SOMMET RUSSIE-AFRIQUE : Combien de chefs d’Etat seront à Saint-Petersburg (Bonne question) ?

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Après l’avoir prévu en 2022 et reporté parce que les Etats-Unis l’ont, volontairement et consciemment, parasité en fixant un Sommet Etats-Unis/Afrique en décembre 2022, ce qui laissait peu de marge dans le calendrier des chefs d’Etat africains, le président, Vladimir Poutine, a, sagement et en toute modestie, renvoyé le Sommet Russie-Afrique en 2023, du 27 au 29 juillet, une date bien étudiée et qui tenait compte d’un agenda moins chargé des chefs d’Etat africains. Sauf que le maître du Kremlin, dans sa gestion du temps des uns et des autres, a oublié de tenir compte des Jeux de la Francophonie prévus, eux aussi, cette fin de juillet, à la même période et qui auraient mobilisé certains dirigeants africains, au moins, ceux voisins de la RDCongo. Cela dit, combien y aura-t-il de chefs d’Etat présents au deuxième Sommet Russie-Afrique prévu à Saint-Petersburg ?

Selon le Kremlin, 49 pays africains et 17 chefs d’Etat ont confirmé leur participation. Comparativement au Sommet de Sotchi tenu en octobre 2019, il y en aurait une dizaine de moins car Sotchi avait réuni 29 chefs d’Etat et de gouvernement (notre photo). Cela dit, à moins d’y mettre énormément de pression diplomatique, les Sommets en présentiel ne mobilisent plus beaucoup en ce moment à cause, non seulement, du contexte international assez conflictuel (Guerre Russie-Ukraine où les pays sont parfois sommés de choisir leur camp, un oukaze qui ne passe cependant pas en Afrique), mais aussi, à cause de la crise économique provoquée par les deux années Covid-19 de 2020 et 2021, crise sanitaire poursuivie par les effets néfastes de la guerre en Ukraine. Cette situation pénalise l’Afrique au plus haut point, ce qui explique d’ailleurs le Sommet organisé en France fin juin par le président, Emmanuel Macron, pour permettre aux bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux de trouver des moyens d’aider les pays pauvres à contourner cette difficulté en leur octroyant de nouvelles dotations budgétaires. On se souvient que les deux principaux bailleurs de fonds, à savoir, les Etats-Unis et la Chine, répondirent aux abonnés absents, relativisant du coup, le succès de cette initiative.

Le retour en force en Afrique de la Russie (qui appartenait à l’Union Soviétique) donne un poids certain à ce Sommet. Sa pénétration (de la manière qu’on sait) en Centrafrique, au Mali et au Burkina Faso rend crédible son discours même si on n’oublie pas que ce pays s’est par le passé, distingué dans la résolution des conflits armés en Afrique à travers la fourniture des armes et des conseillers militaires. Par contre, on attend toujours ses efforts en matière d’aide au développement à travers l’implantation des usines, l’apprentissage agricole et autres. Mais, la Russie veut changer le fusil d’épaule et la crise céréalière lui en donne l’occasion. En effet, Vladimir Poutine a rassuré les pays africains que la Russie allait leur fournir du blé à gogo à des prix humanitaires pour les soulager et qu’en même temps, elle allait établir des coopérations en matière agricole pour promouvoir l’autosuffisance alimentaire en Afrique.

D’ailleurs, vendredi, 27 juillet, le président russe offrira un repas dans le cadre d’une table-ronde (il y en aura une cinquantaine pendant ce Sommet) sur la question de l’Ukraine et du blé. Y seront conviés, les quatre chefs d’Etat qui s’étaient rendus à Kiev et à Moscou en juin pour le rencontrer, ainsi que, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Il s’agit du président comorien et président en exercice de l’Union africaine, Azali Assoumani, du Sénégalais, Macky Sall, du Sud-Africain, Cyril Ramaphosa et du Zambien, Hachainde Hichelema. Il y aura aussi les trois chefs d’Etat qui avaient, sagement, fait faux bond au dernier moment, après avoir écouté et validé les critiques africaines. Il s’agit de l’Egyptien, Abdel Fattah al-Sissi qui s’était fait représenter par son premier ministre pendant ce voyage très critiqué en Afrique, de l’Ougandais, Yoweri Museveni, et du Congolais, Denis Sassou-Nguesso, qui a voyagé pour la Russie dans la nuit du 25 au 26 juillet.

Moscou voit grand en organisant ce Sommet dont la préparation, à travers plusieurs voyages en Afrique, a été coordonnée, en amont, par le ministre des Affaires étrangères, le très puissant et inamovible, Sergueï Lavrov. Selon son conseiller diplomatique, Iouri Ouchakov, cité par les agences de presse russes, le président, Vladimir Poutine, « fera un grand discours » dans lequel il évoquera les relations russo-africaines et « la formation d’un nouvel ordre mondial ». Celui-ci sans se cacher va se matérialiser par la dédollarisation de l’économie mondiale et la densification d’un pôle puissant capable de contrebalancer l’influence occidentale qui s’exerce à travers le G7 et l’OCDE. La création des BRICS (qui ont déjà mis en place une banque centrale, première étape de la création d’une monnaie d’échange) répond à cet objectif. Au regard de l’engouement que suscitent les BRICS par plusieurs grandes économies (Indonésie, Arabie Saoudite, Iran, Argentine, Algérie, etc.) qui demandent, également, leur adhésion en bonne et due forme, on peut parler de succès de cette organisation. Le prochain Sommet des BRICS se tiendra en présentiel (sauf pour le président russe qui y assistera en visioconférence depuis Moscou), à Johannesburg, fin août. Preuve de l’attirance de cette nouvelle organisation, le président français, Emmanuel Macron, a demandé, avec insistance, à y assister, physiquement, mais a rencontré l’hostilité du président russe qui a dit qu’il y était persona non grata. En effet, Emmanuel Macron a démarché, sans succès, le pays organisateur, mais aussi, le premier ministre indien, Narendra Modi, qu’il avait invité à participer aux festivités du 14 juillet à Paris.

Pour toutes ces raisons et surtout, pour leur propre sécurité, les pays africains ne peuvent, nullement, bouder le Sommet Russie-Afrique. La Russie, tout comme la Chine, devient un pays incontournable en Afrique. Si un président africain n’est pas disponible, il fera tout pour se faire représenter à un niveau élevé. Moscou a dénoncé les pressions exercées par Washington auprès des pays africains pour faire échouer ce Sommet, mais, ce genre de chose relève de l’ordre ancien. Les pays africains qui affichent leur souveraineté et leur indépendance à la moindre occasion, ne peuvent pas céder à un tel chantage qui ne peut que les desservir aux yeux de l’Afrique et de la Russie.

Malgré un calendrier chargé, plusieurs entretiens bilatéraux sont prévus entre le président russe avec plusieurs chefs de l’Etat, notamment camerounais, Paul Biya, centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, malien, colonel-président, Assimi Goïta, et quelques autres. On note que le capitaine-président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, sera bien du voyage. Ce sera d’ailleurs, avec son homologue malien, son tout premier sommet international depuis qu’il occupe cette charge. Les deux pourront remercier leur mentor, Vladimir Poutine, de leur permettre de respirer l’air frais de Saint-Petersburg.

« Une déclaration finale » qui « fixera des approches coordonnées pour le développement de la coopération russo-africaine » sera « adoptée » à la fin du Sommet. Ce document sera considéré comme le chemin de fer à suivre dans la relation russo-africaine pendant les prochaines années.

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