FRANCE : Réussir à l’école en quartier prioritaire, une mission impossible ?

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Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), la réussite scolaire reste un défi majeur. Ces territoires, qui regroupent plus de 5 millions d’habitants en France, concentrent des difficultés sociales profondes — pauvreté, chômage, précarité — qui pèsent directement sur les parcours éducatifs. Pourtant, derrière les statistiques, des dynamiques positives émergent.

Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, les difficultés scolaires ne surgissent pas brutalement à l’adolescence : Elles s’installent souvent très tôt et tendent ensuite à se renforcer au fil du parcours scolaire. Dès l’entrée en sixième, les écarts sont déjà nets. Près d’un quart des élèves issus de ces quartiers ont déjà redoublé, contre moins d’un sur dix ailleurs. Ce premier retard n’est pas anodin. Il pèse sur la suite de la scolarité et se retrouve, quelques années plus tard, dans les choix d’orientation. En fin de collège, les élèves scolarisés en Réseau d’éducation prioritaire (REP) accèdent moins souvent à une seconde générale que les autres. Et une fois le baccalauréat obtenu, ils poursuivent également moins fréquemment des études supérieures. A cela s’ajoute un décrochage scolaire plus important : Dans certains territoires, la part des 18-24 ans qui quittent l’école sans diplôme atteint un niveau deux fois plus élevé que dans les zones voisines. Ces écarts ne relèvent pas du hasard. Ils prennent racine dans une réalité sociale plus large, marquée notamment par un faible niveau de diplôme parmi les habitants de ces quartiers, car on ne peut pas parler de réussite scolaire sans regarder aussi les conditions de vie dans lesquelles grandissent les élèves.

Dans les QPV, la pauvreté est plus présente, les familles monoparentales plus nombreuses, et une partie importante de la jeunesse se retrouve en marge de l’emploi comme de la formation. Dans ce contexte, l’école se retrouve investie d’une mission qui dépasse largement la seule transmission des connaissances. Elle doit aussi absorber, compenser, parfois, réparer des fragilités sociales, économiques ou familiales qui pèsent lourdement sur les apprentissages. C’est précisément sur cette idée que repose l’éducation prioritaire depuis les années 1980 : Donner davantage à ceux qui disposent de moins, pour tenter de rétablir un équilibre que la société, à elle seule, ne garantit pas.

Au fil des années, plusieurs dispositifs ont cherché à répondre à ces inégalités persistantes. Les cités éducatives, lancées en 2019, en sont l’un des exemples les plus emblématiques. Leur ambition est de mieux articuler l’action de tous ceux qui gravitent autour de l’enfant — l’école, les associations, les collectivités, les services de l’Etat — afin d’offrir un accompagnement plus cohérent. En 2023, 208 cités éducatives étaient déjà déployées, couvrant une part importante des quartiers prioritaires et des élèves de l’éducation prioritaire. Leur développement s’inscrit dans une dynamique plutôt encourageante, puisque plusieurs indicateurs témoignent d’une baisse progressive du nombre de jeunes en difficulté scolaire entre 2015 et 2022.

Pour autant, ces efforts ne suffisent pas toujours à corriger les déséquilibres, et ils peuvent même parfois produire des effets inattendus. Le classement d’un quartier en zone prioritaire, censé attirer davantage de moyens, peut aussi contribuer à installer une forme de stigmate. Certains établissements se retrouvent ainsi perçus comme moins attractifs, ce qui pousse certaines familles à les éviter lorsqu’elles en ont la possibilité. Peu à peu, ces stratégies de contournement renforcent la concentration des élèves en difficulté dans les mêmes collèges et alimentent une injustice scolaire que les politiques publiques cherchent justement à combattre.

Il serait pourtant profondément injuste de réduire les quartiers prioritaires à cette seule image de relégation scolaire. Sur le terrain, de nombreuses expériences montrent qu’une autre réalité existe, souvent, plus discrète, mais, bien réelle. Dans certains établissements, des équipes pédagogiques mettent en place des projets ambitieux, des sections d’excellence, des classes renforcées ou des initiatives culturelles capables de redonner confiance aux élèves. Ces dispositifs ne règlent pas tout, mais, ils changent le regard porté sur les collégiens comme sur leur établissement. Ils rappellent surtout que la réussite n’est pas absente de ces territoires. De la même manière, lorsque les politiques de mixité scolaire sont réellement construites et accompagnées, elles peuvent élargir les horizons des élèves et améliorer leurs trajectoires.

Une salle de classe vide qui n’attend que les élèves.

Dès lors, la vraie question n’est peut-être pas de savoir s’il est possible de réussir à l’école en quartier prioritaire, mais plutôt, de comprendre pourquoi cette réussite reste encore trop inégale. Les difficultés sont profondes, anciennes, souvent, enracinées dans des mécanismes sociaux qui dépassent largement l’institution scolaire. Mais, elles ne condamnent pas pour autant toute une jeunesse à l’échec. Les évolutions observées ces dernières années, comme les réussites locales, montrent qu’aucune situation n’est figée. Dans ces quartiers particulièrement jeunes, l’école demeure plus que jamais un enjeu décisif. Elle reste l’un des rares lieux où peuvent encore se jouer, concrètement, la réduction des inégalités et l’ouverture d’un avenir plus stable.

Marc Aurélien TEDGA

Titulaire d’une Licence 3 en Administration publique, parcours Etat à l’IPAG de l’Université de Poitiers (Centre universitaire de Paris-Nanterre).

Titulaire d’une Licence 3 Professionnelle en Droit public, parcours Administrations des collectivités territoriales à la Faculté de droit de l’Université Paris-Saclay (Vice-major de promotion 15/20).

Est étudiant en Master 1 en Administration publique, parcours Gouvernance et Gestions publiques à l’IPAG de l’Université Paris-Nanterre.

Pour toute question relative à ce sujet, vous pouvez me contacter à l’adresse suivante : marc.tedga@yahoo.fr (réponse sous 24h)

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