Le mercredi, 14 octobre 2026, s’est tenu à Hambourg, le premier jour du procès de l’ancien officier, Serhii K, qui est accusé du sabotage des gazoducs. Auparavant, en 2022, en France et en Europe, les gouvernements et les médias ont, pour la plupart, accusé la Russie d’avoir saboté son propre gazoduc ! Mais, ces derniers en étaient les principaux bénéficiaires, grâce à leurs exportations de gaz vendus aux Européens. Donc c’est incohérent.
Aussi, selon l’ouvrage de Van Renterghem intitulé « Le Piège Nord Stream »[1] et d’après la cellule investigation de Radio France, la destruction de l’oléoduc aurait été, en réalité, « fomentée par Valeri Zaloujny, l’ex-chef d’état-major de l’armée ukrainienne. Il aurait été formé aux explosifs en mer par les forces armées britanniques et les USA[2]. « Au moment des explosions, il dirigeait les forces spéciales. C’est un homme qui avait, à la fois, l’oreille de Volodymyr Zelensky et de puissants soutiens Outre-Atlantique, relève Romain Gubert, spécialiste du renseignement au Point (…). Selon la source néerlandaise, qui a alerté la CIA de l’imminence d’un sabotage, les plongeurs soupçonnés d’avoir saboté le gazoduc prenaient leurs ordres auprès de lui (…). « Une de mes sources m’a dit que le pays qui avait le plus intérêt à détruire ce gazoduc, c’est l’Ukraine ’’, confie le journaliste américain Shane Harris ».
La relation entre Serhii K. et Valeri Zaloujny dans l’affaire du sabotage des gazoducs Nord Stream semble une relation hiérarchique présumée : Serhii K. aurait coordonné l’équipe opérationnelle, tandis que Zaloujny, alors commandant en chef des forces armées ukrainiennes, aurait donné ou validé l’ordre de l’opération. Selon le Wall Street Journal et des sources de sécurité ukrainiennes rapportées par la presse, Zaloujny aurait approuvé ou laissé se dérouler l’opération, alors que Zelensky aurait d’abord accepté le projet puis l’aurait annulé. Dans cette version, Zaloujny aurait ignoré cette annulation et son entourage aurait modifié le plan.C’est peu probable, dans la mesure où Valeri Zaloujnya a, ensuite, été nommé ambassadeur d’Ukraine au Royaume-Uni. Il s’agit donc plutôt d’une promotion en remerciement des services rendus à l’Ukraine.

« L’Ukraine avait un intérêt à détruire une infrastructure qui était utile à la Russie ». Ce que confirme Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de la géopolitique du gaz. Selon lui, « la Russie avait une position extraordinaire avec ses gazoducs. Elle inondait le marché européen du gaz et en fixait les prix. Sans ces tuyaux, elle n’a plus la capacité de le faire ».
Les services secrets ukrainiens étaient pilotés par les britanniques pour ce sabotage. Ces derniers étaient sans doute aussi sous la coordination des USA, car à l’échelon militaire international, ils travaillent généralement de concert et ce sont les Américains qui les commandent. Les Etats-Unis avaient aussi intérêt à ce que l’Europe n’achète plus de gaz et de pétrole aux Russes, mais à eux-mêmes. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait et cela a considérablement renchéri les coûts de production surtout en Allemagne qui était très dépendant du gaz russe. Le gazoduc de Gazprom débouchait en Allemagne donc disposait potentiellement du contrôle gazier en Europe et dépendait de cette source pour son énergie. Le sabotage a accru les prix de l’énergie dans le pays, donc le coût de la production. La baisse des profits a engendré de nombreuses faillites et l’accroissement des chômeurs, jusque dans les entreprises automobiles comme Volkswagen.
Quant aux britanniques, qui pilotaient l’opération pour les USA, ils dépendaient seulement à 4 % du gaz russe avant le sabotage de 2022. Cependant, la hausse des tarifs de l’énergie mondiale qui en a résulté, les a pénalisés aussi. Soit, ils n’ont pas suffisamment réfléchi, ou bien, ils ont préféré obéir à leur allié, l’oncle Sam…

Avant même l’attentat du 26 septembre 2022, l’Europe avait déjà massivement augmenté ses achats de gaz naturel liquéfié (GNL) américain en raison de la guerre en Ukraine. Le sabotage de Nord-Stream a accéléré et verrouillé cette tendance de manière structurelle, mais, n’en a pas été le déclencheur unique. En 2021, l’Europe importait environ 3 milliards de pieds cubes par jour (bcf/j) de GNL américain. En 2022 après le sabotage, le volume a bondi à 6,8 bcf/j en moyenne, soit une hausse de +126% sur un an. En 2023, les importations sont restées élevées, autour de 6,5 bcf/j, faisant des Etats-Unis le premier fournisseur de GNL de l’UE (devant le Qatar et la Russie) avec une part de marché américaine d’environ 45 % du GNL européen.
Concernant le pétrole brut des USA, en 2022, l’Europe en a importé 1,6 mbj, soit +33 % qu’en 2021. Cette hausse s’explique aussi par l’embargo européen sur le pétrole russe (décidé en mai 2022, effectif en décembre 2022). En 2023, les importations ont atteint 1,8 mbj en moyenne, soit une hausse de +50 % par rapport à 2021.
Avant septembre 2022, l’Europe réduisait déjà ses achats de gaz russe (passés de 40 % à 15 % de ses importations totales entre février et septembre 2022). Après le sabotage, la destruction des gazoducs a rendu impossible tout retour en arrière vers le gaz russe par cette voie. Cela a poussé l’Europe à signer des contrats à long terme avec les Etats-Unis, avec par exemple, l’accord France/Total Energies et Etats-Unis pour 15 ans. Le prix du gaz a encore augmenté en 2026, mais cette fois, c’était à cause du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, à cause de la guerre initiée par Israël et les USA. Cependant, les transnationales américaines du pétrole ont encore accru leurs profits !
Les Etats Unis et les Européens ont fourni des armes et ont réalisé un effort financier très conséquent pour soutenir les Ukrainiens dans leurs efforts de guerre contre la Russie. Ce sabotage ne paraissait donc pas trop être de l’intérêt de l’Ukraine. Cependant, les témoignages ont montré, que les Ukrainiens ont préféré attaquer les intérêts économiques de la Russie, même au prix de l’affaiblissement économique de ses alliés européens. Mais, cela a aussi contribué à diminuer des capacités d’aide financière européennes à l’Ukraine…
Cependant, c’est surtout les USA qui avaient sans doute le plus d’intérêt à ce sabotage des gazoducs, et qui ont dû pousser légèrement ou fortement les Ukrainiens. D’ailleurs, suite au sabotage, le secrétaire d’Etat américain a même affirmé que c’était une « opportunité formidable pour que l’Union européenne puisse une fois pour toutes éliminer sa dépendance à l’énergie russe ». De plus, les « Etats-Unis sont simultanément gagnants sur le plan des conséquences des sanctions économiques et financières prises à l’encontre de la Russie et des contre-sanctions de cette dernière (en matière d’exportations de céréales et de gaz notamment), qui frappent bien davantage les Européens que leur mentor américain ».
Comme le montrent les témoignages, la Grande Bretagne au service des USA et de l’Ukraine a appuyé logistiquement cet attentat terroriste contre l’Europe. Si véritablement, le gouvernement ukrainien hésitait à commettre ce dernier, il s’avère fort probable que les USA ont probablement passé un marché avec l’Ukraine pour les décider à détruire le gazoduc en leur promettant une aide militaire supérieure à ce que les Européens promettaient. En effet, car malgré les promesses de ces derniers, l’aide américaine a été bien supérieure militairement et financièrement.

Mais, ni les gouvernements européens, ni les médias français, n’ont véritablement débattu du mobile du crime et des bénéfices du saboteur des gazoducs. Ils se sont contentés de décrire les faits, sans même débattre des hypothèses possibles, afin de conserver les Etats-Unis comme alliés. Les gouvernements européens ont néanmoins compris sans le déclarer officiellement que c’était l’Ukraine, la Grande Bretagne et les USA qui étaient à l’origine du sabotage. Cependant, ils ont considéré que c’était contre leur intérêt à court terme de rompre définitivement avec leur allié américain de l’OTAN, car cela les desservirait plus encore. Puisqu’ils auraient à payer humainement, techniquement et financièrement pour leur propre sécurité et la défense de leurs intérêts économiques dans le monde. Or, avec l’élection de Donald Trump en 2024, ils ont néanmoins dû accroître considérablement leurs dépenses militaires dans l’OTAN. De plus, Trump a imposé d’énormes hausses de taxes douanières envers les Européens et le monde entier. Puis, il a affiché sa volonté d’annexer le Groenland pour ses ressources, pour les mêmes raisons qu’il a fait plier le Venezuela en kidnappant son président, Nicolas Maduro, et en bombardant certains sites du pays ! Durant l’été 2026, l’invasion du Groenland a commencé sous la forme de l’autorisation non officielle de Greenland Energy, une compagnie pétrolière américaine pour des forages exploratoires illégaux dans ce pays !
Les Européens ont donc peu à peu compris que l’Amérique roule d’abord pour elle-même, déjà, avant Trump et, plus encore, avec lui ! Donc, on observe que derrière les grands discours sur la coopération et la démocratie, les Etats Occidentaux, en particulier, se livrent entre eux à une véritable guerre économique et, parfois, même militaire. Pour cela la propagande se substitue à l’information construite par la diversification des visions et opinions.
Thierry Brugvin
Sociologue, université UMLP en Franche Comté,
(auteur de 30 ouvrages de géopolitique)
[1] VAN RENTERGHEM Marion, Le Piège Nord Stream, Ed. Les Arènes, 2023.
[2] MONIN Jacques, RELTIEN Philippe, Explosion des gazoducs Nord Stream : l’ambassadeur d’Ukraine à Londres serait impliqué, Site de Radio France 23 mars 2024





