Le 30 octobre 2025, l’Union africaine (UA), via sa Commission des droits de l’homme, interdisait, dans un communiqué, à ses Etats-membres de s’impliquer dans toute transaction d’externalisation des opérations migratoires de nature à violer les droits fondamentaux. Cette interpellation faisait suite à une hausse observée de l’intérêt du continent africain pour des accords de ce type proposés par les Etats-Unis, dans le cadre du durcissement de sa politique migratoire.
Cinq mois plus tard, le nombre de nations africaines ayant signé de tels partenariats a doublé, passant de quatre à huit (dont Eswatini, l’Ouganda, le Sud Soudan et le Rwanda qui ont été rejoints par la Guinée équatoriale, le Cameroun, le Ghana et la RDCongo). Usant de pression et d’argent, l’administration américaine a convaincu ces 8 pays de snober l’instruction donnée par la principale organisation de leur continent, dont le moral déjà bas prend un nouveau coup.
Les autorités américaines n’en ont que faire de l’ordre international. Leur diplomate en chef, Marco Rubio, ne s’en est pas caché lors de la dernière conférence à Munich sur la sécurité, confirmant le discours de son vice-président, JD Vance, un an auparavant. Les Etats-Unis sont devenus ce bulldozer n’hésitant plus à tout terrasser sur son passage si nécessaire pour atteindre ses objectifs. Et ce n’est pas l’UA dans son format actuel qui pourra lui résister.
On pensait que l’arrivée de Mahmoud Youssouf (notre photo) à la tête de la Commission de l’UA impulserait une nouvelle dynamique et entraînerait l’entité dans une ère stratégique de promotion et de défense proactive des intérêts africains. Ce qui est, plutôt, observé donne lieu de s’interroger sur ses aptitudes. Car, même lors des mandats désastreux de Moussa Faki Mahamat, on a rarement vu des Etats-membres se rebeller aussi frontalement à une directive explicite de l’organisation.

D’abord, la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), puis désormais, l’UA qui se retrouve confrontée au risque de perte totale de crédibilité. Si la gestion des coups d’Etat a enterré l’organe ouest-africain, basé à Abuja, dans le cœur des Africains, le sort de l’UA n’est, quant à lui, pas encore, totalement, scellé. Mais, le temps presse pour Mahmoud Youssouf et son bureau, dont l’impact demeure encore très limité, après plus d’un an en poste.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





