COTE D’IVOIRE : INTROUVABLE PAIX ENTRE LES PARTIS POLITIQUES

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Par notre correspondant à Abidjan,
Patrick Gilchrist

Alors que la paix n’est pas encore au rendez-vous et que des massacres ont lieu chaque semaine, les partis politiques ivoiriens se livrent à une guerre sans merci aussi puérile qu’inutile.

C’est d’abord le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Henri Konan Bédié qui a ouvert les hostilités contre le parti au pouvoir, le Front populaire ivoirien (FPI) en reprochant à l’épouse du chef de l’Etat ivoirien, Simone Ehivet Gbagbo, par ailleurs présidente du groupe parlementaire FPI et député de la commune d’Abobo, son activisme dans les réunions avec les catégories socio-professionnelles, faisant penser à une précampagne électorale. Outre sa propension à se faire appeler  » Première Dame  » alors que ce n’est pas un titre officiel, le PDCI reproche aussi à son époux d’avoir refusé de nommer le général de division Ouassenan Koné, président du groupe parlementaire PDCI à l’Assemblée nationale, au poste de ministre de la Défense, malgré le soutien de tous les partis présents à Marcoussis. Autre point de désaccord : le PDCI, contrairement au FPI et au président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, estime que le désarmement des rebelles en vue d’un retour de la paix, n’est pas un préalable mais une nécessité.

Quelques mois après, les partisans du PDCI ont initié l’opération  » cratère vert  » destinée à faire pression sur Laurent Gbagbo afin qu’il nomme Gaston Ouassenan Koné comme ministre de la Défense et à empêcher les jeunes du PDCI d’aller au meeting des patriotes de Charles Blé Goudé réclamant le désarmement des rebelles et la fermeture de la base militaire française du 43e BIMA.

De son côté, le tout nouveau président de la jeunesse du PDCI, Kouadio Bertin dit KKB surnommé  » répondeur automatique de Bedié « , affirmait partout que « le PDCI ne ferait plus de cadeau à Laurent Gbagbo, adepte de la manipulation des instances dirigeantes du PDCI ». Propos relayés récemment par le secrétaire général du PDCI, Alphonse Djédjé Mady : « Laurent Gbagbo est mon frère car il est bété comme moi, mais je travaille à la chute de son pouvoir ? Je suis contre le fait qu’il veuille nommer une femme au ministère de la Défense alors que la Côte d’Ivoire est en guerre ; les femmes sont inaptes au poste de ministre de la Défense » « Le désarmrment des rebelles n’est pas une priorité pour nous au PDCI ».

Cette guerre à l’aide de joutes verbales s’est poursuivie chez les parlementaires où les propos de Mamadou Koulibaly, président FPI de l’hémicycle exigeant le désarmement et le cantonnement des rebelles avant tout examen de texte, notamment l’examen du projet de loi de finance (le budget ), ont été rejetés par les députés du PDCI, ainsi que son adresse au premier ministre, Seydou Elimane Diarra.

De son côté, le Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Dramane Ouattara après avoir organisé des rassemblements d’information, de sensibilisation et de remobilisation de ses militants découragés pour la plupart par l’absence prolongée de leur chef ADO, a enfourché le cheval des piques adressées chaque semaine au FPI, au couple Gbagbo et à leurs partisans dont Charles Blé GoudéE, Koulibaly Mamadou, Généviève Bro Grebé (bien qu’étant du PDCI ), Bohoun Bouabré, ministre de l’Economie et des Finances et Tape Koulou Laurent, qui estiment que les accords de Marcoussis ne doivent pas effacer la constitution ivoirienne votée à 86% par les Ivoiriens. Mamadou Koulibaly a même été traité récemment « de voyou et de drogué » par Cissé Bakongo, directeur de cabinet d’ADO et cacique parmi les caciques du RDR.

Pour le Parti ivoirien des travailleurs (PIT) de Vangah Francis Wodié, « Laurent Gbagbo doit appliquer intégralement les accords de Marcoussis qui demeurent la seule solution pour parvenir à la paix » . L’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire ( UDPCI ) créée par feu le général Robert Gueï et dirigée par Paul Akoto Yao et le professeur Alassane Salif N’Diaye et l’Union pour la démocratie citoyenne du député Mel Théodore abondent dans le même sens : « Le général Ouassenan Koné doit être nommé ministre de la Défense car c’est le candidat du concensus réalisé par les partis politiques signataires des accords de Linas-Marcoussis ; le désarmement des rebelles est un long processus et il ne doit pas être un préalable », soutiennent-ils.

Tous ces Partis Politiques auxquels il faut adjoindre les rebelles du MPCI (Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire) de Soro Kigbafori Guillaume, qui sont appelés par des Ivoiriens  » les marcassins de Marcoussis » ont à plusieurs reprises lancé des ultimata au président Laurent Gbagbo et menacé d’en découdre avec les partisans du FPI à propos des ministères de la Défense, de la Sécurité et de la Femme, non encore pourvus à ce jour. Le récent linchage manqué de Soro Guillaume à la maison de la Télévision n’est pas fait pour arranger les choses.

Face à cela, les militants du FPI de Pascal Affi N’Guessan, dont un neveu dirige une faction rebelle à l’ouest de la Côte d’Ivoire, ne sont pas restés les bras croisés et la bouche fermée. Ils reprochent avec véhémence aux dirigeants du PDCI, leur égoïsme et leur méchanceté lorsqu’ils prétendent que le désarmement des rebelles n’est pas un préalable alors que leurs députés ne peuvent se rendre dans leurs circonscriptions électorales du fait de la présence des rebelles armés sur place. Les militants du FPI se disent prêts à affronter ceux des autres partis et rejettent l’idée de consensus autour des généraux Ouassenan Koné et Mouandou Bi pressenti pour diriger le ministère de la Sécurité ; ils taxent le secrétaire général du PDCI, Alphonse Djédjé Mady, de misogynie lorsqu’il affirme que les femmes sont inaptes à diriger le ministère de la Défense car le pays est en guerre. Les partisans du FPI croient dur comme fer que le désarmement des rebelles est une priorité ; certains parmi eux soutiennent que sans l’accord du FPI, des militaires loyalistes des FANCI et de la Gendarmerie, l’on ne peut parler de consensus autour de la nomination du général Gaston Ouassenan Koné car disent-ils, « tous les membres du FPI peuvent tenir dans une cabine téléphonique et ceux de l’UDCY ne peuvent par leur poids, faire craquer une branche d’acacia… ». A l’UDPCI, ils reprochent son caractère foncièrement tribaliste où les non Yacouba sont marginalisés et poussés vers la porte de sortie par les militants de cette ethnie à laquelle appartenait le fondateur du parti, le général Robert Gueï ; c’est pourquoi selon eux, Mabri Touakeusse qui a pensé qu’il ne serait jamais ministre tant que Gueï Robert, de la même ethnie que lui, ne revenait pas au pouvoir, et qui multipliait les invectives contre Laurent Gbagbo à la veille de la tentative du coup d’état du 18 Septembre 2002 est aujourd’hui ministre de la Santé. On attend de lui qu’il joue franc jeu avec le chef de l’Etat en évitant les querelles politiciennes qui ont embrasé la région ouest de la Côte d’Ivoire. Il en est de même de son frère du département de Danané, le député Noutoua Youdé qui avait osé réclamer à Marcoussis, la dissolution du Parlement ivoirien, pourvu que les députés perçoivent chaque mois leur salaire. Noutoua Youdé Célestin serait d’une cupidité à nulle autre pareille, lui qui par le passé, n’hésitait pas à fustiger dans les amphithéâtres de l’Ecole normale supérieure d’Abidjan, l’incurie des dirigeants et politiciens africains.

Les  » frontistes » disent d’Alassane Dramane Ouattara du RDR qu’il fait preuve de lâcheté et de couardise en allant vivre à l’extérieur chaque fois qu’il y a des troubles et des remous socio-politiques en Côte d’Ivoire, à la différence de Laurent Gbagbo qui était au devant de toutes les marches et meetings du FPI . Le président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, recommande aux militants du FPI une désobéissance civile face aux ministres issus de la rébellion ; laquelle recommandation a été suivie à la lettre au stade Félix Houphouët-Boigny lors du match qui a opposé la Côte d’Ivoire au Burundi où le ministre rebelle des Sports, Gueu Michel Gondi a été proprement hué en présence de Laurent Gbagbo.

Quant au président de la République, il a coupé court au débat sur la nomination de Ouassenan Koné qui braque tous les partis de l’opposition contre lui : « tant que je suis président de la République, Ouassenan Koné ne sera jamais ministre de la Défense ! Le débat à ce niveau est clos ; le ministre de la Défense sera issu du consensus entre les rebelles, les forces armées de Côte d’ Ivoire et la gendarmerie ».

Aujourd’hui, tous ces partis politiques observent la trève née des accords de Marcoussis, mais se regardent en chiens de faïence, en attendant l’étincelle qui remettra le feu aux poudres. Les rebelles du MPCI, du MPIGO et du MJP continuent de se réorganiser en nommant des chefs militaires et des responsables d’opération. De son côté, Laurent Gbagbo au nom de la défense de la souveraineté de la Côte d’Ivoire et par anticipation, est en train d’acquérir plusieurs armes de guerre et des hélicoptères de combat ultra-perfectionnés.

Vivement donc que le forum des partis politiques envisagé par le ministre de la Réconciliation, Danon Djédjé du FPI, voie le jour afin de renouer avec la courtoisie, la cordialité et les rapports sains entre les partis politiques présents à Linas-Marcoussis. Sinon, la Côte d’Ivoire risque d’aller vers d’autres conflits plus meurtriers que celui declenché en Septembre 2002.

Patrick GILCHRIST
à Abidjan

COTE D’IVOIRE : LA GUERRE DES PARTIS A REPRIS

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