Les relations internationales semblent entrer dans une phase où l’affirmation de la force et de la puissance l’emporte de plus en plus ouvertement sur le respect des règles communes. Frappes ciblées, arrestations spectaculaires, silences diplomatiques : Ces pratiques interrogent la cohérence d’un ordre mondial qui se réclame du droit tout en en contournant l’esprit.
Quand la force précède le droit
Les frappes attribuées à Israël contre des cibles liées à l’Iran, menées dans un contexte régional déjà instable, ont été justifiées au nom de la sécurité nationale et de la dissuasion. Elles ont bénéficié d’un soutien politique clair des Etats-Unis et n’ont suscité, au sein des grandes instances multilatérales, que des réactions mesurées. Cette retenue, souvent, présentée comme une nécessité diplomatique, pose néanmoins question : Jusqu’où le principe de souveraineté peut-il être relativisé sans affaiblir durablement le droit international ? (Sur notre photo, l’ex-couple présidentiel du Venezuela arrive à New York flanqué par les fonctionnaires anti-drogue du DEA).
Le silence des institutions multilatérales
Face à ces interventions, l’Organisation des Nations-Unies et d’autres instances internationales ont privilégié l’apaisement à la confrontation. L’absence de condamnations fermes ou de mécanismes contraignants alimente toutefois le sentiment d’une application sélective des normes internationales. Ce décalage est d’autant plus perceptible lorsque l’on compare la prudence observée dans certains dossiers à la fermeté affichée dans d’autres, impliquant des Etats moins centraux dans les équilibres stratégiques mondiaux.
Le Venezuela entre droit et démonstration de puissance
Les développements récents concernant le Venezuela illustrent cette tension. Les actions menées par l’administration américaine, culminant avec l’arrestation et l’exposition médiatique du président, Nicolás Maduro, ont été, officiellement, justifiées par des poursuites liées à des activités présumées illicites. Sur le plan formel, Washington invoque un cadre juridique précis.
Mais, la dimension politique de cette séquence est difficile à dissocier de son contexte géopolitique. Le Venezuela détient les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, un facteur qui, historiquement, a souvent pesé dans les relations entre les grandes puissances et les Etats producteurs d’hydrocarbures. Cette réalité nourrit, dans une partie de l’opinion internationale, le sentiment que la justice et la puissance avancent parfois de concert.
Le retour de logiques que l’on croyait révolues
Ces dynamiques s’inscrivent dans une perspective historique plus large. Le colonialisme et l’impérialisme ont été combattus au XXᵉ siècle au prix de sacrifices humains considérables et de sociétés durablement marquées. Leur démantèlement avait fait naître l’espoir d’un ordre international fondé sur l’égalité juridique des Etats et le respect de leur souveraineté.

Or, sans qu’il soit question de colonisation au sens classique, certaines pratiques contemporaines rappellent ces logiques de domination. Pressions économiques, sanctions extraterritoriales, opérations militaires ciblées ou poursuites judiciaires à forte portée politique, constituent autant de moyens d’influence qui contournent les formes traditionnelles de la tutelle, tout en en conservant l’essence.
L’érosion du discours sur les valeurs
Dans ce contexte, les grandes références aux valeurs universelles, aux principes humanitaires et à la primauté du droit semblent perdre de leur force mobilisatrice. Elles demeurent présentes dans les discours officiels, mais, peinent à convaincre lorsqu’elles ne s’appliquent pas de manière équitable. Ce décalage nourrit un scepticisme croissant, notamment, dans les pays du Sud, où l’on perçoit de plus en plus l’ordre international comme un système à deux vitesses.
Une contradiction centrale
Il ne s’agit pas de nier l’existence de menaces réelles ni la complexité des enjeux sécuritaires contemporains. Mais, un ordre international qui revendique l’universalité de ses principes ne peut durablement survivre à leur application différenciée. A force de privilégier le rapport de force au détriment de la règle, c’est la légitimité même du système multilatéral qui se trouve fragilisée.
La question n’est donc pas seulement stratégique. Elle est profondément politique : Quel ordre international entend-on préserver et au nom de quels principes ?
Dr Lahcen Benchama





