NIGER : A quoi servent les bases militaires étrangères installées dans le pays ?

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Des années d’implantation et la situation de terrorisme ne change guère, les djihadistes continuant de se comporter comme s’ils n’étaient nullement sous pression, en organisant des tueries sur des populations civiles et même sur les forces de défense et de sécurité. A se demander à quoi servent, réellement, les bases militaires que certains pays accueillent, avec l’espoir d’éradiquer la menace terroriste. Que non ! Ces bases sont un moyen pour les pays concernés de mieux s’installer dans le pays où, sous le couvert de la lutte antiterroriste, ils se repositionnent (ou se positionnent) dans le cadre de leur géostratégie et de leur géopolitique d’ensemble, avec une vision affirmée sur le contrôle et l’exploitation des ressources naturelles dudit pays. Car une puissance militaire qui implante une base militaire dans un pays comme le Niger a des facilités de fait pour favoriser la signature de contrats en faveur des grands groupes industriels pétroliers, gaziers et miniers de son pays. En cela, le Niger ne fait pas exception à cette règle.

Voilà pourquoi un millier de personnes ont manifesté, samedi, 25 mai, à Niamey, contre la présence au Niger des bases militaires françaises et américaines, accusées d’inertie face aux attaques djihadistes meurtrières. On a besoin de dire, « C’est maintenant que ces mille personnes se réveillent » ? En même temps, on ajoutera, « Mieux vaut tard que jamais » ! Car ce millier de manifestants a vu juste.

Au rythme de musiques locales dédiées à l’armée nigérienne, les protestataires ont sillonné les rues aux cris de: « Vive le Niger, vive l’armée nigérienne » avant de tenir un meeting devant le parlement.

« A bas les bases militaires étrangères », « A bas l’armée française », « A bas l’armée américaine », « A bas les djihadistes et Boko Haram », ont scandé les manifestants, essentiellement, des étudiants, des lycéens et des collégiens, qui répondaient à l’appel de l’Union des scolaires nigériens (USN), le mythique syndicat lancé par les Doka et compagnie, dans les années 90, quand le Niger était confronté au problème du multipartisme et de la démocratie. L’USN avait imposé, avec d’autres organisations politiques et de la société civile, la Conférence nationale souveraine, qui proclama le multipartisme et la démocratie au Niger.

Personne n’oublie les morts du Pont Kennedy de Niamey.

Samedi, sur des pancartes, on pouvait aussi lire : « Non à la sous-traitance de notre souveraineté nationale », « Notre territoire est indépendant depuis le 3 août 1960 ».

« Nous ne voyons pas la plus-value de la présence de ces bases militaires étrangères parce que chaque jour que dieu fait, notre pays est victime d’attaques », selon Idder Algabid, le dirigeant de l’USN. Ces attaques pourraient être évitées si toutefois il y avait « une franche collaboration et un soutien extérieur » des armées étrangères. Une analyse tout à fait exacte.

La manifestation « autorisée par la mairie de Niamey », selon lui, visait « à soutenir nos Forces de défense et de sécurité (FDS) victimes d’attaques répétées, enregistrant des morts et des blessés ».

Le dirigeant estudiantin a « exigé du gouvernement la dotation en moyens suffisants et adéquats des FDS afin de garantir la sécurité du pays et sa souveraineté nationale ».

Vendredi, 24 mai, il avait demandé « le départ pur et simple de ces bases militaires qui ne sont ici que pour obstruer notre souveraineté nationale ».

Le 17 mai, le groupe Etat islamique avait revendiqué une attaque perpétrée dans l’Ouest, ayant tué 28 soldats et un assaut – infructueux – contre une prison de haute sécurité proche de la capitale, où sont détenus de nombreux djihadistes. Dans ces conditions, à quoi servent les bases militaires occidentales concernées avec leurs énormes moyens de surveillance et de contrôles (radars, drones, moyens de télécommunication et de détection, etc.) ?

Au Niger, la France possède une base sur l’aéroport de Niamey à partir de laquelle des avions de chasse et des drones opèrent (notre photo). Dans le cadre de l’Opération Barkhane, les forces françaises disposent, aussi, d’une base à Madama, dans le Nord.

Le Niger a, également, permis la construction d’une importante base américaine de drones à Agadez (Nord), dont le coût est estimé à une centaine de millions de dollars, et qui donne aux Etats-Unis une plate-forme de surveillance de premier plan.

Le Niger a, récemment, autorisé les Américains à armer leur drones.

L’Allemagne, de son côté, dispose d’une base logistique à Niamey pour ravitailler ses troupes engagées au Mali voisin.

Avec tout cet armada, les attentats continuent d’être perpétrés au Niger à la barbe de ces forces occidentales : la question que pose l’USN est la suivante : « De qui se moque-t-on » ?

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