CONGO-BRAZZAVILLE : Il y a 11 ans, comment j’ai failli être assassiné par Sassou et sa clique de sanguinaires

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Il y a exactement onze ans, dans la nuit du 30 au 31 octobre 2015, j’ai été victime d’une deuxième tentative d’enlèvement et d’assassinat, après celle du 22 octobre 2015. Ces événements sont intervenus dans un contexte particulièrement tendu, marqué par mes appels à l’insurrection et par la diffusion de programmes de dénonciation du pouvoir que je qualifie de dictatorial, dirigé par Denis Sassou Nguesso.

A partir de 1 heure du matin, plus de 180 policiers et miliciens, selon les informations dont je disposais, avaient investi et saccagé les installations de la Radio-Télévision. Les dégâts furent considérables : Les émetteurs, la salle de diffusion, les équipements de production des émissions, le groupe électrogène, ainsi que, plusieurs autres installations furent détruits ou vandalisés. Même la ferme d’élevage de poulets, de cailles et de lapins, aménagée au cinquième étage du bâtiment, n’avait pas été épargnée.

En ma qualité d’administrateur du Réseau Forum Radio-Télévision des droits de l’homme, j’avais échappé de justesse à une tentative d’enlèvement alors que je dormais au troisième étage du bâtiment. Dès 5h00 du matin j’informe Madame Sullivan l’ambassadrice des Etats-Unis aux Congo pour qu’elle fasse le nécessaire pour ma sécurité et informe mes enfants qui étaient en Amérique.

C’est pourquoi je suis profondément stupéfait d’entendre aujourd’hui certaines personnes affirmer que Maître, Amédée Nganga, et moi-même, serions instrumentalisés par ce même pouvoir qui avait tenté de nous arrêter ou de nous neutraliser, dans le même contexte que celui ayant touché l’opposant politique, Paulin Makaya, président de l’Union pour le Congo (UPC).

Il convient de rappeler que Paulin Makaya a été emprisonné par la suite, après avoir déposé une plainte pour tentative d’enlèvement et d’assassinat le 30 octobre 2015. Quant à Maître, Amédée Nganga, et moi-même, nous avions réussi, quelque temps après, à quitter le pays afin d’échapper aux menaces qui pesaient sur nos vies.

Je tiens, également, à rappeler que j’avais apporté mon soutien à la conférence de presse organisée dans les locaux de Radio Télé Forum par Maître, Amédée Nganga, alors avocat de Marcel Ntsourou, qui était, à l’époque, détenu. Au cours de cette conférence de presse, Maître, Nganga, avait, notamment, évoqué une plainte visant Denis Sassou Nguesso (sur cette photo en face de Me Maurice Massengo Tiasse, en 2000, dans le cadre du train de la paix organisé par l’Unesco de Federico Mayor).

Il est, particulièrement, douloureux de rappeler que Marcel Ntsourou est décédé en détention, le 17 février 2017, à la maison d’arrêt. Sa mort demeure, pour beaucoup, un épisode tragique de notre histoire politique et judiciaire.

Aujourd’hui, encore, nos inquiétudes sont grandes quant au sort du général, Jean-Marie Michel Mokoko, et d’André Okombi Salissa. Leur situation appelle une attention constante et une mobilisation en faveur du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La Radio Forum des droits de l’homme qui empêchait Sassou de tourner les Congolais en bourrique.

Il ne faut pas, non plus, oublier les 815 disparitions forcées que je dénonce et que j’attribue à la DGSP, ainsi que, les opérations menées en dehors des procédures judiciaires régulières. Ces situations soulèvent de graves interrogations sur le respect des droits fondamentaux et sur la responsabilité des institutions chargées de garantir la sécurité des citoyens.

Il est, également, préoccupant de voir certains dirigeants africains, parmi eux Sassou Nguesso, soutenir des chefs d’Etat dont les actions font l’objet de vives controverses sur la scène internationale, alors même que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples consacre des principes essentiels en matière de libertés, de dignité humaine et de bonne gouvernance.

A cet égard, comment ne pas s’interroger sur le déplacement de certains dirigeants africains à Moscou pour témoigner leur soutien à Vladimir Poutine, alors que l’Ukraine, Etat souverain, est confrontée à une invasion militaire russe ?

Pourquoi ne pas consacrer autant d’énergie, de mobilisation et de visibilité à la célébration, sur le continent africain, des quarante années d’entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ?

Cette Charte constitue pourtant un socle essentiel pour la protection des libertés, le respect de la dignité humaine, la bonne gouvernance, ainsi que, la responsabilité politique et économique. Elle devrait inspirer en permanence l’action des dirigeants africains.

Je profite, également, de cette commémoration pour dénoncer les agissements de tous ceux qui, par leurs déclarations et leurs campagnes de désinformation, contribuent, selon moi, à servir les intérêts du pouvoir de Sassou en diffusant de fausses informations visant Monseigneur, Bienvenu Manamika Bafouakouahoua, archevêque de Brazzaville.

Il convient de rappeler que l’archevêque a, notamment, évoqué la consécration du Congo à la Vierge Marie, le 15 août 1960, et s’est, également, exprimé sur des questions de société, notamment, sur l’homosexualité.

Quelles que soient les sensibilités et les divergences d’opinion sur ces questions, le débat doit rester empreint de vérité, de responsabilité et de respect, y compris au sein de l’église. La désinformation, les manipulations et les campagnes de dénigrement ne sauraient constituer des instruments acceptables du débat public ou du débat religieux.

Mon départ du Congo : Une décision imposée par les menaces contre ma vie

Je tiens à rappeler que j’ai, volontairement, quitté le Congo, en avril 2016, après avoir été confronté à plusieurs tentatives d’enlèvement et d’assassinat. Ce départ m’a, également, conduit à quitter mes fonctions de vice-président de la Commission nationale des droits de l’homme.

Pour préserver ma vie, j’ai, d’abord, dû me réfugier dans le département du Pool, alors en proie à des bombardements que j’ai dénoncés comme aveugles. J’ai, ensuite, rejoint la République démocratique du Congo (RDC), avant de regagner Paris en passant par Bruxelles.

Après les événements de la nuit du 30 au 31 octobre 2015, j’ai été confronté à de nouvelles menaces.

Une première tentative d’enlèvement et d’assassinat a eu lieu le 28 mars 2016, dans mon domaine de Mayanga.

Une autre opération, particulièrement, préoccupante est intervenue dans la nuit du samedi, 2 avril 2016, vers 3 heures du matin. La Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) avait organisé une descente policière à l’hôtel Saphir, pensant pouvoir m’y trouver. Mais, j’avais déjà quitté les lieux.

Selon les explications rapportées par le colonel, Jules Mounkala Tchoumou, la police aurait affirmé vouloir mener une opération régulière de perquisition. Pourtant, selon mon témoignage, cette intervention s’est déroulée sans mandat de perquisition et sans que l’administrateur de l’hôtel ait été, préalablement, informé.

Le général Pierre Oba de triste réputation est considéré par les Congolais comme un « tueur froid ». Il reprend du service…

Les forces déployées auraient déclaré disposer d’une liste d’une douzaine de personnes soupçonnées de terrorisme. Des portes de chambres furent défoncées et les chambres perquisitionnées, sans respect suffisant de l’intimité et des droits des clients de cet établissement privé.

Selon les témoignages et les informations recueillis à l’époque, près d’une centaine de policiers et de supplétifs des forces de sécurité avaient participé à cette opération. L’intervention s’était déroulée sans passer normalement par les procédures d’accueil et de réception de l’établissement. La porte de la chambre occupée par l’ambassadeur du Gabon aurait, également, été forcée.

Il faut rappeler que Maître, Maurice Massengo-Tiassé, avait, parfois, l’occasion de s’entretenir au bord de la piscine de l’hôtel avec l’ambassadeur gabonais, qui résidait alors dans cet établissement en attendant la réhabilitation de sa résidence officielle. Ces rencontres, à ma connaissance, ne portaient pas nécessairement sur des questions politiques.

L’hôtel Saphir avait, pourtant, la réputation d’être l’un des établissements les plus sécurisés de la capitale. Il constituait un lieu de rencontre pour des hommes et des femmes attachés à la liberté, à la dignité et à la tranquillité.

Cette opération de la DGST m’apparaît comme une nouvelle illustration des pressions exercées à cette époque. Elle aurait, notamment, visé à associer Maître, Maurice Massengo-Tiassé, à ce que je considère comme un dossier fabriqué autour d’un prétendu projet de coup d’état impliquant le général, Jean Marie Michel Mokoko, ou encore, Maître, Jean Martin Mbemba.

Il convient de rappeler que Maître, Massengo-Tiassé, avait été conseiller du général, Mokoko. Il avait, également, été responsable du siège des associations et communautés pour la campagne présidentielle dans le Pool et dans les quartiers Sud de Brazzaville.

Ces responsabilités et ces relations politiques ne sauraient, à elles seules, justifier des opérations de persécution ou des accusations dépourvues de fondement.

Ces événements successifs ont fini par rendre mon maintien au Congo, particulièrement, dangereux.

Mon départ n’était, donc, ni un renoncement à mes convictions, ni un abandon de mon engagement en faveur des droits de l’homme. Il était, avant tout, une décision dictée par la nécessité de préserver ma vie.

Non  à la falsification de l’histoire et à la manipulation de l’opinion publique !

Nous dénonçons avec la plus grande fermeté tous ceux qui falsifient les faits historiques ou qui, consciemment ou non, contribuent à des opérations de manipulation de l’opinion publique.

Je conteste, notamment, les déclarations attribuées à Pierre OBA, qui tendraient à laisser croire que Denis Sassou Nguesso aurait créé l’UPADS.

Une telle présentation des faits mérite d’être confrontée à l’histoire et aux archives de la vie politique congolaise.

Certes, de nombreux membres fondateurs de l’UPADS sont d’anciens militants ou transfuges du PCT. Toutefois, je tiens à apporter mon propre témoignage sur la genèse de ce parti.

Je peux témoigner que l’idée de créer un parti à vocation panafricaine avait germé dans l’esprit de Pascal Lissouba lorsqu’il exerçait ses fonctions à l’UNESCO. Nous avions évoqué cette question après ma soutenance de thèse de doctorat d’Etat, à laquelle il avait, personnellement, pris part comme de nombreuses personnalités comme l’Ambassadeur du Congo à Paris, Jean Marie Ewengué, l’ancien vice-président du Conseil d’Etat du Congo ; Maître, Aloïse Moudileno Massengo, les anciens  ministres, Augustin Poignet, Michel Ekondy Akala, Docteur, Séraphin Bakouma, Côme Mankassa, le Consul général du Congo en France, le colonel, Jacques Onghoto, etc.. 

Dans tous les cas, je me permets de reprendre ce que m’a fait parvenir Marcel MAKOME, un des lieutenants du professeur, Pascal LISSOUBA, qui nous livre sa vérité historique sur l’origine de la création du Parti UPADS,

Ce témoignage qu’il a rendu public dans les réseaux sociaux est un démenti formel, qui rétablit une vérité historique que ni Monsieur SASSOU, ni Monsieur Pierre OBA ne sauraient contester. Je cite :

« Au lendemain de la Conférence nationale souveraine, se posa pour le professeur, Lissouba, une équation politique complexe. Trois offres politiques majeures s’offraient à lui : 1. L’UNDP, 2 l’AND ; et 3 Le RDPS.

Face à cette tripartition qui menaçait de le rendre tributaire d’appareils préexistants et de diluer son projet, le professeur, Pascal Lissouba, en homme d’Etat avisé et en stratège, fit un choix d’une hauteur remarquable : Celui de la transcendance.

Il jugea, politiquement, plus pertinent et historiquement plus fécond, de ne se soumettre à aucune tutelle partisane et de créer _ex nihilo_ sa propre machine politique. Sa conviction était claire : Une formation nouvelle, porteuse de son projet de société, attirerait naturellement tous ceux qui reconnaissaient son leadership. C’est de cette vision souveraine et autonome qu’est née l’Union panafricaine pour la démocratie sociale – UPADS.

La création de l’UPADS fut donc le résultat d’une confluence organique et volontaire de trois courants, et non le fruit d’une quelconque manœuvre extérieure ou d’une officine ».

Derrière ces tentatives de réécriture de l’histoire se pose une interrogation politique majeure : Cherche-t-on à préparer les esprits à un retour au parti unique, dans le cadre d’un projet de nouvelle constitution évoqué dans le débat public ?

Le peuple congolais doit rester vigilant. Notre pays ne saurait être entraîné dans une régression démocratique après tant de sacrifices consentis pour la conquête du pluralisme politique et la reconnaissance des libertés fondamentales.

Par ailleurs, nous constatons une répression préoccupante à l’encontre d’une partie de la jeunesse lorsqu’elle revendique ses droits et ses libertés.

Une jeunesse qui réclame le respect de ses droits ne devrait jamais être considérée comme une menace pour la nation. Elle constitue, au contraire, une composante essentielle de la construction démocratique du pays et doit pouvoir participer, librement, à son avenir.

Me Maurice Massengo-Tiassé l’empêcheur de tourner en rond… a dû se réfugier entre Genève et Paris pour échapper aux hordes sanguinaires de Sassou.

La mémoire, la vérité et la justice : Un engagement qui demeure  

Onze ans après les événements tragiques de la nuit du 30 au 31 octobre 2015, je n’ai rien oublié : Ni les violences subies, ni les destructions, ni les menaces répétées contre ma vie. Les événements du 22 octobre 2015, du 28 mars 2016 et du 2 avril 2016, ont, profondément, marqué mon parcours et renforcé ma conviction que la défense des droits de l’homme exige du courage, de la persévérance et une fidélité absolue à ses principes.

J’ai dû quitter mon pays, abandonner mes fonctions institutionnelles et prendre le chemin de l’exil pour préserver ma vie. Mais, je n’ai jamais renoncé à mes convictions ni à mon engagement pour la défense des libertés fondamentales.

La mémoire des victimes, le respect de la vérité et l’exigence de justice doivent demeurer au cœur de notre engagement.

L’histoire ne doit ni être falsifiée ni manipulée au gré des intérêts politiques du moment. Elle doit être racontée avec courage, responsabilité et fidélité à la vérité.

On ne peut pas effacer l’histoire ni réécrire les faits pour servir des intérêts politiques. La vérité, quelle qu’elle soit, finit toujours par triompher.

C’est pourquoi j’invite chacune et chacun à lire mon ouvrage, L’Autopsie d’un Etat totalitaire, Crime d’un génocidaire, Sassou Nguesso accusé répondez, dans lequel je reviens sur les faits, les événements et les mécanismes politiques qui permettent de mieux comprendre l’histoire que je témoigne aujourd’hui.

Me Maurice MASSENGO-TIASSE

Docteur d’Etat en droit

Spécialiste en droit international des droits de l’homme

Ancien parlementaire

Ancien vice-président de la Commission nationale des droits de l’homme du Congo.

 

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