Des chercheurs américains viennent de découvrir que la République démocratique de Congo (RDCongo) exportait des quantités massives d’uranium vers la Chine depuis plus de deux décennies. Extraites de la mine Shinkolobwe, localisée au Sud-Est de la région du Katanga, ces quantités sont, depuis tout ce temps, passées sous les radars internationaux parce qu’elles étaient attachées aux volumes de cobalt, après leur traitement afin de permettre leur exportation vers l’étranger.
Selon l’étude de Ryan Manzuk et Sébastien Philippe, ce sont entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium qui auraient, ainsi, été expédiées, en Chine, de 2000 à 2024. De quoi permettre à Pékin d’étoffer son stock d’ogives nucléaires dans la plus grande des discrétions. La révélation de cette information va obliger les autorités rdcongolaises à apporter des clarifications sur ce qui devrait devenir un scandale majeur pour le régime du chef de l’Etat, Félix Tshisekedi. Ce président qui caresse l’espoir de modifier la constitution pour briguer un 3e mandat illégal afin de continuer son business d’ores et déjà condamné par la réglementation internationale.
Mis sous pression par la coalition de l’opposition regroupée sous l’appellation, le C64, depuis que ses ambitions de troisième mandat présidentiel consécutif ne sont plus cachées, Félix Tshisekedi doit, maintenant, aussi, composer avec une affaire sensible d’un point de vue mondial, étant donné qu’elle touche au Traité de non-prolifération. En plus, au vu de la radioactivité de l’uranium, son extraction non contrôlée peut poser, à terme, des risques de santé publique.

La non-déclaration de ces exportations d’uranium ravive, également, la question de la corruption et des détournements de fonds au sein de l’Etat rdcongolais. S’il est attendu que le ministère des Mines se défende en invoquant le déficit technologique permettant la séparation de l’uranium du cobalt lors du processus métallurgique destiné à créer du cobalt exportable, il aura du mal à expliquer le non-signalement de la présence d’uranium lors de l’extraction minière du cobalt.
Cette opacité remontant à l’ère de l’ancien président, Joseph Kabila, et ayant, visiblement, été reprise par son successeur, Tshisekedi, pour des raisons évidentes, le C64, dispose d’un nouvel élément, internationalement, incriminant envers le régime de celui contre qui il est, aujourd’hui, vent debout, et à qui il a fixé l’ultimatum du 15 août pour organiser un dialogue national. Reste désormais à savoir si cette requête ne servira pas uniquement les intérêts d’une poignée d’opposants arrivistes.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





