Emmanuel Macron est dans le viseur des trois juntes du Sahel, regroupées, dans un premier temps, sous l’Alliance des Etats du Sahel (AES), et consolidées par la création d’une Confédération en bonne et due forme. Pour le président français, qui avait prédit l’échec à ses homologues burkinabé, malien et nigérien, la frustration est absolue, d’autant plus que le temps joue contre lui, compte tenu de l’approche du scrutin présidentiel en France d’avril 2027, qui mettra fin à toute possibilité de rattrapage pour l’homme sous qui la Françafrique aura éclaté.
Quand on connait l’amour propre qu’Emmanuel Macron a de lui-même, illustré par sa gouvernance hyper-présidentialiste, il est difficile d’imaginer qu’il sera beau joueur et acceptera qu’il soit, au final, tombé sur plus fort. En effet, ses déclarations contre l’AES n’ont jamais laissé place à l’ambiguïté, et ont, d’ailleurs, toujours, fait écho auprès de ses derniers alliés en Afrique subsaharienne. N’ayant jamais changé sa sémantique, il est, tout à fait, naturel que l’AES continue de le percevoir comme une menace sérieuse et permanente pour son existence (sur notre photo, les trois mousquetaires de l’AES qui n’ont pas de mots assez durs contre Emmanuel Macron).
Plus que huit mois avant que le visage incarnant la déstabilisation au Sahel ne se retire de la scène. Même si cette tâche sera transférée à quelqu’un d’autre, ce dernier ne risque pas d’être aussi engagé dans la chute de l’AES qu’Emmanuel Macron ne l’aura été, en raison du passé colonial de la France dans la sous-région. Mais, la France n’est pas la seule nation européenne assumant son dédain vis-à-vis des velléités de souverainisme des trois dirigeants de l’AES. En effet, l’Union européenne a été mise à nue par l’eurodéputé belge, Marc Botenga, en juin dernier.
Voyant clairement dans le jeu de mobilisation des puissances européennes au Sahel, il a, vigoureusement, dénoncé l’hypocrisie de ses collègues euro-parlementaires, qui instrumentalisent la question des droits de l’homme pour justifier le droit de s’ingérer des instances de l’Union européenne (UE) dans les affaires internes du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Marc Botenga fait preuve de beaucoup de lucidité en identifiant les enjeux économiques comme motif d’acharnement des pays de l’UE contre les autorités militaires sahéliennes.

Depuis ses commentaires en juin dernier, il n’a été contredit par aucune personnalité du monde occidental, ce qui renforce, encore plus, la véracité de ses révélations, lesquelles ont, sans doute, suscité des remous à Bruxelles. Mais, pas au point de décourager de futures tentatives contre l’AES, dans l’espoir de faire chuter, au moins, l’un de ses dirigeants. Et, se basant sur la virulence qu’ont affiché les autorités hexagonales, ces dernières années, le vœu le plus cher d’Emmanuel Macron, en cette fin de second mandat, serait de voir Abdourahamane Tiani être renversé.
Car, c’est le général-président nigérien qui a facilité l’union des trois juntes militaires, permettant au Mali et au Burkina Faso de devenir un bloc soudé. Le soutien militaire de Vladimir Poutine décuplant les capacités de ce trio, et le rendant capable de résister aux nations hostiles et disposant d’importants moyens financiers, logistiques et techniques. L’AES reste le dernier grand chantier d’Emmanuel Macron. Mais, si après trois ans de déstabilisation, le bloc est debout, le dirigeant français devrait comprendre que ce n’est pas en huit mois qu’il assistera à un miracle.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





