Entre soupçons de détournement de fonds, mises à l’écart de personnalités influentes et rivalités au sommet de l’Etat, l’Affaire Richard Mondjo soulève de nombreuses interrogations sur les véritables enjeux du pouvoir à Brazzaville.
Depuis sa réélection contestée de mars 2026, Denis Sassou-Nguesso préparerait-il déjà sa succession ou chercherait-il à consolider son pouvoir dans la perspective de 2031, en écartant progressivement les personnalités dont la loyauté lui semblerait incertaine ? C’est l’une des hypothèses qui alimentent les interrogations autour des récents événements politiques au Congo.
- Jean-Dominique Okemba dans la tourmente
Selon les informations qui circulent, Denis Sassou-Nguesso aurait pris ses distances avec Jean-Dominique Okemba, figure influente des réseaux de pouvoir congolais, notamment, dans les milieux francs-maçons. Des accusations relatives à des irrégularités financières impliquant la BGFI-Bank seraient à l’origine de cette mise à l’écart présumée.
Ces allégations, qui demandent à être vérifiées, soulèvent une question essentielle : Assiste-t-on à une véritable opération d’assainissement des finances publiques ou à une recomposition des rapports de force au sommet de l’Etat ?
2. Raymond Zéphirin Mboulou : Une responsabilité à éclaircir
La question du traitement différencié des personnalités soupçonnées d’irrégularités financières mérite également d’être posée.
Raymond Zéphirin Mboulou, ancien ministre de l’Intérieur, a, notamment, été cité dans des controverses concernant un vol présumé de plusieurs milliards de F CFA à son domicile de Tchikapika, en 2023, ainsi que, des accusations relatives à la délivrance de passeports ordinaires et de service à des ressortissants étrangers.
Ces accusations nécessitent des éléments vérifiables et des éclaircissements officiels. Elles posent, néanmoins, une question politique fondamentale : Les mêmes exigences de transparence et de responsabilité sont-elles appliquées à tous les responsables publics, quels que soient leur rang et leur proximité avec le pouvoir ?
3. Richard Mondjo : Une affaire financière ou une mise à l’écart politique ?
L’affaire de l’ancien ministre de la Défense, le général de division, Richard Mondjo, constitue un autre épisode qui mérite d’être examiné attentivement (sur notre photo, le général, Charles Richard Mondjo, préside la prise d’armes à l’occasion du 61e anniversaire des FAC et de la gendarmerie nationale, le 22 juin 2023, à l’esplanade du Stade Alphonse Massamba-Débat).
D’après les informations rapportées, une situation financière préoccupante aurait été découverte lors de la prise de fonctions de son successeur. Le nouveau ministre aurait constaté que les crédits budgétaires affectés à son département pour les deux exercices précédents avaient déjà été consommés.
Il aurait alors porté la situation à la connaissance du président de la République.
Peu après, Richard Mondjo aurait été victime d’un malaise et aurait sollicité une autorisation d’évacuation sanitaire à l’étranger. Cette demande lui aurait été refusée, tandis que son passeport aurait été retenu et que des soins dans un établissement hospitalier militaire lui auraient été imposés.
D’autres informations évoquent la saisie présumée de 16 milliards de F CFA à son domicile, ainsi qu’une interdiction de sortie du territoire.
Si ces éléments sont confirmés, plusieurs questions se posent : Quelles sont les bases juridiques de ces mesures ? Quelles irrégularités financières sont précisément reprochées à l’ancien ministre ? Et pourquoi cette affaire prend-elle une telle ampleur aujourd’hui ?
Il importe de rappeler que les sommes évoquées, les circonstances de leur découverte et les responsabilités éventuelles des personnes concernées doivent être établies à partir de documents vérifiables et de sources concordantes.
4. Deux poids, deux mesures dans la lutte contre les détournements ?
L’Affaire Mondjo relance le débat sur l’égalité de traitement devant la justice au Congo.
D’autres personnalités ont été citées dans des accusations de détournement de fonds portant sur des montants considérables. Parmi elles figure Dongou Armel, auquel certains attribuent des détournements de plus de 3 000 milliards de F CFA. Des accusations qui, en l’absence de preuves et de décisions judiciaires établies, doivent être considérées avec prudence.
Des interrogations sont, également, soulevées au sujet des relations qu’entretiendraient certaines personnalités influentes avec les cercles du pouvoir.
La question centrale demeure : Les enquêtes financières sont-elles conduites selon des critères identiques pour tous, ou les rapports de proximité avec le pouvoir influencent-ils le traitement des dossiers ?
Seules des investigations indépendantes, des documents financiers accessibles et des procédures judiciaires transparentes permettraient de répondre rigoureusement à cette question.
5. Le précédent Norbert Dabira : Un autre dossier sensible ?
L’interdiction de sortie du territoire visant Richard Mondjo suscite, également, des interrogations au regard du dossier du général, Norbert Dabira.

Selon certaines informations, une autorisation de sortie du territoire qui lui aurait été accordée en 2023 pourrait être liée aux tensions actuelles autour de son cas. Des récits font, également, état de contacts entre Denis Sassou-Nguesso et son ambassadeur en France, Rodolphe Adada, au sujet des relations et des échanges entretenus par le général, Dabira, au Congo comme à l’étranger.
Ces éléments, qui restent à documenter, soulèvent une interrogation plus large sur les rapports entre les anciens responsables militaires et le pouvoir politique.
Le dossier Norbert Dabira mérite donc d’être suivi à travers des informations vérifiables, sans tirer de conclusions prématurées sur les intentions des différents protagonistes.
6. Le sort des anciens opposants et des figures historiques
Dans ce contexte, la situation du professeur, Mary Albert Colelat, âgé de 92 ans et présenté comme l’un des cofondateurs de l’Union générale des élèves et étudiants congolais (UGEEC), suscite, également, l’émotion.
Des images diffusées sur les réseaux sociaux le montrent sollicitant, auprès de la chaîne FRTDH de Me Massengo-Tiassé, le versement de sommes qu’il estime lui être dues par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), afin de pouvoir poursuivre ses soins en France.
Cette situation soulève une question humaine et sociale majeure : Comment un pays traite-t-il ses anciens acteurs politiques, intellectuels et militants lorsqu’ils se retrouvent dans la précarité ou confrontés à des problèmes de santé ?
Au-delà des rivalités politiques, la transparence dans la gestion des fonds publics et le respect des droits des citoyens devraient rester des exigences fondamentales.
L’Affaire Richard Mondjo pourrait-elle dépasser le cadre d’un dossier financier pour s’inscrire dans une recomposition plus large des rapports de force au sommet de l’Etat congolais ?
La question mérite d’être posée, mais, la prudence reste de mise. A ce stade, il convient de distinguer les faits documentés, les accusations rapportées et les hypothèses politiques.

Sassou a décidé de faire mourir en prison les opposants dont le général, Jean Marie Michel Mokoko, et le ministre, André Okombi Salissa. Certains officiers sont contre ce plan qu’il aurait confié au procureur de la République, Oko Ngakala, lui-même, impliqué dans un scandale à Kinshasa où il a été bien tabassé par la police kinoise en septembre dernier.
Dans un système où les équilibres du pouvoir reposent aussi sur les relations entre responsables politiques, militaires et réseaux d’influence, chaque mise à l’écart peut alimenter des spéculations sur l’avenir du régime.
S’agit-il d’une véritable volonté de faire la lumière sur la gestion des finances publiques, d’un règlement de comptes entre personnalités influentes ou d’une stratégie de consolidation du pouvoir à l’approche de 2031 ?
Les documents financiers, les décisions judiciaires et les explications officielles seront déterminants pour comprendre les véritables enjeux de cette affaire.
Au Congo, l’Affaire Richard Mondjo pourrait-elle être le révélateur d’une bataille plus vaste pour le contrôle du pouvoir et la préparation de l’après-Sassou ?





