« Quand un clown emménage dans un palais, il ne devient pas roi, le palais devient un cirque. ». Ce proverbe turc décrit la dérive du pouvoir en Afrique et ailleurs. Certains chefs d’Etat africains se comportent comme des clowns. Ils sont soutenus, protégés et légitimés par d’autres clowns, installés cette fois-ci dans des palais européens.
Un chef d’Etat républicain, quel que soit le continent, est d’abord un serviteur de la cité. Il accepte la critique, respecte les libertés et gouverne pour tous. Or, dans plusieurs pays africains, la moindre critique de la gestion publique conduit à la prison ou à l’exil. Cette dérive autoritaire n’est pas un accident. Elle est rendue possible par des alliances internationales complaisantes qui privilégient les intérêts économiques et géopolitiques au détriment des valeurs démocratiques (sur notre photo, le président Alassane Ouattara mis au pouvoir par la France entame un 4e mandat très isolé dans son palais : La peur du coup d’état se voit).
Un président digne de ce nom ne pratique pas la discrimination et ne confisque pas l’Etat au profit d’un clan. Pourtant, nombre de régimes africains fonctionnent sur l’exclusion et le favoritisme, pendant que leurs soutiens occidentaux ferment les yeux, voire, apportent une caution diplomatique. Comment s’étonner alors que le palais devienne un cirque lorsque ceux qui applaudissent depuis l’étranger ne valent pas mieux que ceux qui sont sur scène ?
De même, un président républicain ne peut pas être simultanément chef de l’Etat et chef de parti. Cette confusion, pourtant, dénoncée en théorie par les partenaires occidentaux, est largement tolérée en pratique. Les élections truquées, les constitutions tripatouillées, les troisième, puis, quatrième mandats, les opposants muselés deviennent acceptables dès lors que le régime en place garantit la stabilité ou l’accès aux ressources.
L’hypocrisie atteint son paroxysme lorsque les dirigeants africains se font soigner à l’étranger, dans les mêmes pays qui soutiennent leur pouvoir, pendant que leurs peuples meurent dans des hôpitaux délabrés. Cette situation est la conséquence directe d’un système de domination où l’Occident profite de dirigeants faibles, illégitimes et dépendants.
Mais, il serait malhonnête de présenter les dirigeants occidentaux comme des modèles de vertu. Un président européen qui monte sur un scooter pour aller chez sa maîtresse est lui aussi un clown. Ce type de comportement, indigne de la fonction, rabaisse et dévalue la charge présidentielle. Un chef d’Etat, où qu’il soit, n’est jamais un citoyen ordinaire. Chacun de ses actes engage la dignité de la nation qu’il représente. Que dirait-il si un accident survenait ? Comment expliquerait-il à son peuple qu’il a mis en danger la fonction présidentielle pour des aventures personnelles ? Lorsqu’un tel dirigeant soutient des régimes autoritaires en Afrique, il le fait sans aucune crédibilité morale.

Ces clowns européens, incapables de se comporter avec la gravité qu’exige leur fonction, n’ont aucune leçon à donner. Leur duplicité — prêcher la démocratie tout en soutenant des dictatures — nourrit le cynisme et décrédibilise les valeurs qu’ils prétendent incarner. Ils contribuent ainsi directement à la transformation des palais africains en cirques.
Cependant, cette responsabilité partagée ne doit pas conduire à la résignation. Les peuples africains ont le droit d’exiger mieux, à la fois de leurs dirigeants et de leurs partenaires internationaux. Gouverner n’est pas un spectacle et la politique n’est pas une farce.
Il est temps de refuser les clowns, qu’ils soient africains ou européens, et d’exiger des hommes et des femmes d’Etat, conscients que la dignité du pouvoir est une condition essentielle de la liberté et du bien-être des nations.
Jean-Claude Djéréké
est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis).





