COTE D’IVOIRE : Pourquoi tant de démissions du parti « Mouvement des générations capables » de Simone Gbagbo ?

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Le Mouvement des générations capables (MGC) a vu, ces derniers mois, plusieurs de ses membres, et non des moindres, quitter le parti. Certains de ces démissionnaires ont expliqué leur décision par un décalage qu’ils disent avoir constaté entre les valeurs proclamées par le parti et la manière dont celui-ci fonctionnerait dans la réalité.

Une telle situation n’a, en soi, rien d’exceptionnel. Dans la vie d’un parti politique, comme dans celle de toute organisation humaine, des membres arrivent, d’autres s’en vont. Les convictions peuvent évoluer, les désaccords peuvent apparaître et chacun demeure libre de tirer les conséquences de ses propres analyses.

Ce à quoi on doit être attentif, ce n’est donc pas le fait que des militants quittent le MGC (Mouvement des générations capables), mais, la manière dont certains démissionnaires sont présentés une fois qu’ils ont décidé de reprendre leur liberté. Cette pratique, d’ailleurs, n’est pas propre au MGC. Elle semble malheureusement assez répandue dans la classe politique ivoirienne. Celui qui quitte un parti devient rapidement, aux yeux de ceux qui y restent, un sans valeurs, un cupide, un opportuniste, un chercheur de gains faciles, voire, quelqu’un qui aurait perdu toute dignité politique. Comme si le fait de démissionner constituait en lui-même une faute morale (sur notre photo la, patronne du MGC, l’ancienne première dame Simone Gbagbo).

Mais, où est-il écrit que celui qui quitte un parti politique doit partir sur la pointe des pieds, la tête baissée, comme s’il avait commis un crime ? Pourquoi faudrait-il nécessairement salir celui qui s’en va pour justifier ceux qui restent ? Une démission n’est pas une trahison par définition. Elle peut être l’expression d’un désaccord, d’une déception, d’une évolution personnelle ou simplement de la volonté de retrouver sa liberté de pensée et d’action.

Il y a même quelque chose de profondément sain dans le fait qu’un militant puisse dire : « Je ne me reconnais plus dans ce que vous faites et je préfère partir. » Un parti politique n’est pas une prison. Il n’est pas non plus une église dans laquelle l’adhésion obligerait le fidèle à demeurer jusqu’à la fin de ses jours, quelles que soient les contradictions qu’il découvre. L’engagement politique est un choix libre. Et ce qui est libre au commencement doit pouvoir être libre à la fin.

Plus encore, lorsqu’un responsable ou un militant important quitte une formation politique en donnant publiquement les raisons de son départ, il devrait être écouté. Pourquoi lui interdire le droit de parler ? Pourquoi considérer toute critique interne comme une attaque contre l’honneur du parti ? Si les arguments avancés sont faux, il appartient à ceux qui restent de le démontrer. Si, au contraire, ils contiennent une part de vérité, alors les dirigeants devraient avoir le courage de les examiner.

C’est ici que le départ de personnalités comme le professeur, Dominique Traoré, Irène Gohourou, Agoh Marthe Zadi, Camille Bleziri Krouba ou Jean-Claude Kouao, ne devrait pas laisser indifférent. On peut ne pas partager leurs analyses ou leurs choix. Mais, les réduire à des personnes désœuvrées, affamées, agitées, illuminées ou uniquement intéressées par des avantages matériels serait une manière trop facile d’éviter le véritable débat.

Car, lorsque des personnes qui ont contribué à la construction, à la réflexion ou au rayonnement d’un parti prennent leurs distances, le phénomène mérite d’être interrogé. Ce départ peut révéler un malaise qu’il serait imprudent de nier.

La réaction la plus intelligente ne devrait donc pas être l’invective. Elle devrait être l’introspection : Pourquoi ces personnes sont-elles parties ? Qu’est-ce qui, dans le fonctionnement du parti, a pu les conduire à cette décision ? Les valeurs proclamées sont-elles réellement vécues ? Les militants disposent-ils d’un espace suffisant pour exprimer leurs désaccords ? La contradiction est-elle considérée comme une richesse ou comme une menace ? Les dirigeants acceptent-ils d’être critiqués par ceux qui les ont soutenus ?

Un parti politique qui se veut démocratique devrait être capable d’entendre même les critiques venant de ses propres rangs. Il devrait considérer le désaccord comme une occasion de se corriger et non comme une offense. La fidélité à une formation politique ne peut pas signifier l’abandon de son intelligence, de sa conscience et de sa liberté de jugement.

Il faut surtout éviter cette dangereuse logique selon laquelle celui qui reste serait nécessairement vertueux et celui qui part nécessairement mauvais. On peut rester dans un parti par conviction, mais, on peut aussi y rester par intérêt, par habitude ou par peur de perdre certains avantages. De même, on peut quitter un parti par opportunisme, mais, on peut aussi le quitter par conviction, par cohérence ou parce qu’on refuse de continuer à cautionner ce que l’on considère comme une dérive.

Le véritable critère ne devrait donc pas être : « Est-il resté ou est-il parti ? » Il devrait être : « Pourquoi est-il resté ? Pourquoi est-il parti ? Et qu’est-ce que son choix nous apprend sur notre propre manière de faire de la politique ? »

« Le menteur d’Abidjan » (Alassane Ouattara) ne serait guère loin de cette manoeuvre : Après avoir oeuvré pour l’éloignement du président du PDCI de Côte d’Ivoire, il s’attaque désormais (toute honte bue) à la femme politique la plus intelligente de l’opposition (Simone Gbagbo). A qui le prochain tour ?

Les partis politiques ivoiriens gagneraient beaucoup à comprendre cette vérité élémentaire : Un militant qui part n’est pas nécessairement un ennemi. Il peut même être celui qui, par son départ et par les raisons qu’il donne, oblige le parti à regarder dans le miroir. L’insulter, le ridiculiser ou mettre en doute sa probité ne résout aucun problème. Cela ne fait que déplacer le débat.

La maturité politique consiste précisément à pouvoir perdre des militants sans perdre son sang-froid, à accepter la critique sans chercher à détruire le critique et à reconnaître ses éventuelles erreurs sans considérer cette reconnaissance comme une faiblesse.

Le MGC, comme tout autre parti politique, devrait donc prendre ces départs au sérieux. Non pour condamner ceux qui ont choisi de partir, mais, pour se demander ce qui peut être amélioré. Une organisation qui se dit porteuse de valeurs ne devrait pas seulement proclamer ces valeurs lorsqu’elle sollicite les suffrages des citoyens. Elle devrait aussi les appliquer lorsqu’un de ses membres décide de reprendre sa liberté.

Jean-Claude Djéréké

est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis).

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