AFRIQUE : La peur des résistants et le réveil d’un continent

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Ceux qui se prennent pour les « nouveaux maîtres du monde » (Jean Ziegler) n’ont jamais caché leurs préférences. Ils affectionnent les larbins, les esclaves dociles, les béni-oui-oui et les traîtres. Avec ces profils, tout devient possible, tout devient excusable. A leurs yeux, les crimes, les viols, les détournements de fonds publics, les tripatouillages constitutionnels et les mandats de trop ne constituent pas des fautes rédhibitoires. Bien au contraire, ces dérives sont tolérées, parfois, même encouragées, tant que les exécutants demeurent fidèles aux intérêts qui les dépassent.

Ces hommes de paille, prêts à tout pour conserver le pouvoir ou plaire à leurs parrains, peuvent aller jusqu’à adopter des pratiques que leurs propres peuples jugent contraires à leurs valeurs profondes, ou encore, à se retourner contre leurs frères. Malgré cette apparente loyauté, les pseudo-démocrates, qui tirent les ficelles, ne les craignent pas. Pourquoi le feraient-ils ? Ceux qui obéissent sans réfléchir, qui exécutent sans résister, ne représentent aucune menace. Ils sont prévisibles, manipulables, et donc, parfaitement, contrôlables (sur notre photo, le général d’armée et président du Mali, Assimi Goïta, reçu par le maître du Kremlin, Vladimir Poutine, pour l’établissement d’un partenariat gagnant-gagnant).

La stratégie est bien rodée. Elle commence par une guerre des mots : Les résistants deviennent des « putschistes », les patriotes sont qualifiés de « juntes », les aspirations légitimes des peuples sont présentées comme des menaces pour la démocratie. A travers cette diabolisation, il s’agit de délégitimer toute forme de contestation et de préparer l’opinion internationale à accepter des interventions contre ces mouvements.

Mais, la guerre ne s’arrête pas au niveau du discours. Elle se prolonge sur le terrain, de manière souvent plus insidieuse et brutale. Des forces sont mobilisées, des groupes armés sont instrumentalisés, une horde d’affamés et de désespérés est lancée contre ceux qui osent dire non. L’objectif est clair : Affaiblir, diviser et, si possible, détruire toute dynamique de résistance.

Dans ce processus, une priorité s’impose toujours : Neutraliser les figures emblématiques, celles qui incarnent l’espoir et fédèrent les énergies. L’histoire africaine en porte les traces douloureuses. Ruben Um Nyobè au Cameroun, Emile Boga Doudou en Côte d’Ivoire, et plus récemment, Sadio Camara, sont autant de noms associés, dans certains discours, à cette volonté de briser l’élan des résistances. En s’attaquant à ces figures, l’Occident espère décapiter les mouvements et semer le découragement parmi les populations.

Pourtant, l’histoire ne se répète jamais à l’identique. Le Mali, tirant les leçons des expériences camerounaise et ivoirienne, semble avoir choisi une autre voie. Loin de s’effondrer, le pays s’est relevé, poursuivant le combat avec une détermination renouvelée. Cette résilience constitue un signal fort, non seulement, pour ses voisins, mais, pour l’ensemble du continent.

Si cette dynamique se renforce — si la jeunesse est massivement mobilisée, comme on peut l’observer au Burkina Faso, et si d’autres pays africains décident d’apporter un soutien concret —, alors un basculement pourrait s’opérer. Le terrorisme, qui frappe certaines régions, souvent, perçu comme opaque dans ses origines et ses financements, pourrait être combattu avec plus d’efficacité. Certains estiment d’ailleurs que des partenaires extérieurs, comme la Russie, jouent déjà un rôle dans ce nouvel équilibre géopolitique.

Mais, au-delà des alliances et des stratégies militaires, l’essentiel réside dans la prise de conscience collective. Les peuples africains doivent comprendre que leur destin ne se jouera ni uniquement à l’extérieur, ni uniquement au sommet des Etats, mais aussi, en leur sein, dans leur capacité à s’unir, à résister et à construire.

Le « long hiver noir » évoqué par Ibrahim Traoré semble avoir commencé. Un hiver fait d’incertitudes, de tensions et de luttes. Mais, comme tout hiver, il n’est pas éternel. Il peut être traversé, à condition de faire preuve de vigilance, de solidarité et de détermination. Ce sont ces qualités qui permettront de transformer les épreuves en opportunités et les crises en renaissances.

Le président russe, Vladimir Poutine, est séduit et très impressionné par le leadership du (très) jeune président burkinabé, le capitaine, Ibrahim Traoré.

Dans cette perspective, les paroles de Patrice Lumumba résonnent avec une force particulière : « L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera une histoire de gloire et de dignité. » Cette prophétie n’est pas une fatalité heureuse mais un appel à l’action. Elle invite chaque Africain à prendre part à l’écriture de cette histoire, à refuser la résignation et à croire en la possibilité d’un avenir différent.

Le moment est venu de prouver que cette parole n’était pas vaine. Non pas par des discours, mais, par des actes. Non pas dans la division, mais, dans l’unité. Car c’est seulement à ce prix que l’Afrique pourra se libérer des chaînes visibles et invisibles qui entravent encore son plein épanouissement et marcher enfin vers la dignité qu’elle mérite.

Jean-Claude Djéréké

est professeur de littérature africaine à l’Université de Temple (Etats-Unis).

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