Pour ceux qui avaient l’illusion de croire au respect des résolutions de l’accord de paix signé entre le Rwanda et la RDCongo en décembre dernier sous l’égide du président américain, Donald Trump, à la Maison Blanche, la prise d’Uvira, après le retour de Paul Kagame de Washington DC, a été un immense choc. Afin de limiter la débâcle qui devait s’en suivre, les Américains ont dû changer de ton, sans quoi cette ville ultra-stratégique n’aurait pas été rendue.
Témoin de premier plan des faits et gestes des rebelles pilotés par Kigali, qui font trembler Kinshasa depuis des décennies, le Burundi n’est pas tranquille et a raison de l’être. C’est cette perception du danger rwandais qui explique sa décision de soutenir militairement la RDCongo depuis fin 2023, au lieu de ne se limiter qu’au dilatoire des efforts diplomatiques, dont l’impact réel pour faire face aux velléités rwandaises est risible.
Il est vrai que l’initiative du Qatar est celle qui a permis à Félix Tshisekedi et Paul Kagame de s’asseoir autour d’une table après plusieurs années de snobisme assumé. Cependant, même si ce pays du Golfe s’est posé en nouveau médiateur du conflit actuel, la qualité de sa relation avec les parties concernées est source de controverses. En l’occurrence, sa coopération avec le Rwanda est multi-sectorielle, allant du sport aux infrastructures aéroportuaires.
De l’autre côté, les échanges entre le duo Burundi-RD Congo et le Qatar n’en sont qu’au stade des promesses d’investissement, et risquent d’être comparativement plus faibles, une fois effectives. Cet état des choses fait de Kigali un partenaire établi pour Doha, et remet en cause sa neutralité dans son rôle de médiateur dans les tensions. Voilà pourquoi le Qatar refuse de forcer la main du Rwanda, et se contente d’observer les effusions de sang dans l’Est de la RDCongo.

La conséquence directe de ceci est le constat que, malgré ses discours à faire du Burundi, par exemple, un partenaire économique, le Qatar manque de considération pour Evariste Ndayishimiye. La nation golfique lui a envoyé un émissaire en août pour signer plusieurs accords de coopération. Leur mise en application est impatiemment attendue, pour éteindre le sentiment de duplicité perçu par les autorités burundaises vis-à-vis de leurs consoeurs qataries.
Car, à Gitega, tout le monde voit clair dans le jeu des Qataris. Mais, pour ne pas aliéner un Etat riche qui prétend vouloir faire du business avec le Burundi, la présidence burundaise s’efforce de rester dans les sentiers diplomatiques actuels, même si l’hypocrisie s’y dégageant est d’ordre public. Toutefois, cette situation devient intenable pour le Burundi, puisque les rebelles rwandais continuent de menacer l’intégrité territoriale burundaise, après avoir piétiné celle de la RDCongo.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





