Malabo n’est plus la capitale politique de la Guinée équatoriale. Par un décret-loi signé le 2 janvier 2026, le président, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a, officiellement, fait de Djibloho, également, appelée « Ville de la Paix », la nouvelle capitale de la République. Cette décision, historique, marque un tournant majeur dans l’organisation territoriale et institutionnelle du pays.
Il est de bon ton, lorsqu’on évoque Obiang Nguema, de rappeler qu’il est au pouvoir depuis le 12 octobre 1979, ou encore, de dénoncer sa volonté supposée de transmettre le pouvoir à son fils, Teodoro Nguema Obiang Mangue. Ces critiques ne sont pas infondées. Cependant, s’arrêter uniquement à ces aspects revient à refuser de voir certaines réalisations structurantes, qui ont profondément transformé la Guinée équatoriale. Deux actions, en particulier, méritent d’être soulignées : L’utilisation des revenus du pétrole pour moderniser le pays et le transfert de la capitale politique de Malabo à Djibloho (sur notre photo, le président Obiang lui-même suit les chantiers à Djibloho pour faire aboutir son projet de transfert de la capitale).
Concernant le pétrole, force est de reconnaître que, contrairement, à de nombreux pays africains victimes de la « malédiction des ressources », la Guinée équatoriale a vu émerger des infrastructures modernes : Routes, bâtiments administratifs, villes nouvelles, équipements publics. Certes, tout n’a pas été parfait. Il y a eu du gaspillage, des détournements et un enrichissement manifeste de certains proches du pouvoir. Mais, il serait intellectuellement malhonnête de nier que le pétrole a été, au moins, en partie, mis au service de la transformation du pays.

Le second point, le transfert de la capitale à Djibloho, révèle encore davantage la vision stratégique du président Obiang. Déplacer une capitale n’est jamais un acte anodin. C’est un choix politique fort, coûteux, souvent, impopulaire à court terme, mais, porteur de sens à long terme. En décidant de quitter Malabo, ville côtière et insulaire, pour installer les institutions au cœur du pays, Obiang anticipe les défis démographiques, sécuritaires et administratifs de demain. Il déconcentre le pouvoir, rééquilibre le territoire et prépare l’avenir.
Cette démarche n’est pas sans rappeler celle de Félix Houphouët-Boigny, lorsqu’il fit de Yamoussoukro, son village, la capitale politique de la Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo, bien qu’ayant combattu cette décision à l’origine, n’a jamais abandonné Yamoussoukro et avait commencé à y transférer certaines institutions de l’Etat. Beaucoup espéraient qu’Alassane Ouattara poursuivrait ce mouvement, lui qui avait promis, lors de la campagne présidentielle de 2010, de s’installer à Yamoussoukro, une fois élu. Cette promesse est restée lettre morte comme tant d’autres.
A la place, on a assisté à une politique de bétonnage excessif d’Abidjan : Echangeurs, ponts, péages. Or, il faut le dire clairement, ces infrastructures ne règlent en rien le problème des embouteillages. Elles déplacent le problème sans le résoudre. Pire encore, elles accentuent la surpopulation de la capitale économique, déjà, asphyxiée. La ville d’Abidjan étouffe. Elle a besoin de respirer.

Du point de vue de la sécurité également, il est dangereux de tout concentrer en un seul lieu : Institutions politiques, centres économiques, infrastructures stratégiques. Le bon sens commande une certaine dispersion. Transférer certains ministères, administrations centrales et institutions à Yamoussoukro n’est pas une question de diplôme ou d’expertise technocratique. On n’a pas besoin de faire HEC pour le comprendre. C’est simplement du bon sens. C’est précisément ce bon sens qu’a appliqué Obiang Nguema en faisant de Djibloho la capitale politique. En cela, il apparaît comme un homme de vision, capable de penser son pays au-delà de son mandat et de son époque. Certes, il a enrichi des proches. Mais, il a aussi posé des actes concrets en faveur de son peuple et il les a posés de manière réfléchie et stratégique.
Obiang Nguema est, à sa manière, un patriote. Il aime son pays et a cherché à le structurer pour l’avenir. L’Histoire, souvent, plus nuancée que les jugements à chaud, retiendra qu’il n’a pas seulement gouverné pour lui-même, mais, qu’il a aussi bâti. Djibloho restera comme l’un des symboles de cette ambition nationale.
Reconnaître les fautes d’un dirigeant n’interdit pas de reconnaître aussi ses réussites. Et, dans le cas présent, le transfert de la capitale équato-guinéenne est une décision intelligente, courageuse et profondément tournée vers l’avenir.
Jean-Claude DJEREKE
est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis).





