Chaque saison des pluies, le Sénégal se regarde dans une puddle et n’aime pas ce qu’il voit. Dakar paralysée, banlieues transformées en lacs, habitations envahies, routes coupées, familles évacuées dans l’urgence. Et chaque année, la même ritournelle : Les travaux seront engagés, les milliards sont mobilisés, la situation est sous contrôle. Puis, l’hivernage revient, et avec lui, les mêmes images.
Il est temps de poser une question simple, presque enfantine : Comment peut-on construire des autoroutes sans assainissement capable de dégager l’eau de pluie ?
Une question simple, une réponse qui n’existe pas
On peut admirer l’autoroute à péage Diamniadio–AIBD, ses échangeurs majestueux, ses kilomètres d’asphalte lisse. Mais, qu’il tombe une pluie sérieuse, et voilà des tronçons transformés en rivières, des véhicules immobilisés, des usagers piégés. Pourquoi ? Parce qu’une route, même l’autoroute la plus moderne du monde, n’est que la partie visible d’un système. Sans caniveaux, sans bassins de rétention, sans réseau d’évacuation dimensionné, une autoroute n’est qu’un grand plat qu’on a posé sur un pays qui ne sait pas où mettre son eau (sur notre photo, l’autoroute Diamniadio-Mbour).
C’est comme bâtir un toit sans gouttières : la première pluie vous apprend l’erreur à vos dépens.
L’ingénierie routière le sait depuis toujours : Le drainage pluvial n’est pas un accessoire de la route, il en est une composante structurelle. Une chaussée qui évacue mal son eau se dégrade prématurément — nids-de-poule, fissures, affouillements — et coûte en réparations bien plus que n’aurait coûté l’assainissement initial. Autrement dit, l’autoroute sans assainissement est deux fois perdante : Elle inonde les usagers aujourd’hui, et elle se détruit elle-même demain.
Le problème dépasse largement les autoroutes.
Le drame, c’est que ce manque n’est pas isolé. L’assainissement est le parent pauvre de l’urbanisation sénégalaise partout : A Dakar où les quartiers de Guédiawaye, Pikine ou Keur Massar s’inondent dès que le ciel se fâche ; dans les villes secondaires qui grandissent sans plan d’urbanisme ; dans les zones rurales où le ruissellement emporte pistes et cultures ; et jusque dans nos villes saintes, Touba en tête, où l’absence de réseau d’évacuation des eaux de pluie rend chaque hivernage pénible.

On urbanise vite — très vite. Mais, on urbanise à l’envers : D’abord, le bitume et le béton, s’il reste de l’argent, on verra pour l’eau. Or, une ville, un pays, ce sont d’abord des flux : L’eau qui doit s’évacuer, les déchets qui doivent être collectés, les eaux usées qui doivent être traitées. Quand on occupe le sol sans drainer, on ne construit pas une ville, on prépare une piscine.
Les conséquences ne sont pas seulement des désagréments. Elles sont sanitaires (eaux stagnantes, moustiques, maladies hydriques), économiques (activité perturbée, routes coupées, réparations récurrentes), sociales (logements sinistrés, populations fragilisées) et, à terme, budgétaires : Chaque milliard économisé sur le drainage aujourd’hui en coûtera trois en dédommagements et réparations demain.
Ce qu’il faudrait faire
Les solutions sont connues, documentées, éprouvées ailleurs. Il ne manque pas de savoir ; il manque de priorité politique et de discipline d’exécution.
Rendre l’assainissement obligatoire avant la route. Aucun projet routier ou autoroutier, aucune opération d’aménagement urbain ne devrait être validé sans un volet drainage dimensionné, financé et réalisé avant la mise en service. C’est une question de norme, pas de moyens : Que l’Etat inscrive cette exigence dans ses cahiers des charges, une bonne fois pour toutes.
Assainir l’existant. Un plan national de rattrapage est nécessaire pour équiper les zones déjà urbanisées : Curage des caniveaux existants, bassins de rétention, réhabilitation des réseaux vétustes. Les grands travaux annoncés ne doivent plus servir d’alibi pour repousser le drainage.
Lutter contre l’occupation anarchique. On ne peut pas bâtir dans les bas-fonds et les cuvettes, colmater les zones naturelles d’épanchement, puis s’étonner de l’eau. La police de l’urbanisme doit retrouver son sens : Interdire là où l’eau doit passer, et proposer des alternatives à ceux qui occupent ces espaces par nécessité.
Associer les populations. Le curage, l’entretien des caniveaux, la collecte des déchets qui bouchent les exutoires : Les populations doivent être des partenaires, pas des spectatrices. C’est l’esprit de la mobilisation citoyenne que nous appelons de nos vœux partout, notamment, à Touba, où, les 8 et 11 novembre, sous la supervision du Général de Bamba, des milliers de Bambistes vont se lever pour assainir leur ville sainte. Que l’Etat s’inspire de ces énergies : Quand les citoyens donnent l’exemple, les pouvoirs publics n’ont plus d’excuse.
Prévoir avant de parier. Le changement climatique rend les épisodes de pluie plus violents et plus soudains. Concevoir les infrastructures d’aujourd’hui avec les données d’hier, c’est construire pour un monde qui n’existe plus.

Le rang d’un pays se mesure aussi à la gestion de son eau
On parle beaucoup d’émergence, de pôle urbain, de corridor économique. Très bien. Mais, l’émergence, c’est d’abord, la maîtrise des fondamentaux : Une ville où l’on peut circuler quand il pleut, des enfants qui ne traversent pas les eaux usées pour aller à l’école, des quartiers qui ne redoutent plus l’hivernage comme une catastrophe annoncée.
Le Japon, les Pays-Bas, bien d’autres nations, ont fait de la gestion de l’eau le socle de leur aménagement. Ce n’est pas une coincidence si ce sont des pays qui fonctionnent. L’eau est une question centrale, pas périphérique — c’est même la première des souverainetés.
Alors oui, la question est simple : Comment peut-on faire des autoroutes sans assainissement pour dégager l’eau de la pluie ? On ne le peut pas. Chaque hivernage nous le démontre. Ce qui reste à choisir, c’est si nous continuerons à payer cette leçon ou si nous déciderons, enfin, de l’apprendre.
TOUBA D’ABORD ! Et le Sénégal d’abord : Un pays propre, drainé, digne.
Message de Samba Kara NDIAYE
Président du parti politique NADEMS (Nouvelle Alliance Démocratique du Sénégal)





