Ce qui n’avait pas échappé aux observateurs avertis, au lendemain du coup d’état du 12 octobre dernier à Madagascar, est aujourd’hui évident : Le colonel, Michaël Randrianirina, n’est qu’un opportuniste doté d’une ingratitude sans pareille. Installé à la tête de la Grande Ile grâce à une mobilisation des jeunes Malgaches réprimée dans le sang par son prédécesseur, il est devenu leur bourreau, allant même jusqu’à les emprisonner pour atteinte à la sûreté de l’Etat. L’idylle entre lui et la Gen Z n’aura, finalement, jamais commencé, six mois après le changement de régime.
Il y a longtemps qu’Afrique Education avait entrevu l’arrivée de ce scénario, la clarté des signaux affichés par les nouvelles autorités malgaches n’ayant cessé de se manifester tout au long de cette période. Il a d’abord fallu se lancer dans une chasse aux sorcières des ténors de l’ancien régime, histoire de détourner l’attention de l’opinion publique sur les actes commis par les nouveaux venus et qui sont assimilables à du clientélisme, et donc, à des pratiques contraires aux valeurs défendues par les tombeurs de l’ancien DJ (Disc Jokey), Andry Rajoelina, et de toute sa bande.
L’exigence de la Gen Z de voir être dissoutes l’Assemblée nationale, la Haute cour constitutionnelle (HCC), et la Commission électorale nationale et indépendante (CENI) est mal passée chez Michaël Randrianirina (sur notre photo : j’y suis j’y reste, se dit le colonel-président), qui y a vu une attaque personnelle contre son agenda secret de demeurer au pouvoir. Devenu un homme d’envergure internationale, par la force des choses, il ne s’imagine pas du tout retourner dans sa caserne militaire, et ne peut donc rien tolérer qui soit de nature à nuire à ses ambitions présidentielles de 2027.
Toutefois, son obstination et son défaut de tempérance risquent de lui coûter très cher, la Gen Z étant entrée dans la phase fatidique des marches, en prélude à celle des manifestations à proprement parler. Après plus de six mois d’observation et de sensibilisation auprès de la junte militaire de la Grande Ile, la jeunesse malgache en a vu assez pour identifier les ennemis de leur nation. On se souvient notamment de la vitesse à laquelle la HCC avait validé le coup de force de Randrianirina, et du grossier ménage fait ensuite par ce dernier au sein de l’institution.

Sous la Refondation, aucune effusion de sang n’a encore eu lieu. En effet, en dehors des arrestations ordonnées récemment par son leader dans les rangs de la Gen Z, rien d’irréversible n’a encore été commis. Mais, la multiplication des signaux montre que la survenance du pire n’est plus très loin. Ce n’est qu’après avoir franchi cette ligne rouge que Randrianirina réalisera, sans doute, qu’il avait faux sur toute la ligne, ainsi que, la rapidité avec laquelle il s’est laissé corrompre par le pouvoir qui lui a été donné.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





