Malgré des pronostics et des sondages favorables à Flavio Bolsonaro en marge du second tour de l’élection présidentielle du 25 octobre, Lula da Silva, candidat pour un quatrième mandat, a réussi à l’emporter, et reste à la tête du Brésil. C’est un véritable exploit que personne n’attendait et qui a créé une onde de choc, non seulement, en Amérique Latine, mais aussi, dans les autres régions du monde, puisque les enjeux de ce scrutin allaient au-delà des frontières brésiliennes, notamment, aux Etats-Unis où Donald Trump a eu tout faux en le soutenant grossièrement, mais aussi, en multipliant son appui à Benyamin Netanyahu qui ne constituera pas le prochain gouvernement d’Israël.
A l’aube de son 81ème anniversaire, Lula a eu très chaud face à l’un des fils de son meilleur ennemi, Jair Bolsonaro, lequel purge actuellement une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d’état. Perdre face à Flavio Bolsonaro aurait été une honte préjudiciable pour le leader de la gauche brésilienne, et aurait, certainement, ravivé les soupçons, pour les soutiens de Jair, d’une justice longtemps mise aux ordres de Lula afin d’éliminer ses adversaires politiques.

Et ce n’est pas l’intervention inédite du Tribunal suprême fédéral qui, par le biais d’un de ses juges, Cristiano Zanin, ancien avocat personnel de Lula, fera taire la controverse. En effet, il semblerait que le haut magistrat ait pris sur lui d’approuver la demande du président sortant de prolonger le vote de deux heures dans certains bureaux de vote après leurs horaires d’ouverture. Personne ne sait si Flavio, qui avait émis la même requête lors de sa campagne, a lui aussi été exaucé.
Quoi qu’il en soit, Lula a gagné et se prépare à mener son dernier mandat dans un pays plus divisé que jamais. Que les irrégularités dénoncées par le camp Bolsonaro et leurs soutiens extérieurs soient avérées ou pas, près de la moitié des Brésiliens étaient prêts à faire re-basculer leur nation vers la droite, voire, l’extrême droite. Cet état des choses sera perceptible au sénat, où le parti libéral a raflé le plus de sièges et fera tout son possible pour nuire à l’agenda de Lula.

En anticipation d’une défaite au deuxième tour improbable, au regard de la tendance ayant suivi les résultats du premier tour du scrutin présidentiel, mais pas impossible, Flavio Bolsonaro avait planifié son exil vers les Etats-Unis, où son frère, Eduardo, vit depuis qu’il est visé par un mandat d’arrêt international pour des faits d’interférence dans la procédure judiciaire menée contre son père, Jair. Il avait demandé à Donald Trump de sanctionner les juges de ce procès.
Lui-même sous le coup d’une série d’enquêtes sur la corruption, Flavio Bolsonaro est précipitamment sorti du pays, après avoir été témoin du traitement judiciaire infligé à deux membres de sa famille. Arrivé aux Etats-Unis le 27 octobre avec sa femme et ses filles, il a annoncé son intention de diriger l’opposition à partir de l’étranger. Les Bolsonaro n’ont pas dit leur dernier mot face à Lula, qui dispose de quatre ans pour préparer une relève digne de ce nom.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





