GABON : Le président BOA vers un départ forcé ?

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La région parisienne, a servi de rampe de lancement à ce nouveau mot d’ordre. « BOA (Bongo Ondimba Ali) doit partir ». Réunie, du 5 au 7 décembre, à Neuilly, l’opposition gabonaise, va, désormais, mettre son projet à exécution.

Le Gabon va mal. De jour en jour, il s’enfonce dans des abîmes sans fond. Lors de l’inauguration du mausolée du patriarche, El Hadj Omar Bongo Ondimba, le 2 décembre, à Franceville, BOA (Bongo Ondimba Ali) n’a trouvé mieux, que de décorer, son très controversé directeur de cabinet, Maixent Accrombessi, narguant, au passage, les Gabonais qui ne veulent plus de cet encombrant personnage. Homme expansif, à souhait, Accrombessi a, une fois de plus, montré son hyperpuissance, auprès du pauvre BOA, qui lui a remis une médaille, la même qu’à Pascaline Mferri Bongo Ondimba, et à un fidèle de son père, Michel Essonghé. L’homme le plus puissant du Gabon a, toujours, affirmé que BOA et lui formaient un couple où lui, Accrombessi, joue le rôle de coq. Si les Gabonais ont élu une « poule » à la tête de l’Etat, BOA, sans aucun doute, donne un piètre spectacle qui a fini par déboussoler ses plus fer vents par tisans. Les plus stoïques se contentent de l’observer, sans plus rien dire. Les croyants, toutes religions confondues, se livrent à des séances de prière, pour tenter de l’exorciser d’un soi-disant démon qui aurait accaparé, son corps, mais aussi, son âme, personne, au Gabon, ne reconnaissant, plus, celui pour qui on vota le 30 août 2009. La situation est, tellement, pourrie, sur le plan politique, qu’il est for t probable qu’elle ne reste pas en l’état. C’est comme si quelque chose va se passer. Dans les jours ou semaines ou mois, à venir. Mais quoi ? Mystère !

Il faut y aller, ou parler avec les Gabonais, qui y vont, régulièrement, pour s’en rendre compte. Dans le passé, on a connu des crises profondes dans ce pays. Mais, jamais, de cette ampleur. Au point où l’institution « Président de la République » a été sommée de quitter son poste, pour cause de faux et usage de faux. C’est sans précédent dans un pays où le dialogue a, toujours, été un comportement, sous la haute autorité du patriarche, Ondimba, à qui on pouvait tout reprocher, sauf de ne pas savoir tendre la main à ses adversaires. Malheureusement, le Gabon, d’aujourd’hui, transmis à un héritier indigne, est en train de faire naufrage, sous nos yeux.

Les défections ne se comptent plus. La dernière en date, et l’une des plus notables, c’est celle de Didjob Divungi Di Dinge. Ancien vice-président du Gabon, de 1997 à 2009, sous l’ère du patriarche, Ondimba, il a, officiellement, relié le Front de l’opposition, samedi, 6 décembre, à Libreville, après avoir livré un réquisitoire, sans précédent, de 43 pages, sur la gestion catastrophique de BOA, à la tête du pays. De nature tempérée et d’un propos mesuré, Didjob n’est pas du genre à s’emporter, facilement, ou, à faire des déclarations à l’emporte-pièce. Ce n’est pas son genre. Son ralliement, dans le camp des Anti- BOA, après celui, en janvier 2014, de Jean Ping, ancien président de l’Assemblée générale des Nations- Unies et ancien président de la Commission de l’Union africaine, est le signe que le bateau dont BOA a transmis le gouvernail à Accrombessi, est en train de prendre l’eau de toutes parts. La sortie de l’ouvrage de Pierre Péan, intitulé, « Nouvelles affaires africaines », n’est pas du genre à détendre le climat politique national. Au contraire, cet ouvrage a attisé les haines et les rancœurs qui couvaient sous la cendre au point que le Gabon, aujourd’hui, ressemble à un baril de poudre.

C’est dans cette atmosphère que le Congrès de l’opposition pour l’alternance s’est tenu, à Paris, du 5 au 7 décembre 2014, à l’initiative de la Convention de la diaspora gabonaise (CDG). Regroupant l’opposition, la société civile, les syndicats et la diaspora, il avait pour objectif principal de fédérer l’ensemble de l’opposition gabonaise autour d’un projet commun axé sur les conditions de mise en place d’une alternance politique, au Gabon, conditionnée par le départ, de BOA, du pouvoir. Ce qui est la moindre des choses dans un pays qui compte une opposition crédible avec un projet de société affirmé.

Jean Marc Eko, icône vivante du Gabon, Bruno Ella Nguema, dans un pur style scientifique, le professeur, Pierre André Kombila Koumba, qui a invité les participants à tirer les leçons du passé pour adopter un agenda qui intègre une organisation spécifique, Fabien Mbeng Ekorezock, qui a rappelé les tares d’un régime finissant, avant d’appeler à se mobiliser pour une Conférence nationale souveraine, qui fixera les bases de l’avenir commun des Gabonais, Jean de Dieu Moukagni-Iwangou, patron de l’UPG de Pierre Mamboundou et l’un des magistrats les plus compétents du Gabon, qui vient d’assigner, BOA, devant la Haute Cour de Justice, pour son affaire de fausse identité, et qui demande sa destitution, Sylvain Ndong, qui était de ceux qui disaient que le futur du Gabon devait se concevoir ici (à Neuilly) et maintenant. Marc Ona Essangui, qu’on ne présente plus, et qui avait fait trembler le pouvoir, en 2012, mais, n’avait bénéficié d’aucun relai auprès de l’opposition, bref, toutes ces personnalités ont livré des messages captivants. Tout comme, Jean Ping, Jean Eyéghé Ndong, le dernier premier ministre du patriarche, et, Luc Bengone Nsi, qui, avait saisi respectivement, la Cour constitutionnelle, en 2009, et le Tribunal de Libreville, en 2011, pour porter à la connaissance des juges, l’histoire du faux acte de naissance de BOA. La justice avait fermé les yeux sur ses deux plaintes.

On n’oublie pas Jerry Pambo, qui a lancé un cri du cœur, et montré que la jeunesse était mobilisée pour écrire avec détermination l’histoire relue et corrigée du nouveau Gabon, ni Bellarmin Moutsinga, qui a tenu, en haleine, une salle emportée dans les élans d’un homme survolté, par une inspiration sublime. Cet homme, véritable bête de scène a disqualifié le régime en place, et planté les contours d’une société nouvelle, qui doit sanctifier l’excellence. Célestin Ella Ollombo a invité les congressistes à s’approprier le présent Congrès au nom du peuple gabonais, tout comme, les amis de l’Afrique, qui ont rappelé la place et le rôle stratégique qu’occupe le Gabon, en Afrique, et, singulièrement, en Afrique centrale. Le Gabon, sous le patriarche, Ondimba, était un exemple à suivre pour les autres Etats de la sous-région. Tout doyen qu’il était, il montrait le chemin à tous.

Les congressistes ont fait le constat selon lequel si BOA, en plus, d’être sans acte de naissance, est un faussaire dans l’âme, toute son existence n’est faite que de flou et de brouillard qu’il ne saurait, lui-même, dissiper. Et les congressistes de comprendre, mieux, le fait qu’il ait installé une « légion étrangère » dirigée par le Béninois (récemment devenu Gabonais), Maixent Accrombessi, et soutenu par des Somaliens, des Rwandais, des Français, des Coréens, en plein cœur du pouvoir, à la présidence du Gabon. Cela s’explique parce que, lui-même, est d’origine nigériane, plus, précisément, biafraise. Voilà pourquoi les Gabonais ne doivent rien attendre de ces imposteurs qui prendront la poudre d’escampette, dès que ça tournera mal pour le régime en place.

Les congressistes ont été unanimes sur la volonté de démanteler, au plus vite, le pouvoir « usurpé » de BOA avec sa « légion étrangère », et ce, par des solutions radicales et concrètes, clairement, identifiées dans un Plan d’action. Ainsi, les congressistes ont émis la possibilité de s’approprier, les procédures judiciaires, en cours (plaintes initiées par les présidents Luc Bengono Nsi et le magistrat Jean de Dieu Moukagny Iwangou, et par le Front de l’Opposition créé par Jean Ping). Objectif : leur donner, encore, plus de poids et d’efficacité, sur le plan national et international, avec une possibilité (encore à l’étude) de la saisine des juridictions internationales compétentes, dans les pays européens, notamment.

Autres propositions : l’organisation d’une Conférence nationale souveraine (CNS), qui acterait le départ de BOA, ce qui aurait l’avantage de remettre, à plat, les institutions. Les congressistes ont, également, étudié la possibilité de créer une ingouvernabilité du Gabon, dans le but de précipiter la chute du régime, tout, comme, celle de la perspective d’une candidature unique de l’opposition, en vue des futures élections de 2016 face au candidat du pouvoir. Mais, s’agit-il de quel candidat du pouvoir ? Celui dont l’acte de naissance est contesté ou le PDG désignera-t-il quelqu’un d’autre ?

Toutes ces propositions ont fait l’objet d’une analyse, par les congressistes, pour déboucher sur un choix stratégique, avec une faisabilité à trois niveaux :

– Poser les modalités d’alternance (humaines, financières et institutionnelles) ;

– Initier une vision du Gabon futur, aboutissant à un projet de société commun ;

– La détermination de la nature du système politique voulu par l’ensemble des Gabonais.

C’est pour répondre à ces différentes attentes que des ateliers, de travail et de débat, avaient été organisés, tout au long des trois jours de travaux.

C’est ainsi que s’étaient constitués plusieurs Comités.

COMITÉ DES JEUNES

Ce dernier a, principalement, retenu l’idée de l’organisation de 9 conventions de l’opposition, simultanément, à raison d’une, par province, en vue de créer, par le maillage, une émulation, sur l’ensemble du territoire gabonais. Les jeunes cherchent, ainsi, à mieux, communiquer, à mieux, mobiliser et organiser des actions d’éclats. Ils n’ont pas exclu la possibilité d’organiser un Congrès national des forces de l’opposition et de l’alternance en soutien aux procédures judiciaires en cours.

ATELIER SOCIAL ET CULTUREL

Cet atelier a axé ses réflexions sur un certain nombre de thématiques :

– Le système sanitaire : améliorer et renforcer les capacités (personnel et matériel), proposer une carte sanitaire plus adaptée et agir dans le cadre d’un système de prévention pour limiter les cas de maladie.

– La protection sociale : nécessité de revoir le système de la CNAMGS pour l’adapter, notamment, dans le cadre de son financement ; agir sur la protection de la mère et l’enfant ; améliorer le système social lié au handicap ; réviser le système de protection sociale actuel par un régime général.

– Education et enseignement supérieur : Faire un audit de la carte scolaire ; favoriser l’accompagnement scolaire et l’égalité des chances ; plus d’écoles, plus d’enseignants, plus de bibliothèques, plus de matériel pédagogique, plus de centres de recherches, ré-initier la formation professionnelle, dès le plus jeune âge, améliorer les conditions de travail des enseignants, ramener l’instruction civique, etc.

HABITAT ET LOGEMENT

Viabiliser les terrains pour être constructibles, de suite, adapter le logement aux besoins et à l’environnement ; faciliter l’accession au logement par des politiques publiques, etc.

L’EMPLOI

Améliorer le système de protection sociale des travailleurs ; mieux former les jeunes en adéquation avec les besoins du pays ; « gaboniser » les postes ; réviser le code du travail, encourager l’économie rurale et agricole, etc.

CULTURE, ARTS ET SPORTS

Construction de parcs de loisirs et aires de jeux, de bibliothèques, encourager les droits d’auteur, vulgariser le sport de masse et promouvoir la pratique du sport…

ATELIER RÉFORMES INSTITUTIONNELLES ET POLITIQUES

En prélude, les membres ont évoqué les conflits d’intérêt à la présidence de la République, à la Cour constitutionnelle et au ministère de l’Intérieur. Puis, ils ont constaté que : Au Plan constitutionnel et juridique, la constitution était bafouée au quotidien ; que l’armée était utilisée à des fins tribalistes et infiltrée ; que les ministères étaient dépouillés au profit de la présidence de la République, qui a créé plusieurs agences pour doubler les ministères et les dépouiller de leurs prérogatives ; que la justice était aux ordres de BOA. C’est, notamment, pour cette raison que la double plainte de Luc Bengono Nsi auprès de la Cour constitutionnelle et du Tribunal de Libreville, sur le faux acte de naissance de BOA, a été classée sans suite, alors que la résolution de son problème, passe, tout simplement, par sa destitution.

AU PLAN POLITIQUE

Un découpage des circonscriptions électorales inéquitables ; des médias de services publics interdits à l’opposition, la déperdition des jeunes et la dépravation de la femme ; la dissolution des partis de l’opposition à l’instar de l’Union nationale, en pleine fin de 20e siècle, la rétention des salaires des fonctionnaires juste parce qu’ils se déclarent pro-MOA (Mba Obame André) ; des institutions dévoyées, le népotisme comme règle de gouvernement, etc.

ATELIER INDUSTRIE, ECONOMIE ET FINANCES

L’atelier propose, au Congrès, un Plan économique et social, pour assurer, au mieux, le bien-être du peuple gabonais, peuple, actuellement, pauvre, sur des terres riches. Le Plan se décline en deux étapes : buts stratégiques et plan opérationnel :

Sur les objectifs économiques :

1 – Rechercher l’équilibre du plein-emploi en mettant l’accent sur la croissance économique, pour lever les fonds et financer les grands travaux ;

2 – Atteindre le plein-emploi via le facteur travail, en ramenant le taux de chômage, de 30% à moins de 5%.

3 – Agir sur l’excédent budgétaire : Rechercher l’équilibre budgétaire avec une loi d’équilibre budgétaire à l’Assemblée nationale interdisant tout déficit budgétaire, sauf, dans des cas exceptionnels. Il faut, plutôt, agir sur l’excédent budgétaire pour rembourser les dettes.

4 – Créer un équilibre global de la balance de paiement pour diversifier l’offre et espérer satisfaire, aussi, bien une demande interne qu’externe.

5- Booster le pouvoir d’achat de ménages en luttant contre l’inflation et par une diversification de l’économie vers des secteurs autres que le pétrole, notamment, par la création de la valeur ajoutée…

SUR LE PLAN OPÉRATIONNEL

1 – Agir sur les infrastructures publiques : routes, liaisons aériennes, fluviales et ferroviaires, écoles, hôpitaux, etc…

2 – Agir sur le travail de la terre et le progrès technologique par l’adaptation sur le plan local avec un capital humain capable d’assimiler la technologie nouvelle (miser sur la formation).

3 – Promouvoir la recherche dans les universités et les centres de recherche.

QU’EN EST-IL DU CHOIX DE L’ORIENTATION STRATÉGIQUE !

Il faut rappeler, ici, que le principal objectif de ce Congrès était de réunir l’opposition et le peuple gabonais autour d’une réflexion commune devant permettre, de manière décisive, de mettre un terme, dans l’immédiat, au régime illégal et illégitime de BOA et du système PDG, de trouver les moyens d’assurer une période de transition pacifique et, in fine, de jeter les jalons d’une nouvelle République gabonaise.

Aussi, plusieurs hypothèses et propositions ont été émises tout au long du Congrès, mais, deux d’entre elles, ont fait l’objet d’une analyse poussée par la Commission stratégique, organe mis en place par l’Assemblée plénière. Voici ce qu’il en est ressorti :

1) Analyse de l’hypothèse d’une candidature pour 2016

L’objectif général et unanime émis par le Congrès étant celui de « dégager » BOA, immédiatement, l’option d’aller à une élection, en 2016, semble être la moins adaptée de toutes. En effet, au-delà du temps qui court, les conditions d’une élection transparente ne sont pas réunies :

– Ali Bongo Ondimba n’a pas d’acte de naissance gabonais et ne saurait être l’adversaire de qui que ce soit à des élections, à venir, en terre gabonaise.

– Même en cas d’une candidature autre que celle de BOA présentée par le PDG, il a été, mûrement, démontré l’absence totale de neutralité des organes et institutions chargées d’assurer la tenue d’un scrutin électoral au Gabon :

• Au-delà de ses liens étroits voire intimes avec BOA, la présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo, est illégitime.

• La CENAP est un organe partisan.

• Le ministre de l’Intérieur a, déjà, fait son choix en prévoyant, publiquement, le paiement de la caution de BOA, pour la présidentielle de 2016.

2) Analyse de l’hypothèse d’une Conférence nationale souveraine

Cette hypothèse n’inter viendra qu’au bout du processus, après que la phase de défiance du pouvoir soit établie. Ce qui est clair, ce qu’il n’est plus question de garder, BOA, au pouvoir, du fait de son illégalité doublée d’illégitimité. « BOA, disons-le, n’est pas Gabonais ! Pourquoi les Gabonais devraient-ils, encore, attendre, avant de libérer leur pays », lit-on dans le rapport final de la Conférence ?

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