ORDRE INTERNATIONAL EN MUTATION : Vers une nouvelle géopolitique du désordre

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Depuis la fin de la Guerre Froide, le système international traverse une phase de transformation profonde caractérisée par la recomposition des rapports de puissance, la multiplication des crises régionales et l’affaiblissement relatif des mécanismes de régulation multilatérale. Les tensions persistantes au Moyen-Orient, la réaffirmation stratégique de puissances telles que la Russie et la Chine, ainsi que, la montée de dynamiques identitaires et religieuses, contribuent à redéfinir les équilibres du pouvoir à l’échelle mondiale. L’instabilité contemporaine apparaît ainsi comme le produit d’une transition systémique plutôt que comme la conséquence d’événements isolés.

La multiplication des crises régionales

L’une des caractéristiques majeures du système international contemporain réside dans la persistance et l’enchevêtrement de crises régionales aux répercussions globales. Au Moyen-Orient, les conflits successifs qui ont affecté l’Irak, la Libye et la Syrie, ont, profondément, transformé les équilibres politiques et stratégiques de la région. Ces conflits ont contribué à l’affaiblissement d’Etats déjà fragiles, favorisant l’émergence d’espaces d’instabilité durable et la prolifération d’acteurs non étatiques (sur notre photo, Vladimir Poutine et Xi Jinping qui s’imposent dans le cadre du Sud Global qui fait face à l’Occident).

Dans ce contexte, les tensions persistantes autour de l’Iran illustrent la permanence de rivalités géopolitiques susceptibles d’avoir des répercussions bien au-delà de la région. Les enjeux liés aux routes énergétiques, à la sécurité maritime et à la stabilité des marchés pétroliers confèrent à ces tensions une dimension mondiale.

Les perceptions de sécurité jouent également un rôle déterminant dans les dynamiques régionales. En Israël, la perception d’un environnement stratégique hostile continue de structurer les doctrines de défense et les choix militaires. Ces logiques sécuritaires contribuent souvent à alimenter des cycles d’actions et de réactions, qui rendent plus difficile toute stabilisation durable.

Vladimir Poutine, Xi Jinping avec le leader nord-coréen, Kim Jong-un, qui demande à jouer un rôle.

La recomposition des rapports de puissance

Les crises contemporaines ne peuvent cependant être comprises indépendamment des transformations structurelles du système international. La fin de la bipolarité consécutive à l’effondrement de l’Union soviétique a, profondément, modifié les équilibres géopolitiques, qui avaient structuré l’ordre mondial pendant près d’un demi-siècle.

Dans l’environnement stratégique plus fluide qui en a résulté, les rapports de puissance se sont progressivement recomposés. Des acteurs majeurs tels que la Russie et la Chine ont cherché à renforcer leur influence politique, économique et militaire, contribuant à l’émergence d’un système international plus multipolaire.

Cette transition vers une configuration multipolaire ne signifie toutefois pas l’avènement d’un nouvel équilibre stable. Au contraire, la coexistence de plusieurs centres de puissance aux intérêts parfois divergents tend à accroître la compétition stratégique et à fragiliser les mécanismes traditionnels de régulation internationale.

Les limites du multilatéralisme

L’évolution du système international s’accompagne également d’un affaiblissement relatif du multilatéralisme. Les institutions créées dans l’immédiat après-guerre pour encadrer les relations internationales apparaissent aujourd’hui confrontées à des défis croissants. Les divergences d’intérêts entre grandes puissances, ainsi que, la montée de politiques étrangères plus affirmées, limitent souvent la capacité de ces institutions à prévenir ou à résoudre les crises.

Dans ce contexte, la gouvernance internationale tend à se fragmenter, laissant place à des arrangements régionaux ou à des coalitions ad hoc plutôt qu’à des mécanismes universels de régulation.

Lectures théoriques du désordre mondial

Les transformations contemporaines du système international ont suscité de nombreuses interprétations théoriques. Dans la tradition néoréaliste, Kenneth Waltz souligne que l’anarchie structurelle du système international favorise intrinsèquement la compétition entre Etats. Les rivalités de puissance observées aujourd’hui apparaissent ainsi comme une conséquence logique de cette structure anarchique.

D’autres analyses insistent sur l’importance des facteurs identitaires et culturels. Samuel Huntington a notamment avancé l’hypothèse d’un possible « choc des civilisations », selon laquelle les lignes de fracture culturelles pourraient devenir des sources majeures de conflit dans l’ordre international post-bipolaire.

A l’inverse, l’optimisme qui avait accompagné la fin de la guerre froide, notamment, chez Francis Fukuyama, reposait sur l’idée d’une diffusion progressive du modèle démocratique libéral à l’échelle mondiale. Les évolutions récentes semblent toutefois indiquer une trajectoire plus complexe, marquée par la coexistence de modèles politiques concurrents et par le retour de logiques de puissance plus traditionnelles.

Benyamin Netanyahu, le grand gagnant de cette guerre, sait ce qu’il veut et où il va. Donald Trump, imprévisible et spécialiste des déclarations contradictoires, ignore ce qu’il veut après avoir changé maintes fois les objectifs initiaux de cette guerre.

Conclusion : un ordre international en transition

Le désordre apparent du système international contemporain ne doit pas être interprété uniquement comme une crise ponctuelle. Il constitue plutôt l’expression d’une transition historique marquée par la redéfinition des hiérarchies de puissance, par la remise en question de certains principes de gouvernance internationale et par la résurgence de dynamiques identitaires.

Dans ce contexte, la question centrale n’est peut-être pas celle de l’origine du désordre mondial, mais, celle de la capacité des acteurs internationaux à élaborer de nouveaux mécanismes de coopération capables de stabiliser un système international désormais caractérisé par la pluralité des centres de puissance et par la complexité croissante des interdépendances globales.

Dr Lahcen Benchama

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