Dimanche, 11 janvier, le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, a annoncé devant les membres du bureau politique du Rassemblement national des indépendants (RNI), parti dont il est le président, sa décision de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête de la formation, ni de se représenter à sa présidence lors du prochain congrès. Cette annonce intervient à moins d’un an des élections législatives de 2026, dans un contexte politique marqué par une montée des critiques contre l’action gouvernementale.
Une décision confirmée mais partielle
Les faits sont désormais établis : Aziz Akhannouch ne se retire pas de la vie politique, ni de son poste de chef du gouvernement, qu’il continuera d’occuper jusqu’au terme constitutionnel du mandat. En revanche, il renonce officiellement à la direction du RNI, ouvrant la voie à un congrès extraordinaire chargé d’élire un nouveau président du parti.
Cette clarification est essentielle, tant certaines lectures initiales ont pu évoquer une « démission » ou une « capitulation politique » totale. Il s’agit en réalité d’un retrait ciblé, limité à la sphère partisane, mais, lourd de symboles à l’approche d’un scrutin décisif.
Entre renouvellement affiché et calcul politique
Officiellement, l’argument avancé est celui du renouvellement des élites et de la nécessité d’insuffler une nouvelle dynamique au RNI. Dans cette lecture, Akhannouch chercherait à préserver les chances de son parti en dissociant son bilan gouvernemental, contesté sur plusieurs fronts, de la future campagne électorale.
Mais, pour de nombreux observateurs, cette décision relève moins de la noblesse politique que d’un calcul préventif. Le chef du gouvernement anticiperait un contexte électoral défavorable, marqué par le mécontentement social, la pression sur le pouvoir d’achat et les critiques sur la gestion de certains dossiers stratégiques. En se mettant en retrait de la présidence du parti, il limiterait les risques d’un désaveu personnel direct dans les urnes.
La question de la responsabilité politique en filigrane
Au-delà de la tactique électorale, une autre lecture, plus critique, s’impose dans le débat public : Celle de la responsabilité politique. Pour certains analystes, ce retrait anticipé vise aussi à se prémunir contre d’éventuelles demandes de reddition de comptes sur la gestion gouvernementale, une fois le cycle électoral achevé.
Sans qu’aucune procédure ou accusation formelle ne soit évoquée à ce stade, l’hypothèse d’un avenir politique moins serein alimente les spéculations. Elle révèle surtout une défiance croissante entre gouvernants et opinion publique, où la démission partielle devient un outil de protection politique plus qu’un acte de rupture.

Un tournant pour le RNI et la majorité
Cette décision place désormais le RNI face à un test majeur : Réussir une transition interne crédible sans apparaître comme un parti affaibli ou en fuite. Le choix du futur président, la ligne politique adoptée et la capacité à mobiliser l’électorat seront déterminants pour l’avenir de la majorité gouvernementale.
En se retirant de la présidence du RNI sans quitter la tête du gouvernement, Aziz Akhannouch joue une carte risquée : Celle de la dissociation entre pouvoir exécutif et leadership partisan, dans un système où les deux restent étroitement liés aux yeux des citoyens.
Dr Lahcen Benchama





