COTE D’IVOIRE : La faillite de l’opposition face à Ouattara (le dictateur)

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Gnaoré Kirmann, alias « le Coach », l’un de ceux qui se sont beaucoup investis en France pour la libération de Laurent Gbagbo, est revenu récemment sur une formule prononcée par l’ancien président ivoirien lors de sa première comparution devant la Cour pénale internationale, à La Haye, en décembre 2011 : « On ira jusqu’au bout ». Et Gnaoré de poser une question aussi simple que pertinente : Mais au bout de quoi ? Autrement dit, quel était véritablement l’objectif des Ivoiriens et des Africains qui se reconnaissaient dans cette formule ? Gnaoré explique que, pour les uns, le bout signifiait la libération de Laurent Gbagbo, pour d’autres, l’obtention d’un poste si celui-ci retrouvait le pouvoir, pour d’autres encore, la reconquête de la souveraineté de la Côte d’Ivoire et la contribution à l’émancipation de l’Afrique.

Je trouve utile et même salutaire que Gnaoré ouvre ce débat, particulièrement à l’heure où le régime d’Alassane Dramane Ouattara multiplie les arrestations et les emprisonnements, sans susciter une réaction suffisamment forte de l’opposition et de la société civile. Dans un combat collectif, tout le monde ne poursuit pas nécessairement les mêmes objectifs. Je m’interdis donc de condamner ceux dont la seule ambition était de voir Laurent Gbagbo libéré ou de bénéficier d’une nomination si celui-ci retrouvait le fauteuil présidentiel. Chacun est libre de ses motivations. Pour ma part, j’ai toujours estimé que « la libération d’un homme ne pouvait constituer, à elle seule, l’aboutissement d’un combat collectif ». Libérer un prisonnier injustement détenu est une victoire importante, mais, que fait-on ensuite de la liberté retrouvée ? Que devient le combat lorsque celui qui en était le principal symbole retrouve sa liberté ? (sur notre photo, une preuve de la faillite de l’opposition qui refusait un 3e mandat à Ouattara qui en est à son 4e mandat et ce n’est pas fini, il y en aura d’autres tant que Allah Le Très Miséricordieux lui prête vie).

C’est précisément là que réside la pertinence de la réflexion de Gnaoré. Pour lui, « on pouvait soutenir Laurent Gbagbo, souhaiter sa libération et dénoncer l’injustice dont il avait été victime sans réduire toute la résistance à son seul destin personnel. Car une cause qui dépend exclusivement du sort d’un homme devient vulnérable dès que le destin de cet homme change ». Un pays et un continent sont plus grands qu’un individu, quels que soient ses qualités et son courage. D’ailleurs, ce n’est pas simplement pour Laurent Gbagbo en tant qu’individu que des Ivoiriens et des Africains ont battu le pavé, manifesté et parfois risqué leur vie. Ils l’ont soutenu parce qu’ils estimaient qu’il avait été victime d’une grave injustice, mais aussi, parce qu’il incarnait, à leurs yeux, le refus de voir la Côte d’Ivoire dirigée comme une sorte de sous-préfecture de la France. Ce qui était en jeu dépassait donc sa personne : Il s’agissait de la dignité d’un peuple et de son droit à disposer librement de ses ressources et de son avenir.

« Le menteur d’Abidjan », main dans la main, reçoit l’ancien taulard de la CPI à cause de ses « bonnes oeuvres », le 27 juillet 2021, avant de lui fermer la porte de sa candidature à la présidentielle. L’opposition ivoirienne est-elle la plus bête du monde ?

Ce refus de la subordination aux intérêts français est aujourd’hui revendiqué par Ibrahim Traoré au Burkina Faso, Assimi Goïta au Mali et Abdourahamane Tiani au Niger. Leur combat est difficile, contesté et semé d’embûches. Mais, il touche à une question fondamentale : Les Africains doivent-ils continuer à subir des décisions prises ailleurs ou peuvent-ils enfin devenir les véritables maîtres de leur destin ? Si ces dirigeants venaient à abandonner les objectifs de souveraineté et d’émancipation qu’ils affichent, ils perdraient nécessairement le soutien de ceux qui les accompagnent aujourd’hui pour cette raison.

Celui qui rêve d’une Afrique debout ne peut donc rester indifférent à ce que la Côte d’Ivoire connaît depuis 2011. Il doit agir. Evidemment, il n’existe pas une seule manière de mener le combat. Chacun intervient avec ses moyens : La plume, la parole, l’engagement citoyen, l’organisation collective ou la mobilisation pacifique. Mais, personne ne devrait se réfugier durablement dans l’indifférence si l’indépendance et la dignité de notre pays lui tiennent réellement à cœur.

J’ai cependant du mal à comprendre qu’une opposition qui dispose d’une importante assise populaire ne parvienne pas à constituer un front suffisamment solide, structuré et déterminé pour peser véritablement sur la vie politique nationale. On a parfois l’impression que ses principales préoccupations sont le retour de Tidjane Thiam, l’obtention d’une rencontre avec Ouattara ou la négociation de quelques arrangements politiques comme si le pouvoir était obligé de dialoguer avec une opposition qui peine à transformer son implantation sociologique en une mobilisation citoyenne organisée et durable. Certains finissent alors par se demander si l’objectif de tous ces acteurs est réellement de transformer le pays ou si quelques-uns espèrent simplement accéder, à leur tour, à la mangeoire.

A force de querelles intestines, de calculs personnels et de courbettes devant le pouvoir, les opposants risquent de banaliser les arrestations arbitraires, les intimidations et les condamnations contestées qui alimentent le climat politique ivoirien. Une opposition digne de ce nom ne devrait pas seulement dénoncer les injustices lorsqu’elles touchent ses propres membres. Elle devrait défendre les libertés et les droits de tous les citoyens, y compris ceux qui ne partagent pas ses opinions.

Où est exactement cette fameuse Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) et à quoi sert-elle précisément ?

Quant au peuple, quotidiennement confronté aux difficultés économiques, aux humiliations et aux atteintes à ses libertés, il est peut-être temps pour lui de regarder au-delà des personnalités et des ambitions de ses dirigeants. Il doit penser au pays avant les individus, à l’avenir collectif avant les avantages personnels. Il doit comprendre qu’aucun homme politique, aussi populaire soit-il, ne peut à lui seul porter les aspirations de tout un peuple.

Continuer la lutte, c’est donc refuser de confondre la libération d’un homme avec celle d’un pays, c’est poursuivre le combat pour la justice, la dignité, la liberté et la maîtrise de nos ressources. C’est aussi comprendre que l’émancipation de la Côte d’Ivoire participe d’un combat africain plus vaste. Car une Afrique libre et souveraine ne sera pas le cadeau d’un dirigeant, mais, le résultat de la détermination de peuples qui auront décidé de prendre leur destin en main.

Jean-Claude Djéréké

est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis).

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