On vient de nous annoncer la mort de l’ancien ministre, Seydou Madani Sy, le 7 janvier 2026, à l’âge de 92 ans. Ancien ministre de la Justice sous la présidence d’Abdou Diouf, Seydou Madani Sy, pour Afrique Education, était, avant tout, un universitaire de très haut niveau. Un savant tel qu’on n’en connaît plus en Afrique, dont la discrétion n’avait d’égale que la profondeur de l’Homme de science et de la connaissance qu’il fut dans toutes les fonctions qu’il eut à occuper au Sénégal et à l’international.
Car peu de Sénégalais et d’Africains savent que Seydou Madani Sy était un agrégé des facultés françaises de droit. Le tout premier d’Afrique noire francophone, tout comme son compatriote, Léopold Sédar Senghor fut le tout premier africain agrégé de grammaire (à ne pas confondre avec l’agrégation de lettres). En grammaire, l’Afrique n’a compté que trois agrégés, le Sénégalais ancien président-poète et non moins ancien académicien, Léopold Sédar Senghor, son compatriote, Oumar Sankharé, et le Camerounais, Pierre Nguijol.
Le président Senghor n’hésita pas à accepter l’orientation du jeune Madani Sy vers l’Université de Dakar où la faculté de droit et des sciences économiques ne comptait que deux Sénégalais, lui-même et Abdoulaye Wade qui enseignait l’économie tout en exerçant comme avocat au barreau de Dakar. Madani Sy venait du ministère des Affaires étrangères où il avait voulu se lancer dans la diplomatie. Mais, Senghor en décida autrement. A l’Université de Dakar, dès 1961-1962, Leopold Sédar Senghor lui donna comme mission « la sénégalisation » de cette université, ce qui passait par le changement des programmes d’enseignements qui étaient français, le recrutement des enseignants ainsi que leur formation. Mais, cette « sénégalisation » ne devait nullement être synonyme d’enseignement au rabais. La création du CAMES (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), mis sur pied quelques années plus tard, avec comme siège, Ouagadougou, facilita cette politique de sénégalisation des enseignants. Petit à petit, l’Université de Dakar cessa d’être une université française pour devenir une université nationale avec des programmes orientés vers les besoins du Sénégal.
Premier agrégé de droit public d’Afrique noire, en 1966, Seydou Madani Sy fut désigné recteur de l’Université de Dakar, le tout premier Sénégalais à occuper ce poste, en 1971, où il consacra 15 années de sa vie jusqu’en 1986. Il présida le jury d’agrégation de droit public du CAMES de 1983 à 1985.
Après son accession à la magistrature suprême suite à la démission (volontaire) du président-poète fin décembre 1980, le nouveau président du Sénégal, Abdou Diouf, fit appel à lui dans le gouvernement en lui confiant le ministère de la Justice de 1986 à 1990. L’année d’après, il est nommé ambassadeur du Sénégal en Grande Bretagne jusqu’en 1993 avant de revenir au Sénégal occuper à nouveau le poste de ministre conseiller spécial du président de la République, comme en 1990, avant sa nomination en Grande Bretagne.
De 1997 à 2003, il fut nommé médiateur de la République. Président de l’AUPELF, de 1975 à 1978, le professeur, Seydou Madani Sy, fut membre de plusieurs sociétés savantes : membre correspondant de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS) depuis 2010, membre des Académies des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux depuis 1978 et de l’Académie des sciences d’Outre-Mer depuis 2010, il fut aussi, tour à tour, membre fondateur de l’Université Senghor d’Alexandrie en 1989 avant de prendre ses commandes en tant que président par intérim et recteur de cette université en 2005 et ancien président de l’Office du baccalauréat international, à Genève, de 1981 à 1985.
Il obtint, également, plusieurs distinctions honorifiques : Grand officier de l’Ordre national du Lion du Sénégal, commandeur de la Légion d’honneur en France, commandeur de l’Ordre de la Pléiade de la Francophonie, commandeur de l’Ordre du mérite de Côte d’Ivoire, commandeur de l’Ordre de l’éducation nationale du Gabon, pour ne citer que celles-ci. Il en reçut beaucoup d’autres…

Le professeur, Seydou Madani Sy, publia beaucoup d’ouvrages scientifiques dont « Les régimes politiques sénégalais de l’indépendance à l’alternance politique », Paris Iroko, Karthala, Crepos, 2009 (369 pages).
La revue Afrique Education, qui est profondément attristée par cette perte notable, fait part de ses condoléances à sa famille biologique et scientifique, mais aussi, à l’Etat du Sénégal dont il fut un grand serviteur.





