qui est légitime et qui ne l’est pas ».

François Hollande a, définitivement, laissé son empreinte, en Afrique, de la plus belle des manières. Il a prononcé les mots que voulaient entendre les peuples africains et qui ont sifflé dans les oreilles des dictateurs dont beaucoup se grattaient le poil d’ennui en l’écoutant. Sans jamais nommer personne, il a titillé les chefs d’Etat qui veulent modifier la constitution pour demeurer au pouvoir, alors que, par tout, dans le monde, y compris en Russie et en Chine, la règle est, deux mandats et on laisse la place à quelqu’un d’autre.

Joignant la parole à l’acte, le président français a pesé de tout son poids pour que la Canadienne, Michaëlle Jean, puisse succéder à Abdou Diouf. Elle doit savoir que du boulot l’attend car la plupart des présidents d’Afrique francophone, ne l’ont pas soutenue. Et pour cause… Simplement, le nombre de chefs d’Etat africains, mal élus, ou non démocratiques, commence à diminuer, ce qui est, plutôt, une bonne chose.

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