DETTE PUBLIQUE : Les Etats africains à la recherche de boucs-émissaires ?

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Ayant fait l’objet d’attaques par l’Occident pour son comportement jugé prédateur à l’égard du continent africain, Pékin a promis prendre des mesures concrètes pour soulager ses partenaires africains, à condition que ses efforts soient suivis par les autres créditeurs, qui sont, pour la plupart, occidentaux.  Mais, cette proposition a été rejetée par ces derniers, les accusateurs de la Chine souhaitant qu’elle porte assistance aux Africains seule. C’est ce qui explique le statu quo actuel, et, parallèlement, la mise au placard, depuis plusieurs mois, par le tribunal médiatique des critiques envers Xi Jinping sur ce dossier.

Toutefois, il ne faudrait pas oublier la responsabilité des Etats africains dans le développement de la situation qu’ils vivent en ce moment. En effet, s’étant jetés sur les diverses solutions de financement à taux avantageux offertes au lendemain de la crise financière de 2008, dont le but était d’encourager la relance de l’activité économique mondiale, les Etats africains avaient emprunté près de 790 milliards de dollars en 2010, selon des chiffres des Nations-Unies.

Douze ans plus tard, ce chiffre est passé à 1.800 milliards de dollars, du fait de différents chocs (chute du cours des matières premières, Covid-19, insécurité alimentaire) au niveau international, mais, remettant, également, en cause la politique budgétaire des gouvernements du continent. Dans une vaine tentative de fuir leurs responsabilités, les ministres des Finances ont renvoyé la balle aux agences de notation, chargées d’évaluer leur crédibilité sur les marchés financiers, à cause des signaux régulièrement pessimistes envoyés par elles aux investisseurs mondiaux en matière de qualité de l’emprunteur. Une mise en scène, qui a déplu aux agences, lesquelles ont expliqué utiliser les mêmes règles pour tous.

Ce qui s’est d’ailleurs confirmé dans leurs statistiques puisque selon l’agence, Standard and Poor’s, de 2010 à 2023, le risque de défaut pour des actifs émis par des pays d’Afrique subsaharienne ayant une note B est survenu dans 22% des cas au bout de cinq ans, alors que la moyenne mondiale à long-terme n’est que de 16%. Chez Moody’s, une autre agence, les défauts de paiement ont été observés dans 30% des cas en Afrique subsaharienne, contre 15% dans le monde.

Au lieu de chercher des boucs-émissaires pour justifier les défis financiers qu’ils rencontrent, les gouvernements devraient plutôt faire preuve de davantage de discipline budgétaire. Le Ghana en est la parfaite illustration, lui qui, sans l’impact d’une agence de notation, a complètement sombré dans une crise économique, faisant les frais de politiques désastreuses, alors qu’il affichait des perspectives économiques prometteuses il n’y a pas si longtemps.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)

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