Depuis près de quatre mois, Yoweri Museveni est l’envoyé spécial de l’Union africaine (UA) pour le Soudan. Nommé pour mener de difficiles négociations entre le général-président, Abdel Fattah al-Burhane, et son ennemi juré, Mohammed Daglo, en vue d’un retour au calme au Soudan, le président ougandais avait, dans un premier temps, relégué sa mission au second plan, en raison de sa participation à l’élection présidentielle dans son pays du 15 janvier dernier.
Réélu pour un cinquième mandat consécutif, celui qui s’insurgeait, à l’époque, contre le fait qu’un dirigeant puisse vouloir s’éterniser au pouvoir s’est, immédiatement, lancé dans les discussions avec les autorités soudanaises, celles-ci dépêchant leur vice-président, Malik Agar, à Kampala, le 13 février (sur notre photo, le président soudanais est reçu à Kampala en septembre 2023 par l’ancien guérillero). Pensant avoir évité le crime de lèse-majesté, l’ancien guérillero a, ensuite, invité le chef des Forces de soutien rapide (FSR), Daglo dit Hemedti, une semaine plus tard.
Sans surprise, une initiative qui fait, aujourd’hui, face à une levée des boucliers au Soudan et à l’international. Ce n’est pas la première fois que Khartoum crie au scandale de la sorte. En 2024, William Ruto s’était attiré les foudres de son homologue soudanais, al-Burhane, pour avoir accueilli à Nairobi Daglo, donnant l’impression de mettre les deux hommes sur un même piédestal. Un gel des relations soudano-kenyanes s’ensuivit jusqu’à ce jour.

Au regard de son implication ambiguë aux côtés de Paul Kagame dans l’Est de la RD Congo, Yoweri Museveni n’est, certainement, pas le plus neutre des médiateurs. S’il se défend souvent des accusations de conflit d’intérêt adressées contre sa personne, la crise au Soudan apparaît comme l’opportunité idoine pour lui de démontrer sa bonne foi. En attendant, al-Burhane a toutes les raisons de se méfier, connaissant la capacité innée de Daglo de corrompre.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





