FRANCOPHONIE : Tout sauf Louise Mushikiwabo candidate à un …troisième mandat

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A l’approche du Sommet de Phnom Penh, au Cambodge, les tensions entre Etats membres perturbent la désignation du prochain secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Le recours à une personnalité extérieure au processus a même été envisagé pour sortir de l’ornière, tandis qu’un vote menace de diviser davantage l’organisation.

Rarement la désignation du secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) aura été aussi incertaine et suscité de telles passes d’armes. A quelques semaines du Sommet de Phnom Penh, qui aura lieu du 14 au 16 novembre, les tensions entre Etats membres continuent de s’accentuer.

Pour le moment, la secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, se montre confiante. Son équipe assure bénéficier d’un large soutien sur le continent africain. Officiellement, l’ancienne cheffe de la diplomatie rwandaise a achevé sa campagne depuis plusieurs semaines, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) à New York, fin septembre. Elle se prépare désormais à rejoindre la capitale cambodgienne avant l’ouverture du sommet. Elue, à Erevan, en 2018, réélue, à Djerba, en 2022, elle aurait dû laisser ce poste à quelqu’un d’autre. Mais, elle ambitionne, carrément, de le confisquer pour les intérêts supérieurs du président rwandais, Paul Kagame, (dont elle a été ministre des Affaires étrangères), quitte à faire imploser l’OIF. Voilà le principal enjeu de cette élection. L’élection par consensus comme dans le temps, n’est plus d’actualité.

Lors du conseil permanent de l’OIF, réuni le 13 octobre, elle a défendu son bilan et revendiqué ses succès à la tête de l’institution. Les succès qu’elle est seule à percevoir car, en réalité, sa présence pendant 8 ans à la tête de l’OIF, est plutôt, considérée comme un enterrement de première classe de l’organisation. Son entourage, qui dit pouvoir compter sur une dizaine de pays africains, ainsi que, sur le Canada – mais pas sur le Québec –, continue de suivre de près l’activisme du candidat roumain, Dacian Ciolos.

Le candidat roumain Dacian Ciolos pourrait profiter de la situation conflictuelle entre le Rwanda et la RDCongo.

Avant de s’envoler pour Phnom Penh, celui-ci doit faire escale au Bénin, début novembre, afin de rencontrer le président, Romuald Wadagni. Le 23 octobre, il était à Maurice pour un entretien avec le premier ministre, Navin Ramgoolam. Depuis plusieurs mois, l’ancien député européen tente de rallier des soutiens africains. L’étape béninoise pourrait toutefois ne pas être décisive : L’entourage de Louise Mushikiwabo assure que Cotonou s’est déjà rangé derrière elle. De l’intox pur !

Offensive congolaise

Louise Mushikiwabo doit, également, composer avec la campagne menée par la RDCongo, premier pays francophone au monde par sa population, pour empêcher sa reconduction. Il faut ajouter que le Rwanda soutient des mouvements rebelles dans le Kivu, avec une présence de près de 6.000 soldats rwandais dans le but d’exploiter de manière indue les richesses du sous-sol de ce pays (lire l’article intitulé « Kabila-Tshisekedi : Ote-toi de là que je m’y mette (avec Paul Kagame comme déstabilisateur en chef) » dans Afrique Education numéro 562 de novembre 2026). Ces derniers mois, la compétition s’est transformée en affrontement diplomatique entre Kigali et Kinshasa. La présentation par la RDCongo de Juliana Amato Lumumba pour lui disputer le poste a cristallisé les tensions.

La candidate rdcongolaise peine toutefois à engranger des soutiens. Son audition du 30 juin, lors d’une session extraordinaire de la Conférence ministérielle de la francophonie (CMF), n’a pas, beaucoup, convaincu les membres de l’OIF. Hormis un probable appui de la Tunisie, sa candidature rencontre des difficultés. La diplomatie rdcongolaise est à peu près nulle…

Mais, si Kinshasa a pris acte des faibles chances de sa représentante, le président, Félix Tshisekedi, n’a pas renoncé à contrarier la réélection de Louise Mushikiwabo. Après avoir agité la menace d’un retrait de la RDCongo de l’OIF si elle était reconduite (ce qui serait une catastrophe), il figure parmi la poignée de chefs d’Etat ayant défendu le recours à une autre personnalité en dehors du processus de désignation en cours.

Le scénario Macky Sall

De discrètes tractations se sont ainsi tenues au cours de la deuxième quinzaine d’octobre pour convaincre l’ancien président sénégalais, Macky Sall, d’accepter le poste (notre photo). Son profil d’ancien chef d’Etat, jugé plus consensuel face aux tensions suscitées par la secrétaire générale sortante, a séduit plusieurs capitales africaines. Celles-ci y voyaient le seul scénario susceptible de préserver l’unité de l’organisation et de la sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouve.

Les textes adoptés lors d’une conférence ministérielle extraordinaire à Paris, en mars 2022, font, toutefois, obstacle à une candidature formelle de Macky Sall : Ils prévoient que les candidats se déclarent six mois avant le sommet électif et présentent leur projet lors d’une audition organisée au plus tard trois mois avant celui-ci.

Un consensus des chefs d’Etat autour de son nom aurait néanmoins permis de déroger à ce cadre procédural et de débloquer le processus de désignation, en faisant de l’ex-président sénégalais l’homme providentiel. Malgré plusieurs approches et d’intenses tractations, encore en cours à la fin du mois d’octobre, Macky Sall a, finalement, décliné la proposition.

Si on enferme ces deux présidents dans une pièce, il y aura un mort.

Prudence de Paris et Bruxelles

A Paris, la perspective d’une arrivée de l’ancien président sénégalais pouvait séduire alors que la France souhaite soutenir le candidat d’un « consensus africain », et tandis qu’Emmanuel Macron a toujours encouragé la reconversion de Macky Sall au sein des organisations internationales. Le président français a voté en sa faveur lors des six straw polls, ces scrutins indicatifs organisés pour le poste de secrétaire général de l’ONU.

Durant cette campagne, Macky Sall avait dû composer avec l’activisme du Rwanda contre lui, même si Kigali s’en défend. Son entourage soupçonne les autorités rwandaises d’avoir plaidé contre sa candidature auprès du Pakistan, membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Dès avril, Kigali s’était, fermement, opposé à l’utilisation de la « procédure de silence » par le président en exercice de l’Union africaine (UA), le Burundais, Evariste Ndayishimiye. Ce mécanisme devait permettre à Macky Sall d’obtenir le soutien officiel de l’organisation continentale sans vote formel des Etats membres.

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