Afrique

A la suite de l’entretien Mbembe/Saar dans ‘L’Humanité’ (Motive l’envoi du 7 juillet 2017 de notre aîné Olympe Bhêly.-Qnénum).
Un élément (‘Pour une Afrique de la Cafritude’) relatif à cet entretien a été envoyé à Olympe Bhêly-Quénum. Elément trop lourd, de plus de 18 pages. N’y pensais plus quand je me suis aperçu que le terme-clef de cet élément était repris il y a quelques jours par Zinsou Hughes.
Ici et maintenant donc, plus brièvement, des éclaircissements sur le concept de Cafritude, sur son positionnement par rapport à l’entretien Mbembe/Saar – et à l’ensemble de tous les écrits de ces dix dernières années estampillés du mot magique "-Monde".
Tout commence avec un cours de Licence en 1972-1973 (‘Poésie et fantastique’, de Tramson à l'Université Paris-13, Epinay-Villetaneuse). L’étudiant que je suis alors parvient à démontrer à l’enseignant que si Merveilleux et Fantastique existent bien en tant que genre en Afrique, il est tout aussi avéré qu’il est une dimension dépassant ce cadre ludico-littéraire. Une dimension renvoyant à la donne métaphysique, bien vivante et « réelle » aux yeux de la majorité de la population négro-africaine.

Le mal prend-il le dessus sur le bien ? Après avoir, activement, fait la promotion du Sommet Afrique-Israël, qui devait se tenir, à Lomé, du 23 au 27 octobre prochain, les organisateurs se rendent à l'évidence : dans les conditions actuelles, le dit-Sommet ne réunirait pas toutes les conditions du succès escompté, aussi bien, du côté de Lomé que de Tel Aviv. Alors que les deux pays organisateurs ne se sont pas exprimés sur des raisons de fond de ce report, les supputations vont bon train. Qu'en est-il en réalité ?

Frère Albert, un religieux de 74 ans, appartenant à la Congrégation des frères du Sacré-Coeur, a été mis en examen pour des viols et agressions sexuelles commis en Afrique. Il est une victime de l'émission de France 2, Cash Investigation, diffusée, en mars dernier : des prêtres pédophiles français avaient été interviewés, notamment, en Guinée et au Cameroun, lieux de leur forfait où ils se livraient à un véritable championnat. Par exemple, Frère Albert, lui seul, aurait abusé d'une quarantaine de jeunes guinéens dans l'école où il était le directeur.

Ce n'est pas tous les jours que la Une d'Afrique Education est consacrée à un chef d'Etat qui décide de quitter, volontairement, le pouvoir. Contre vents et marées, Ingénieur, José Eduardo dos Santos, le président angolais sortant, va, bientôt, laisser le pouvoir à son successeur, le général, Joao Lourenço. C'est l'information de cette rentrée, qui a le plus intéressé les Africains, mais aussi, les lecteurs d'Afrique Education, et qui montre que l'Afrique, c'est le continent de tous les paradoxes, où se côtoient le meilleur et, parfois, le pire.

Personne ne peut dire que le nouveau locataire de l'Elysée est immobile. Après avoir quitté le gouvernement de François Hollande parce qu'il n'allait pas assez loin dans les réformes, en cherchant, toujours, à ménager la chèvre et le choux, Emmanuel Macron doit, montrer, maintenant, qu'il est aux commandes de l'Etat, que, lui fait ce qu'il dit et dit ce qu'il fait. Sauf que, comme le général de Gaulle aimait à le souligner, « la volonté seule ne suffit pas », encore faut-il en avoir la capacité. Les critiques s'abattent, de toutes parts, sur le jeune président français. Qui de son côté veut faire bouger la France. Les solutions aux multiples problèmes, il les cherche, partout, y compris, avec la torche. Il en est de l'immigration, ce serpent des mers, qui n'est que la conséquence (directe) du système colonial et néocolonial de la France, en Afrique. Certains parlent de Françafrique. Macron convoque, lundi, 28 août, un mini-Sommet, à l'Elysée, pour en parler. Un énième Sommet, pour (certainement) tourner en rond. Car le problème essentiel de l'Afrique (et dont de l'immigration) est dans la malgouvernance que la France protège (précieusement) en Afrique car c'est elle qui fait, en partie, son rayonnement à l'international.

Le roi, Mohammed VI, du Maroc ne rêve que d'Afrique. Après la ré-admission du Maroc au sein de l'Union africaine, au début de cette année, le souverain essaie de brûler les étapes. Lors du Sommet de la CEDEAO, au Liberia, le 4 juin dernier, il avait demandé l'adhésion du Maroc à cette organisation sous-régionale de l'Afrique de l'Ouest alors qu'il appartient, géographiquement, à une autre sous-région, l'UMA (Union du Maghreb arabe). Cette requête n'ayant pas abouti, le Maroc reviendra à la charge lors du prochain Sommet de la CEDEAO, à Lomé, en 2018, d'autant plus que certains pays membres sont favorables à son admission. En attendant, le roi se déploie sur d'autres terrains. Avec parfois quelques échecs retentissants. C'est ainsi qu'il y a quelques jours, à l'instigation de la Fédération royale de football, le nouveau président de la CAF, le Malgache, Ahmed Ahmed, a, vainement, cherché à dessaisir le Cameroun de l'organisation de la CAN 2019, au profit du Maroc. Le Cameroun est décidé à garder sa CAN. Paul Biya, sentant le danger, est même venu à la rescousse pour confirmer, officiellement, que l'Etat allouerait l'argent qu'il faut pour permettre une parfaite tenue de la CAN sur les six sites de jeu choisis. Le Maroc a, donc, ciblé l'Afrique comme terrain par excellence de sa chasse aux contrats. Dans un discours télévisé prononcé, dimanche, 20 août, à l'occasion d'une fête nationale, le roi, Mohammed VI, s'est félicité de la politique menée par son pays en Afrique, basée sur des partenariats "gagnant-gagnant". Le langage adopté dans cette offensive est tout à fait chinois, les nouveaux maîtres de l'Afrique. Ce qui montre que le Maroc veut aussi bien faire en Afrique que la Chine.

On arrive, enfin, là où le nouveau président de la CAF, le Malgache, Ahmad Ahmad, voulait arriver. Dire (sans le démontrer) que le Cameroun, le pays de son ennemi juré et prédécesseur, Issa Hayatou, sera incapable d'organiser la CAN 2019. C'est une insulte au peuple camerounais tout entier ! Le football africain connaît, certes, des turbulences. Mais, la conduite de la CAF par ce nouveau président, n'est pas de nature à y apporter la sérénité. Cela dit, il n'est pas, encore, tard pour unir l'Afrique au lieu de la disloquer.

A cette allure où l'Union européenne (UE) prend des mesures anti-immigration les unes plus inapplicables que les autres, ne va-t-elle pas interdire, bientôt, aux migrants africains de respirer l'air en provenance des côtes européennes ? En effet, après avoir, vainement, cherché à ériger des barrières sur la Méditerranée en investissant des centaines de millions d'euros dans différents dispositifs de surveillance, les pays de l'UE, toute honte bue, se sont dotés, ce lundi, 17 juillet, de nouvelles règles pour pouvoir empêcher l'exportation vers la Libye de canots gonflables et de moteurs hors-bord utilisés par les migrants, qui cherchent à rejoindre l'Europe par la Méditerranée. L'adoption de cette mesure plus que ridicule, voire, même anecdotique, montre que l'Europe perd le Sud et ne sait, réellement, plus sur quel pied danser, ni à quel sait se vouer.

Qu'on se rassure, Emmanuel Macron n'est pas Nicolas Sarkozy. Les Africains ne tarderont pas à le savoir et à s'en convaincre. Mais, c'est vrai qu'il va vite en besogne avec des déclarations à l'emporte-pièce, qui provoquent, parfois, de la gêne dans son propre camp. Est-ce une forme de jeunesse politique ? Après l'épopée des « kwassa-kwassa » avec les Comores, voici venu le problème « civilisationnel » de l'Afrique qui fait que ses femmes additionnent, facilement, 7 à 9 enfants qu'elles seraient incapables d'éduquer correctement. Si ces déclarations étaient à refaire, le grand chef de l'Elysée redirait-il, exactement, la même chose ? On en doute.

Continent de toutes les convoitises, l'Afrique est loin d'être pauvre. Elle est, au contraire, considérée comme le continent de l'avenir, le continent du futur, qui va tirer la croissance mondiale, vers le haut, pendant ce troisième millénaire. Pour cela, il lui faut, à tout prix, la paix et la stabilité. Comme les Etats-Unis, la France et le Japon, la Chine a décidé d'implanter, à son tour, une base militaire à Djibouti, la première qui confirme sa présence armée à l'international.

Seul et unique chef d'Etat africain, à avoir présidé aux destinées de son pays (pendant sept ans), qui a quitté le pouvoir, en mai 2006, et y est revenu, en mai 2016, après avoir gagné, très démocratiquement, le scrutin, qui fut, d'ailleurs, âprement, disputé, Azali Assoumani fait la Une du numéro double 454-455 d'Afrique Education de juillet-août 2017. Sur quatre pages, il décrit l'oeuvre entreprise depuis un an dans la simplicité langagière qui l'a, toujours, caractérisé. Le magazine projette, aussi, ses phares sur la très multicolore Assemblée nationale française voulue par le jeune président, Emmanuel Macron, au sein de laquelle l'Afrique est, plutôt, très bien représentée. Congo-Brazzaville, Pays de la CEDEAO en crise, Zone Franc et ses interrogations sur son éventuelle dévaluation ou sa survie comme monnaie (africaine), etc., le lecteur a de quoi lire.

La chancelière allemande doit se demander si le jeune nouveau président français est, réellement, son allié, comme pouvaient l'être François Hollande et Nicolas Sarkozy. Alors qu'elle comptait, beaucoup, sur Emmanuel Macron, pour soutenir son Plan Marshall afin d'industrialiser (développer) l'Afrique, grâce, surtout, au secteur privé, elle va devoir changer de fusil d'épaule, en se trouvant d'autres partenaires financiers plus compréhensifs. Les Chinois par exemple ? Ce n'est pas pour déplaire au président français qui ne trouve pas l'idée de la chancelière séduisante dans la mesure où elle contribuerait un peu plus à supplanter la France en Afrique.

La reconnaissance des crimes contre l'humanité, pendant l'esclavage, la colonisation et la néo-colonisation, est la seule et unique façon de laver à l'eau pure, les très mauvaises relations actuelles que la France entretient avec ses anciennes colonies d'Afrique. On n'a jamais voulu savoir pourquoi l'image de la France en Afrique est aussi mauvaise ? On n'explique pas le désintérêt toujours croissant des Africains à l'endroit de la France, jadis, considérée comme la « mère patrie » ? Aujourd'hui, on n'est pas mécontent en Afrique que les Chinois prennent tout, et commencent, à y enseigner leur langue (à la place du français) et à utiliser leur monnaie (le yuan) dans des transactions commerciales en lieu et place du F CFA dont les Africains veulent se débarrasser. Bref, rien ne va plus entre Paris et ses anciennes possessions d'Afrique. Pendant la campagne présidentielle, le candidat, Emmanuel Macron, avait trouvé la bonne approche pour faire revenir la France dans le cœur des Africains. A Alger, il avait évoqué la possibilité de la repentance des crimes coloniaux, avant que le ciel ne lui tombe sur la tête une fois de retour à Paris. Pourtant, c'est la voie à suivre s'il veut retrouver une (vraie) place pour la France en Afrique. Egal à lui-même, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, l'y incite fortement.

Pour beaucoup de pays africains exportateurs d'immigrés, c'est tout bénéfique que cette catégorie de leurs ressortissants partent se débrouiller à l'étranger, à leur risque et péril. Ca fait moins de problèmes dans le pays. Le nombre sans cesse croissant de morts en Méditerranée ne les émeut pas outre mesure. Mais, si ces départs constituent un bon débarras pour ces régimes africains, les immigrés, eux, sont une réelle préoccupation pour les pays de transit que sont le Niger, la Libye, l'Algérie et le Maroc. Les drames vécus lors de difficiles traversées du désert et de la mer, interpellent tout le monde. Premier à s'en soucier, en Afrique, le roi du Maroc, Mohammed VI, tire, aujourd'hui, la sonnette d'alarme en essayant de susciter une réflexion sur ce phénomène, qui n'est que le reflet de l'absence de démocratie et de la mal-gouvernance, dans les pays concernés. Depuis janvier 2017, 100.000 Africains ont traversé la Méditerranée et 2.247 sont morts.

Depuis le début de l’année 2017, la diplomatie allemande multiplie les initiatives économiques en faveur du continent africain. Profitant de sa posture de présidente en exercice du G 20, dont le prochain Sommet est prévu, à Hambourg, les 07 et 08 juillet prochain, Angela Merkel, en recevant 9 chefs d’Etat du continent, à Berlin, les 12 et 13 juin, a confirmé son attachement à un partenariat fécond avec l’Afrique avec comme premier socle, la mise en œuvre d’un plan que d’aucuns ont qualifié de Plan Marshall pour l’Afrique.

Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, la solution à la réduction de moitié de la pauvreté, ne vient pas de la Banque mondiale, encore moins, du Fonds monétaire international, de la FAO, ni même du PNUD. Cette solution-miracle vient de l'Unesco.

A l'issue du Forum Inde-Afrique de 2015, le premier ministre indien, Narendra Moddi, avait annoncé l'octroi de crédits et de subventions d'ampleur, qui ont renforcé les liens entre les deux parties. Outre le Fonds de développement Inde-Afrique, le Fonds Inde-Afrique pour la santé et 50 000 bourses pour les étudiants africains en Inde ont été créés. A l'occasion des Assemblées Générales de la BAD (Banque africaine de développement), organisées, ce mois de mai, à Ahmedabad, en Inde, le partenariat entre l'Afrique, la BAD et l'Inde va connaître un nouvel essor.

L'Afrique vient de gagner une grande bataille, en plaçant un de ses fils à la direction générale de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) que briguaient bon nombre de candidats du Nord et de pays émergents. Pour une fois, l'union a la fait la force.

A l'occasion de l'Assemblée générale de Medef International qui s'est tenue, mercredi, 17 mai 2017, Medef et Medef International ont rappelé la priorité donnée au renforcement des partenariats avec le continent africain, dans lesquels les entreprises françaises sont engagées depuis plusieurs décennies.
Medef International et le Medef organiseront et participeront à plusieurs événements d'envergure dans les prochaines semaines sur le continent où ils vont, désormais, travailler sans leur « arrogance » habituelle. Car celle-ci ne paie plus.

Président de l'Université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), depuis 2016, le professeur, Georges Haddad, avait, déjà, présidé aux destinées de cette même université de 1989 à 1994. De l'avis du corps professoral, tous clivages confondus, il fut considéré comme un très bon président d'université. Pendant qu'il assurait cette charge, il présida, aussi, pendant deux ans, la conférence des présidents d'universités françaises. Par la suite, il fut appelé à l'Unesco par Federico Mayor pour l'aider à structurer l'enseignement supérieur mondial. C'est un très grand mathématicien, qui maîtrise, parfaitement, son sujet. Votre magazine s'est rapproché de lui pour connaître ce qu'il pense de l'Afrique et ce qu'il peut faire avec ce continent.